‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 228 sur 355 · Acta Nat. Norman., Reg. II, p. 200 verso · texte numérisé non relu

Acta Nat. Norman., Reg. II, p. 200 verso

2. Nous devons ce dessin à la plume de M. Y. Chesneau, qui l'a relevé sur un document de l'époque pour notre ouvrage.

ces questions el d'en Taire l'objet de plusieurs rapports. C'est ce qu'il fitaux applaudissement de loute la compagnie; mais ce n'est qu'après la grande Résolution que de nouveaux collèges seront ouverls sur la rive droite delà Seine, dans les quartiers de la Chaussée-d'Anlin et de la Bastille.

L'empiétement du pouvoir civil souleva une plus forte opposition a Habcourt, quand le Parlement décréta rétablissement du concours d'agrégation pour les chaires des professeurs dans l'Université, par lettres patentes du 3 mai 1760. Chose étonnante ! Cette institution qui était appeler à rendre tant de services à l'enseignement et à lui assurer tant de maîtres distingués, fut combattue, à l'origine, par les grands collèges, qui devaient plus lard en bénéficier.

Le proviseur Louvel se fit le porte-parole de la résistance,

au nom de ces collèges4, dans plusieurs mémoires, que nous avons encore, et qui provoquèrent de longues controverses*. Nous retrouvons sous la plume des adversaires du concours les mêmes raisons à l'aide desquelles on a essayé, en tout temps, de jeter le discrédit sur ces épreuves. Ainsi nous lisons cette observation : ■ Il peut arriver que les sujets du concours soient communiqués directement ou indirectement; cela peut même arriver sans mauvaise volonté et avec toute la droiture possible: il y a peu d'années où Ton n'ait pas été obligé de recommencer quelques-unes des compositions pour les prix de l'Université, parce que les écoliers déclaraient avoir eu ces devoirs dans leurs collèges. Les concourants pour l'agrégation, plus âgés, seront-ils aussi sincères? » Outre cette insinuation malveillante, on alléguait contre l'agrégation que ■ l'enseignement aura plus à y perdre qu'à y gagner, que beaucoup de bons sujets ne voudront pas compromettre leur réputation en s'y présentant, que ce concours ne servira qu'aux sujets médiocres, et que, d'ailleurs, s'il peut prouver le savoir ou l'esprit des candidats, il ne prouvera rien en faveur de leurs aptitudes morales, à savoir Ja religion, la piété, les mœurs, le caractère, le talent d'enseigner, qui constituent le bon professeur ». On citait des faits. Ainsi le sieur Bontemps avait été nommé au concours, quoiqu'on eût perdu la copie de sa composition, le sieur Ferté et d'autres également reçus agrégés, étaient connus pour leur irréligion et leur impiété. On se plaignait encore de l'invasion du laïcisme dans l'Université, qui allait en résulter, les ecclésiastiques ne pouvant se préparer aux épreuves du concours aussi % facilement que les laïques, et on faisait un tableau effrayant de l'anarchie qui régnera dans les collèges, du trouble, de Ja division qu'introduira l'agrégation par les droits et l'indépen-

1. D'Harcourt, Car dinal-le- Moine, de Navarre, Monlaiga, du Plessis, de Lisieux, La Marche, des Grassins, Maxarin et Louisle-Grand. V. Bib. de la Sorb. Act. Nat. Norman. Iteg. II, p. £61 et suiv. — Arch. nat. Mémoire de Louvel.

2. Bib. Sorb., U. 10, et Gh. Jourdain, Hist. de VUniv., liv. IV, ch. u.

dance que s'attribueront les agrégés à l'égard de l'administration obligée de les accueillir. Ces sinistres prévisions ne se sont pas réalisées, et le pouvoir royal maintint avec raison une institution qui fait encore aujourd'hui la force de l'enseignement universitaire en France.

Le mémoire de He Louvel fut supprimé par arrêt du Conseil d'État, et la- Nation de Normandie, après avoir vainement protesté, demandé à être entendue, déclaré que le concours était opposé à la constitution de l'Université, que, d'ailleurs, ses membres étant dispersés à l'époque des vacances, il n'y avait pas le quantum suffisant pour délibérer régulièrement, fut obligée de se soumettre aux lettres patentes du 12 août \ 766, qui imposaient le concours d'agrégation à la Faculté des Arts. Ses résistances lui attirèrent même les sévérités du Parlement et le blâme du roi. Voici ce qui était réglé à l'égard de ce concours. Il y aura, dit le décret, 60 agrégés répartis en trois classes : philosophie, belles-lettres et grammaire. Les juges du concours seront choisis parmi les professeurs émérites, les principaux de collège et les professeurs en exercice. Le tribunal de l'Université sera présidé par le Recteur. Les candidats sont les maîtres es arts âgés de 22 ans; aucun régulier n'y est admis. C'est en qvril et en octobre qu'auront lieu les épreuves annoncées par une affiche et précédées de la messe du Saint-Esprit. Les juges prêteront au préalable serment devant le Recteur de ne recevoir que des candidats capables. L'examen aura lieu en robe. Les épreuves comprendront une composition écrite, une thèse orale et une leçon publique. La composition sera recueillie et enfermée sous scellés jusqu'à la correction. Les professeurs en exercice avant 1763 seront exemptés du concours. D'autres articles règlent les droits et privilèges des agrégés4.

Toutefois, la Nation de Normandie, qui voyait ses privilèges atteints par l'agrégation, ne s'était soumise qu'à contre-cœur, et nous apprenons par divers factums, et surtout par le

1. Âcta Nat. Norman., Reg. II, 282, et Gh. Jourdain, Hist. de rUniv.f liv. IV, ch. n.

Registre de ses délibérations1, qu'en 1776, l'opposition se manifesta de nouveau à Harcourt, au sujet de la chaire de troisième, devenue vacante en ce collège par la mort du titulaire. Louvel, qui était encore proviseur» ne trouvait parmi les cinq agrégés qui se présentaient aucun candidat appartenant à la Nation de Normandie, à laquelle celte place était réservée d'après les statuts. 11 adressa au Roi deux mémoires, pour obtenir qu'il lui fut permis de choisir parmi les candidats non agrégés. Afin de sauvegarder les droits de la Nation de Normandie et de se soustraire à la loi du concours, il mit encore en avant les raisons de conduite, de caractère, de science pédagogique et autres, alléguées dix ans auparavant. Hais Louvel ne fut pas plus heureux qu'à cette époque, et, dans la réponse que nous avons, il était invité officiellement par le Recteur Duval à se soumettre aux règlements de l'agrégation. Le débat se prolongea cependant jusqu'en 1778 et ne fut terminé que par un nouvel arrêt du Parlement, qui ordonnait la stricte exécution des lettres patentes de 1766. Le plus curieux, c'est que ce sera précisément au Recteur Duval, qui devait succéder à Me Louvel au collège d'IiARcouRT, qu'incombera l'obligation de poursuivre dans cette maison l'application du décret.

En 1767, vingt ans seulement après l'établissement de la distribution des prix du concours général, on proposait de modifier celte institution et même de l'abolir. Un projet de règlement en dix articles fut soumis aux délibérations de la Nation de Normandie. En voici les principales dispositions.

Les examinateurs ou juges du concours seront nommés au mois de mars et prêteront serment d'agir avec la plus grande loyauté. Les professeurs des candidats devront conserver la liste des places de compositions de l'année, pour les présenter si on la leur demande. On n'admettra pas au concours d'élève ayant dépassé 12 ans pour la 6e, 15 ans pour la 5e, 14 ans pour la 4e, 16 ans pour la 3e, 17 ans pour la seconde et

Page 1