Discours de M. Maze
c C'est moi. » — Le proviseur devint aussitôt fort aimable; il me fit asseoir, et m'expliqua qu'il avait d'abord demandé un professeur de rhétorique d'un grand lycée du Midi, que le ministère, pour certains motifs de discipline, n'avait pas cru devoir le lui accorder, que, n'ayant pas d'aulre candidat auquel il portât un intérêt personnel, il avait examiné avec le chef de division (l'enseignement secondaire n'était pas alors une direction), les dossiers et que leur choix s'était fixé sur le professeur de rhétorique de Besançon parce qu'il était premier agrégé, docteur, jeune, bien noté. Il ajouta qu'on avait cherché partout mon adresse pour m'écrire, qu'on n'avait rien fait ne sachant pas si j'accepterais le poste, que maintenant, d'ailleurs, la question était plus difficile à résoudre parce qu'un autre lycée demandait aussi un dédoublement de classe. Il est vrai que je n'avais jamais songé à donner mon adresse au ministère. Cependant j'avais écrit quelques mois auparavant, mais il paraît que ma lettre s'était égarée dans les bureaux. Ce qui est certain, c'est que je dus retournera Besançon et que je ne reçus ma nomination qu'à la fin de décembre, à une époque où j'avais déjà renoncé à l'espérance. »
H. Legrand se retira plus tard à Brest, où il mourut en 1882. Il était officier de la Légion d'honneur.
Il fut remplacé à Saint- Louis par M. Augustin Boutan (1865-1868). Né en 1820, à Lectoure (Gers), il entra à l'École normale en 1840, puis professa la physique aux lycées d'Avignon, de Grenoble, de Rouen, de Versailles, enfin à Saint-Louis. Il fut nommé proviseur de ce lycée en 1865 et occupa celle charge jusqu'en 1868. Il devint alors inspecteur d'Académie, puis inspecteur général de l'Université. Ce sont encore les fonctions qu'il exerce aujourd'hui avec la plus grande distinction. Ses anciens élèves ont gardé un bon sou* venir de son administration, et l'un d'eux disait qu'il « avait été choisi pour donner au lycée Saint-Louis un caractère plus scientifique qu'auparavant ». C'esl, en effet, ce que nous apprenons d'une autre source : « Placé sous la direction de « M. Boutan, dit un historien de 1'Universilé, le lycée Saint- « Lodis, sans laisser le programme des études ordinaires, a « élé affecté plus spécialement à un enseignement scienti- « fique conçu dans le but de préparer aux Écoles du Gouverne nement. Il a des divisions distinctes pour la préparation « aux Écoles polytechnique, normale, centrale, forestière,
• Saint-Cyr et navale. Établie à la rentrée d'octobre 1865, ■ la nouvelle organisation a déjà fait ses preuves. Grâce au ci nouveau mode introduit pour la distribution et la durée
*« des classes, les cours ont pu être achevés plus rapidement, « et par conséquent revus d'une manière plus complète*. » Ils ont fait aussi grand éloge de sa belle conduite dans cette maison, lors de l'épidémie cholérique de 1865-1866 *. M. Boutan est officier de la Légion d'honneur.
La charge de proviseur échut ensuite à M. Vincent Joguet (1868-1874). Né à Lyon en 1815, il avait fait ses études au collège de celle ville, avant d'entrer à l'École normale en 1833. 11 montrait alors beaucoup de goût pour la poésie, et il chanta la Liberté, la Grèce, la Pologne et aussi la République avec l'enthousiasme que l'on avait pour ces grandes causes à cette époque. Il écrivit même dans le Globe et fut un des collaborateurs des utopistes Pierre Leroux et Jean Reynaud. Il devint ensuite professeur de troisième au lycée de Dijon, puis d'histoire à celui de Nancy, où il se trouvait, quand on le nomma proviseur de ce lycée. Nous le voyons ensuite successivement proviseur aux lycées de Nancy, de Reims, d'Orléans, de Marseille, de Versailles et enfin à Saint-Louis (1868). Il occupait ce poste durant les mauvais jours de Tannée terrible, el, comme nous le racontons plus loin, il sut faire face aux difficultés et aux périls qu'il y rencontra. Voici ce que disait de lui un ancien Sainl-Louis : « M. le proviseur Joguet, pen- « dant les sept années de son administration a eu à traverser « des époques douloureuses et pénibles, mais les difficultés « s'aplanissaient devant lui. Désireux de ne jamais laisser « s'affaiblir le principe d'autorité dont il était le représen- « tant, il faisait respecter la règle, en même temps que par « sa bienveillance il eu atténuait les rigueurs ; il a su con- « server et même augmenter encore l'antique prospérité du « lycée. C'est que dans toutes les occasions M. le proviseur <i Joguet donnait l'exemple ; il était, lui aussi, un homme de
• 1. V. Chauvin, Hist. des lycées et collèges de Paris, 1866. , g. Discours de M. le comte d'Harcourt, 1866.
« devoir et de dévouement. Sa mémoire sera toujours pour « nous chère el respectée4. » M. Joguet mourut au lycée Saint-Louis le 2 décembre 1874, et, comme on récrivait alors : « Cet homme bon et modeste qui avait su aux jours « de la Commune élever son devoir jusqu'au sacrifice, méri- « tait de donner aux jeunes gens une dernière leçon, celle « d'une mort résignée et chrétienne. Il Ta fait, el lui-même, « sentant les progrès du mal, ne voulut accepter aucune des « illusions dont ses amis cherchaient à l'entourer. Il reçut « les derniers sacrements, et après avoir de la manière la « plus touchante recommandé à sa fille d'élever surtout chré- « tiennemenl ses enfants, il s'éteignit avec calme, dans la foi « et l'espérance chrétienne2 ». H. Joguet était officier de la Légion d'honneur.
En 1874, M. Alexandre Gautier arrivait comme proviseur au lycée Saint-Louis. Il est né à Boursat (Loir-et-Cher), en 1822, et voici en quels termes le président de V Association des anciens élèves accueillit son provisorat en 1875 : « Nous connaissons, dit M. Chaude, vos longs services universitaires; nous savons que dans tous les postes où vous avez été appelé, à Pau, à Rodez, à Tournon, à Strasbourg, hélas ! à Saint-Élienne, à Clermont, à Nice comme à Rouen, partout enfin, vous avez laissé des traces durables de votre passage, et déployé toutes les qualités de l'administrateur le plus dévoué; nous savons aussi que vous avez emporté tous les regrets. » M. Maze lui disait également que « son provisorat avait donné dix années de prospérité au lycée Saint-Louis. ' » M. Gautier quitta cette maison pour aller diriger le lycée de Vanves, d'où il fut appelé à l'inspection générale des économats des lycées et collèges de l'Université, fonctions qu'il exerce encore aujourd'hui. Ajoutons que M. Gautier fut fait officier de la Légion d'honneur au lycée Saint- Louis.
Il eut pour successeur en celte maison M. Louis Joubin