Acta et Décret. Nat. Norman., Reg. II, p
court 42, d'après la liste officielle déposée à ta Bibliothèque de la Ville de Paris (Musée Carnavalet). Citons parmi ces nombreux lauréats, outre les trois que nous venons de mentionner, Franquière du Chfitelet, de Montezan, de la Bretonnière, de Boufflers, de la Martinière, de Villeneuve, de Boisgibaud, qui sont plusieurs fois nommés.
Cette même année 1762 était marquée par un événement considérable pour l'Université, puisqu'il réalisait ses vœux les plus ardents sur l'interdiction de l'enseignement aux Jésuites, nous voulons dire la suppression de leur compagnie. La Nation de Normandie accueillit avec une grande joie, comme la plupart des membres du corps universitaire, cette suppression, qui mettait fin à une lutte séculaire entre les deux sociétés rivales.
On accusait à tort ou à raison les Jésuites de vouloir Taire la loi à l'Universilé et d'être ses ennemis irréconciliables, qui semper Academiae Parisiensis hostes infensissimi se exhibuerant, disait le Recteur Fourneau. Les registres de la Nation de Normandie sont remplis de longs factums relatant les griefs reprochés à ceux que Ton n'appelait plus que les soidisant Jésuites, et les condamnations dont ils étaient l'objet de la part du Parlement. On y raconte aussi, en termes triomphants, l'installation du nouveau proviseur de Louisle-Grand, Me Leseigneur, principal du collège de La. Marche. C'est une véritable prise de possession du territoire ennemi après la conquête. Le 4 octobre 1762, tous les dignitaires de l'Université, toutes les Facultés, les proviseurs des collèges, en grand costume, Recteur en tète, sont reçus à la porte de l'ancienne maison des Pères, par un piquet de soldats présentant les armes et tambour battant. Le cérémonial de l'installation des proviseurs au collège (THarcourt, que nous avons rapporté, est observé de point en point4. On chante ensuite le Te Deum et une messe solennelle du Saint- Esprit. Il parait même qu'à ces mois de l'office : Exsurgat Dominus et dissipentur inimici ejus, l'assemblée tressaillit en
y voyant une allusion aux Jésuites expulsés. Après la cérémonie, un professeur d'éloquence du collège de Lisiecx, M® Herivaux, harangua le nouveau proviseur; puis on échangea de part et d'autre les compliments d'usage et on s'en alla gaiement déjeuner à l'abbaye de Sainte-Geneviève1.
11 ne faut pas croire cependant que tous les membres de l'Université aient approuvé les mesures injustes qui frappèrent alors les Jésuites. Un licencié en théologie, de la Nation de Normandie, Nicolas Thouroude, protesta hautement contre les imputations fausses et calomnieuses dont on les accablait dans les mémoires lus au sein de la nation. On les traitait de corrupteurs de la jeunesse, perturbateurs du repos public, ennemis de l'État et du roi, et on les accusait de tous les crimes : simonie, parjure, régicide, etc. Le censeur fit remarquer celte protestation aux autres membres, qui y virent une injure pour leur compagnie et sommèrent Thouroude de se rétracter et de faire des excuses, sous peine d'exclusion de la Nation. Celui-ci s'y refusa et fut exécuté. Mais, sollicité et circonvenu, il finit par céder et faire les excuses exigées, après quoi il fut réintégré au rang des tributaires normands1.
Toutefois, lorsque le Parlement, d'accord avec le roi, voulut profiter de la suppression des Jésuites pour introduire certaines réformes dans l'enseignement et supprimer 27 collèges qui végétaient faute de bâtiments convenables et de ressources suffisantes, la Nation de Normandie résista.
Le proviseur Louvel se fit l'ardent promoteur de ses réclamations contre ce que Ton appelait Y empiétement du pouvoir civil sur les privilèges de l'Université, parce que ces suppressions avaient été décidées et opérées sans la consulter officiellement. Les choses s'arrangèrent par un échange entre le principal du collège de Lisieux et celui du collège de Beauvais. Ce dernier accepta d'être incorporé à la place du
1. Acta Nat. Norman., Reg. II, p. 205, 207, et Ch. Jourdain, Hist. de VUniv.y t. II, p. 312.