‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 212 sur 355 · Morin-Lavallée, Estai de Bibliographie viroise. — Oursel · texte numérisé non relu

Morin-Lavallée, Estai de Bibliographie viroise. — Oursel

u Prortsenr A*Mltn.

essais furent encouragés par Thomas Corneille, qui prit le jeune poêle sous sa protection. En 1709 il était couronné par l'Académie française pour son Ode sur Louis XIV, et bientôt on ne compte plus les nombreuses productions de sa verve, toutes marquées par l'élévation et la moralité des sujets, tels que les odes sur l'Existence de Dieu, la Foi, le Méprit de ta Fortune, la Paix du Cœur, la Vérité, etc., et le Poème sur la Religion. Tout en cultivant les muses, G. Asselin ne négligea pas ses études, car il devint docteur de Sorbonpe. Il fut nommé principal et enfin proviseur du collège d'HaiicotiitT, en 1730. Nous apprenons, par une de ses petites- nièces', qu'il fut aussi chargé de l'éducation des jeunes princes de Laval, élèves du collège d'HARconirr : il s'agit sans doute des Laval- Montmorency. Nous trouvons encore G. Asselin, de 1752 à 1754, en relation avec l'aumônier du roi Stanislas de Pologne, ainsi qu'en témoigne sa correspondance1. Si cette correspondance est bien de lui, car des critiques émettent quelques doutes à cet égard, elle jette un jour intéressant sur certains événements de l'époque, ainsi que nous le verrons bientôt.

Comme nous venons de le rappeler, le proviseur Gilles Asselin avait du goût et même du talent pour la poésie. C'est sans doute ce qui lui valut, en 1735, la lettre dans laquelle Voltaire lui offrait, pour les élèves du Collège d'Hiscoubi, une de ses premières tragédies, la Mort de César, encore inédite*. ■ En me parlant de tragédie, Monsieur, vous

Nouvelle Bio-bibliographie normande. — Lsbreton, Biographie normande.

1. M"" Vivien, de Vire, que dous remercions pour «voir bien voulu nous confier des papiers et un portrait de son grand-oncle, que noua reproduisons ici. A propos de ce portrait, nous prions le lecteur de le comparer avec les deux précédents de P. Pctdet et de Halle; : il y verra lea traita caractéristiques dea trois époques auxquels ils appartiennent,

2. J. Pinot, Notice sur la Correspondance inédite de O. Asselin avec l'aumônier du roi Stanislas.

3. Nous empruntons le récit de ce fait au livre de M. Pibrron sur Voltaire et ses Maîtres.

• réveillez en moi une idée, que j'ai depuis longtemps, de

■ tous présenter la Mort de César, pièce de ma façon, toute

• propre pour un Collège, où l'on n'admet point de femmes « sur te théâtre. La pièce n'a que trois actes; mais c'est de

■ tous mes ouvrages celui dont j'ai le plus soigné la versi-

■ fi cal ion. Je m'y suis proposé pour modèle votre illustre

• compatriote; et j'ai fait ce que j'ai pu pour imiter de loin

la main qui crayonna

L'âme du grand Pompée et l'esprit de Ciona.

> Il est vrai que c'est un peu la grenouille qui s'enfle pour

■ être aussi grosse que le bœuf; mais enfin je vous offre ce

■ que j'ai. Il y a une dernière scène à refaire ; et, sans cela,

■ il y a longtemps que je vous aurais fait la proposition. • La Mort de César fut jouée, en effet, pour la première fois

au Collège d'HAHcouin; elle y réussit mieux qu'à la Comédie Française, où elle fut peu goûtée, lorsque Voltaire se décida, longtemps après, à l'y présenter. Ce qui put le consoler, c'est que sa pièce devint la tragédie à la mode dans les collèges et pensionnats de jeunes gens, même jusque dans les couvents de demoiselles. En 1747, on lui demanda d'y ajouter un prologue pour les pensionnaires d'un couvent de Beàune, et il s'y prêta voloniiers t il n'y a pas de petit triomphe pour un poète!

C'est ainsi qu'on acceptait dans l'Université les œuvres des élèves des Jésuites, tandis qu'on en écartait toujours avec soin leurs maîtres. En 1733, l'Université renouvelait aux proviseurs et principaux des collèges de Paris la défense d'employer aucun Jésuite pour prêcher, enseigner, confesser, en un mot, pour parler ou paraître publiquement dans leurs maisons. On interdisait également aux professeurs des collèges de l'Université d'aller disputer, c'est-à-dire contribuer aux exercices littéraires dans les écoles des Jésuites '.

A cette même époque, vers 1730, un autre élève des Jésuites venait terminer ses études au collège d'HARCouRT,

fol. 160-178. V. Ch. toar-

celui qui propagera les doctrines philosophiques de Voltaire, le fameux Diderot. Il faillit même, en arrivant au collège, en être chassé par le proviseur, parce qu'il s'était rendu coupable d'une trop grande complaisance envers un camarade, en lui faisant son devoir de vers latins. Cette complaisance était dans le caractère de Diderot; sorti du collège, il fera encore, comme on l'a dit, les livres de ses amis1. Sa plume féconde en fera même trop, et il est à jamais regrettable que le fils du coutelier de Langres ait abusé de son grand talent d'écrivain jusqu'à oublier les leçons chrétiennes de ses maîtres et à lancer contre l'Église et la société de son temps cette énorme machine de guerre qui a nom Y Encyclopédie.

Nous venons de voir que M* Asselin n'était pas ennemi des réjouissances scolaires. Il eut à combattre sous ce rapport, la rigidité de Me Pourchot, procureur syndic de la Faculté des Arts. Pourchot était octogénaire, et, comme il avait passé l'âge des amusements, il croyait sans doute bon de les interdire à la jeunesse. C'était un vieil usage à Harcourt, qui datait même des temps antérieurs à Thomas Fortin, de tirer des feux d'artifice à l'occasion de certaines fêtes de la maison. Les autres collèges en faisaient autant, et les Jésuites de Louisle-Grand prodiguaient jusqu'à l'abus ces divertissements à leurs élèves. Pour atteindre ces derniers indirectement, le sévère Pourchot, après avoir pris avis de son conseil, interdit les feux d'artifice dans tous les collèges de Paris. On ne tint pas compte de la défense et on continua à faire parler la poudre à Harcourt. Le syndic se fâcha, et il fallut toute l'autorité dont jouissait Me Asselin dans l'Université pour conjurer ses anathèmes. Le proviseur donna des explications, qui furent reconnues suffisantes, et l'affaire en resta là*.

Il fut moins heureux avec les boursiers, qui, malgré les 2352 livres qu'il payait au collège pour les maisons qu'il tenait en location particulière, lui disputaient la jouissance

1. Discours de M. Lacour-Gayet, professeur au lycée Saint-Louis,

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