Ch. Jourdain, Hist de VUniv., t. II, Ut. III, ch. v
hàrcourt-sàint-louis. 25
En 1733, certaines doctrines matérialistes avaient été soutenues à la Faculté de Médecine et aussitôt désavouées devant le blâme de la corporation. Le scandale Tut bien plus grand, en 1751, quand l'abbé Martin de Prades présenta en Sorbonne une thèse digne des Encyclopédistes avec lesquels il était lié. Nous trouvons dans la correspondance de G. Assolin avec l'aumônier du roi Stanislas de curieux détails sur ce sujet1. L'abbé de Frades avait mis Jésus- Christ au même rang que Simon le Magicien et Apollonius de Tyane, traitant sa divinité avec peu de respect, mais avec tant d'habileté, que les examinateurs de la thèse et les juges de la soutenance ne s'aperçurent pas de l'impiété et l'admirent à la licence. Cependant l'affaire s'ébruita, la Faculté examina de nouveau la thèse et en découvrit tout le venin. La thèse fut censurée, l'auteur exclu de la Faculté, et les juges coupables perdirent leur chaire de théologie. Le Parlement évoqua l'affaire, et G. Assolin, qui avait assisté et même argumenté à la soutenance, fut cité par le Procureur général. 11 raconte qu'il fut interrogé sur deux questions, • sçavoir si M. de Prados, dans ses réponses à son argument, avait taché quelque proposition qui tendait à établir le déisme et l'irréligion, et si dans les conversations ordinaires il eût jamais rien dil qui pût faire remarquer en lui un pareil système et de pareils sentiments ». Sa réponse à la première question nous donne une idée de ces soutenances interminables dans l'ancienne Sorbonne. « Je répondis, écrit-il, que > la thèse de l'abbé de Prados ayant duré douze heures, ainsi
• que toutes nos thèses appelées majeures, mon rang pour
• argumenter était tombé dans un temps destiné a procurer
• quelque reposa celui qui soutient, c'est-à-dire depuis onze
• heures jusqu'à une heure, temps pendant lequel le candi-
• dal dîne et est dispensé de parler, et celui qui argumente « contre lui dispute tout seul et Tait en quelque sorte le pour
1. M. Finot croit que cet aumônier fut Jean-Baptiste Miroudot du Bourg, éveque de Babylonb, un des premiers prêtais constitutionnels. {Notice sur la Correspondance inédite de G. Asselin.)
« et le contre ; au moyen de quoi il ne m'avait pas élé poser sible, dans celte circonstance, de porter aucun jugement « sur la façon de penser du sieur de Prades. » Sur l'autre point 6. Asselin ne charge pas davantage le candidat : il déclare qu'il ne le connaissait pas et ne l'avait jamais vu. Il ajoute, autre détail de mœurs de l'époque, qu'on alla jusqu'à interroger le cafetier qui avait succédé au fameux Procope, vis-à-vis la Comédie française, « pour dire si le sieur de Prades, qui allait quelquefois chez lui converser avec des gens de lettres, n'avait jamais tenu dans son café quelques discours contre la religion. » Le cafelier répondit, en industriel intelligent, « que pendant les conversations que les beaux esprits tenaient dans sa boutique, il songeait à son café et à ses bavaroises. »
La correspondance d'Asselin plut à la cour de Lunéville, car on lui demanda des renseignements sur la querelle entre le Parlement et l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, au sujet des refus de sacrements à l'égard des appelants de la bulle Unigenitus. Cette querelle était alors à sa période aiguë, passionnant Paris et les provinces, et elle devait aboutir aux remontrances du Parlement et à son exil à Pontoise, en 1754. 6. Asselin ne manque pas de mettre son ami au courant des bruits, des racontars et des plaisanteries qui circulent autour de lui. Il y met cependant une sorte de réserve, parce que, dit-il, on retient et décacheté les lettres, on arrête et met à la Bastille ceux qui colportent les nouvelles qui déplaisent au gouvernement. Malgré cela, sa plume ne se contient pas, et il raconte, à la date du 15 avril 1752, à propos des refus de sacrements par l'abbé Bouêttin, curé de Saint-Élienne-du-Mont, qu'il vient de voir, par sa fenêtre, passer les carrosses des magistrats qui vont au palais pour présenter leurs remontrances au roi à ce sujet. « On est, dit-il, impatient de voir la définition d'une affaire aussi intéressante par son objet, aussi importante parles suites qu'elle peut avoir, et non moins délicate par la manière de la juger, que les diverses raisons que les deux parties s'objectent. » Il ajoute que « le schisme est à craindre assurément. » Il ex-
pose ensuite les excès des deux camps, soit du côté du clergé, soit du côté du Parlement; il approuve cependant la conduite de la cour, tout en regrettant qu'on donne tant d'importance au jansénisme, qui aurait été « enseveli et oublié tout à fait dans quarante ans d'ici sans ces malheureuses tracasseries. » Mais ce qui ajoute de l'intérêt aux lettres de 6. Asselin, ce sont les mots et les traits dont il les émaille, et qu'il a recueillis un peu partout, au Parlement, à la Sorbonne, chez le Nonce, auprès des secrétaires, des porteurs et crieurs d'arrêts. Gitons-en quelques-uns d'après M. Finot, à qui nous empruntons ces détails. C'est Yépigramme des quatre B, dans laquelle l'archevêque de Paris C. de Beaumont, Boyer, Blancmesnil et Bouëttin sont rudement traités, puis Tenvoi à l'archevêque d'une cassette renfermant douze pipes avec l'arrêt du Parlement appréhendant au corps le curé de Saint-Éticnne-du-Mont. C'est encore l'histoire d'un précepteur du collège Louis-le-Grand qui perd la tête en apprenant l'exil des membres du Parlement, et qui se lève dans la nuit, prend un couteau de chasse et va éveiller ses élèves, s'imaginant qu'on voulait les arrêter avec lui ; il les fait mettre à genoux pour prier Dieu en faveur des exilés. Le 24 septembre, un évêque, dans son carrosse, et un charretier, avec sa voiture chargée, s'engagent sous un guichet du Louvre sans vouloir reculer de part et d'autre. La garde oblige le prélat à laisser le passage libre, et le voiturier s'écrie qu'il est plus puissant que tous les Parlements, qui ne pouvaient faire reculer les évêques. Terminons par le récit d'une anecdote amusante. « On m'a conté, dit-il, ces jours derniers (26 janvier 1753), « un trait assez plaisant arrivé depuis peu au Havre, lequel, « parait-il, a été su du roi, notre maître, et l'a fait beaucoup « rire. Il y avait dans cette ville des comédiens. Arlequin, « glorieux membre de la troupe, y est mort, et le curé « du lieu a refusé de l'enterrer comme étant personne a excommuniée, à moins que l'on n'obtint pour cela des « ordres exprès de H. le chancelier. Pendant qu'on était en ' « chemin pour venir ici en solliciter, on fut obligé de saler « notre pauvre Arlequin pour le garantir d'une corruption
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prochaine. On s'était servi de sel de contrebande : les commis du sel en eurent vent, vinrent visiter le défunt et dressèrent un procès-verbal de la prévarication. Cela fait aujourd'hui un procès pendant au présidial ou au bailliage du Havre contre les saleurs. Cet Arlequin avait du talent pour faire rire, puisqu'il fait encore rire après sa mort. »
Pour revenir au collège d'IlARCouRT, nous apprenons, dans les lettres de son proviseur, que les sciences commençaient à y être cultivées, comme un présage de sa destination future : ainsi on y enseignait la physique, et le professeur s'appelait Lemontey. 6. Asselin lui-même s'intéressait au progrès des sciences et les encourageait dans son collège, car il y signalait les curieuses expériences sur l'électricité faites alors à Bellevue, devant le roi, par H. Laur.
On ne perdait pas non plus de vue, à Harcourt, les événements publics, et on les célébrait dans les compositions littéraires.
L'année 1749 marquait la On de la guerre de la Succession d'Autriche. C'est ce qui explique sans doute Y Hymne à la Paix composé à Harcourt par le professeur de rhétorique Vallée :
0 pax adesto : adesto cœli filia, Laudumque m un us accipe'.
Les luttes pour l'acceptation de la bulle Unigenitus avaient aussi leur retentissement dans la maison. N'oublions pas gue la Nation de Normandie y tenait ses assemblées. Le 11 mai 1759, elle était réunie à Harcourt pour adhérer à l'acte de Clément XI qui condamnait le jansénisme du P. Quesnel. Les tributaires normands déclarèrent rejeter V appel au futur concile formulé par les adversaires de la constitution pontificale et accepter pleinement cette constitution comme jugement dogmatique de l'Église universelle et loi du royaume :