‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 283 sur 355 · Chap. V, p · texte numérisé non relu

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nière elle est solennisée encore aujourd'hui au lycée Saint- Louis. Les premiers de chaque classe, depuis le commencement de l'année scolaire, sont appelés ce jour-là à participer à des agapes fraternelles, dont le poulet rôti, le nougat et le Champagne forment le fond du menu traditionnel. Lorsque la liqueur vermeille est versée dans les verres, lorsqu'un premier toast a été échangé entre les joyeux convives du festin, le silence se fait pour entendre l'éloge du monarque. C'est en vers que les bardes chantaient autrefois les exploits des héros, c'est en vers aussi que l'on célèbre encore aujourd'hui dans l'Université le triomphateur des Saxons. Nous avons sous les yeux un certain nombre de ces pièces de poésie et ce qui nous frappe c'est leur originalité, c'est leur fraîcheur, leur entrain, leur jeunesse en un mot. Le même thème en forme le fond et cependant chacune le présente d'une manière neuve, et trouve le moyen d'avoir du trait, d'échapper à la banalité. Les jeunes poètes savent rajeunir leur sujet en empruntant aux événements contemporains, aux faits du jour, ce que l'on appelle le clou, qui ajoutera l'intérêt de l'actualité à l'harmonie des vers.

On en jugera par quelques citations. Ainsi, en 1884, nous n'avons que l'embarras du choix, les classes de lettres étant abondamment pourvues : la création du lycée Lakanal n'avait pas encore appauvri Saint-Louis. Nous sommes en présence de trois pièces de vers.

Ce sont d'abord des tercets, dans lesquels l'élève de philosophie, Gaston Laurent, porte la santé à la muse du banquet :

0 muse, fantasque compagne,

Toi qui n'as pas peur du Champagne

Et qui fréquentes Charlemagne,

Je te donne ce Tin royal, Plus parfumé que le santal, Dans cette coupe de cristal.

Un autre élève de philosophie, Ausseur, s'inspirant de la récente ordonnance du préfet Poubelle sur les boites à ordures, se fait l'écho des plaintes des chevaliers du crochet. L'un d'eux vient demander justice à Charlemagne devant

la statue de Rochet, qui se dresse sur le parvis de Notre- Dame:

Charlemagne à grand empereur, Si j'ai quitté mon domicile Et parcouru toute la Tille Pour implorer ton bras Tengeur, C'est qu'humblement j'espère en toi, Excellent prince et Taillant roi.

Entends ma supplique anonyme, Conjure le fatal destin Qui Tient ravir à ma famille Les tas publics, son gagne-pain.

Crois-en ma voix qui s'égosille.

Mais ne perds pas une minute, Car le Préfet qui persécute L'humble chevalier du chiffon, L'appelle déjà vagabond :

Sinistre injure qui m'afflige Et m'enlève tout mon prestige.

Arrêtant mon vers qui sanglote Je mets mon crochet et ma hotte Sur les marches du piédestal Que Viollet-le-Duc dessina.

A toi, tes preux et ton cheval, Je donne ma cause, prends-la.

Adieu ! Puisse ta vengeance Mériter ma reconnaissance.

Une troisième pièce de vers plus sérieuse fait la critique du temps présent, avec une note un peu pessimiste :

Oui l'état du pays n'est naturel ni sain ; Il a plus d'une plaie épuisante en son sein. C'est vrai, l'amour du gain effronté se déchaîne; Il trône sans vergogne et triomphe et nous mène.

On s'écrase à la Bourse, où vainqueurs et vaincus Mènent gaillardement la ronde des écus. . .

Le naturalisme est à la mode

Il dispense de soins, de talent et d'étude, On en prend aisément les trucs et l'habitude. Aussi l'art agonise et les lettres se meurent Et les vertus s'en vont et les vices demeurent.

Mais si le tableau est si noir, c'est pour invoquer l'assistance de Charlemagne :

Dans notre antique race infuse un sang nouveau, Rends-nous l'amour du bien et le culte du beau,

et s'adressant à ses camarades il les convie à la régénération de la patrie :

Dieu merci ! la jeunesse a gardé sa fraîcheur !

Conservons-la toujours, dans toute l'existence :

Gardons de nos vingt ans la pleine confiance,

Emportons le progrès et l'avenir d'assaut :

Prenons pour nous le mot fameux : Toujours plus hautl »

En 1886, l'élève de rhétorique, Maurice Roger, rappelle la suppression de l'internat littéraire par suite de la création du lycée Lakanal, à Bourg-la-Reine :

Glorieux internat que célèbre ma lyre Qu'êtes vous devenu? nul ne le saurait dire; Comme le vent dans l'air dissipe la fumée, Ainsi, de toutes parts, cette vaillante armée S'est enfuie, emportant bien des lauriers en fleurs A Lakanal, peut-être. . . hélas! peut-être ailleurs? Il nous reste la gloire. 0 vous Bourlet, Caboche Convers, Gaspard-Michel, vous me feriez reproche, Si je ne saluais, en ce banquet joyeux, Grands lauréats d'hier, vos noms victorieux. Honneur à vous, honneur aux anciens du lycée, A Pasteur, à Gounod, à toi François Goppôe ! Ces trois noms réunis peuvent montrer à tous Que la science et l'art marchent de pair chez nous.

Il se demande ensuite comment réconcilier ces frères ennemis?

Saint-Louis et Lakanal, violente antithèse ! Le second dépouillant le premier, quelle thèse !

Et c'est Charlemagne qui lui vient en aide, en lui proposant l'accord sur le terrain de la revanche nationale :

Vienne. enfin la revanche. . . Oh! quand cela sera, Coiffe de Dieu ! mon cœur de joie exultera

C'est moi qui vous crierai, marchant à votre tète : ÇA debout, mes enfants, debout, c'est jour de fête. Oui, vous y serez tous, Lakanal, Saint-Louis, Toute la légion de mes généreux fils, Vous viendrez me tirer des mains de l'Allemagne. S'ils ont à Lakanal une Saint-Charlemagne, Ils sont aussi les miens, et je vais de ce pas, Dire au bon Saint-Louis qu'il ne se fâche pas.

En 1879 et en 1889 le sujet qui inspirait les chantres de la Saint-Charlemagne était le même, l'Exposition universelle. Nous allons voir comment ils l'ont traité.

L'élève Debras, en 1879, imagine une visite de Charlemagne à son École palatine et le fait complimenter les Gaulois qui s'y trouvaient. Puis il suppose que le grand empereur s'adressant aux jeunes Français d'aujourd'hui les invite à conserver •

La foi dans l'avenir et le droit au succès.

El il jette cette belle apostrophe à la Patrie :

Quand le cœur est si plein de sève et de jeunesse,

Patrie, on ne peut point vendre son droit d'aînesse.

Hier, ceux de là bas osaient se dire entre eux

Que le souffle expirait dans ton sein généreux,

Et que ta dignité, ta gloire, ton génie,

Dans Paris bombardé râlaient leur agonie ;

Et, joyeux, on trinquait au vieux Rhin allemand.

Tu leur as répondu majestueusement,'

Mère! comme il sied que la France réponde,

Et l'Exposition illuminait le monde !. . . .

C'est bien ! Le Progrès marche et la Liberté monte ! Mais encor, dans la paix, fout-il songer parfois A l'âpre invasion des Germains, nous Gaulois I Ohl regardons souvent, à l'horizon, la plaine, Où l'on entend pleurer l'Alsace et la Lorraine ! Si la guerre jamais chante dans les clairons, C'est nous, les lycéens, c'est nous qui la ferons !

Le morceau se termine par celte noble exhortation :

Courage donc, amis! jeunes gens que nous sommes, Sachons apprendre ici comme on devient des hommes!

Proviseur, Professeurs sont là qui nous mettront La dignité dans l'âme et la pensée au front. Faisons pieusement ce long apprentissage De l'honneur qui rend pur, du devoir qui rend sage 1

Dix ans après deux élèves de rhétorique Bœswilwald et Goupan chantaient l'Exposition de 1889 et y introduisaient Charlemagne cherchant son neveu Roland, ne pouvant croire encore que ce vaillant héros

Voyant rompre le cours de ses hardis travaux, Ait pu trouver la mort au col de Roncevaux.

Quand le vieil empereur aperçoit la tour Eiffel!

N'est-ce pas de Roland, dit-il, la forte lance? Je vois son étendard qui dans l'air se balance. Le seul bras de Roland eut assez de vigueur Pour brandir une èpée d'une telle longueur. Lui, qui de Durandal, dans plus d'une bataille, Frappait si rudement et d'estoc et la taille t

Le poète promène l'illustre visiteur à travers les merveilles de l'Exposition qui provoquent son étonnement, lorsque

Edison leur présente, au bout d'un câble vert, Un appareil par lui récemment découvert. L'empereur, étonné, le porte à son oreille, Et, dans le phonographe, il entend, ô merveille ! Nettement raconter par le stylet tremblant, En vers harmonieux la chanson de Roland.

Le lendemain, le poète conduit l'empereur au boulevard Saint-Michel, pour visiter les écoles :

Suivons, dit l'empereur, ce jeune homme qui court, Et que je vois entrer au collège d'HARCouRT.

Hais le portier les arrête et leur dit :

Vieillard, quelle imprudence 1

Presque tous nos enfants sont atteints ^influence.

On se rappelle, en effet, que l'épidémie d'influenza qui sévit à cette époque sur Paris, élut domicile dans nos lycées et obligea le minisire à prolonger les congés du premier de l'an.

Le proviseur de Saint-Louis, H. Joubin, avec beaucoup d'à propos releva cet incident dans la réplique que le chef de la maison fait ordinairement à l'orateur du banquet :

« J'éprouve, disait-il, un vif regret qu'une consigne trop sévère ou trop prudente ait arrêté au seuil de noire hospitalière maison le meilleur des Français et le plus renommé des Universitaires. Aussi je veux pour réparer cette erreur, ouvrir noire beau lycée à Charlemagne

« Entrez, Sire, 1' 'influence qui a sévi sur nous n'est pas faite pour effrayer le vainqueur des Saxons.... Vyus aimez à voir et à juger par vous-même l'œuvre des maîtres préposés par vous à l'éducation de la jeunesse; voyez et jugez : tous ceux que je vous présente, et bien d'autres encore, sont dignes de passer a votre droite.

c L'empereur sourit et apercevant tant de premiers. Il s'écrie : < Mais c'est une assemblée de rois !» Je le vis cependant froncer le sourcil en voyant la somptuosité de votre table. Je le rassurai en lui disant que ce n'était pas votre ordinaire, que nous célébrions sa fête; il sourit encore et dit : « La sobriété fait les bons soldats! »

« Il poursuivit sa visite et trouva vos dortoirs trop luxueux et vos lits trop moelleux : a mes soldats, dit-il d'une voix forte, ne savaient pas ce que c'était qu'un lit, ils dormaient sur la terre nue, ils s'habituaient à ne pas changer de couche pour dormir leur sommeil éternel ! Il faut traiter rudement le corps pour tremper solidement l'âme. » — • Sire, lui dis-je, le soin que nous prenons du corps n'énerve pas la vaillance; ce que vos soldats ont fait, les nôtres le feraient sans faiblesse et sans peur. — Voyez et jugez. »

« Une grande porte s'ouvrit et l'empereur s'avança en inclinant sa haute stature; il reconnut l'image du martyr de Tunis et en apercevant dans la chapelle un marbre couvert d'inscriptions, ses yeux, étonnés interrogèrent... • Sire, cette table est le livre d'honneur de Saint;- Louis! — Le marbre est noir, c'est le symbole de la France en deuil qui ne veut pas être consolée; mais les noms qui sont inscrits sont gravés en lettres d'or, c'est l'image des étoiles! Nobles et vilains, riches et pauvres, connus et obscurs, tous enfants de cette maison ont vaillamment donné leur vie pour la France. Us ont tous conquis la récompense des braves, la palme immortelle qui brille dans les cieux ! —

• L'empereur leva la main et dit : Enfants de Saint-Louis soyez

bénis ! Heureux ceux qui dorment à l'ombre du drapeau de la France ! — Et une larme tomba sur sa barbe fleurie ; non pas une de ces larmes découragées qu'il versait en songeant à la ruine prochaine de son Empire» mais une de ces larmes fécondes qui disent : Espérance I »

C'est ainsi qu'au lycée Saint- Louis s'entretient la flamme du patriotisme et le banquet de la Saint- Char lemagne n'aurait-il pas d'autre résultat que celui-là suffirait pour en maintenir la tradition.

Après le banquet des élèves a lieu celui des maîtres groupés autour du chef de la maison et du président de l'association des anciens élèves auxquels se joignent souvent d'anciens professeurs ou fonctionnaires du lycée appelés h participer à cette fête de famille. C'est ainsi que Ton rattache le présent au passé pour les confondre dans un même sentiment de cordialité. Le banquet se termine comme celui des élèves par des toasts dans lesquels le président de l'Association, au nom des anciens élèves, et, après lui, le censeur du lycée, au nom des professeurs, se plaisent à signaler le dévouement du proviseur pour la prospérité de la maison. Celui-ci, à son tour, proclame bien haut tout ce qu'elle doit à l'intelligence et au zèle de ses collaborateurs. Cet échange d'éloges et d'encouragemenls réciproques que le personnel du lycée a si rarement l'occasion de s'adresser laisse toujours une heureuse impression dans les coeurs et vraiment nous dirions en empruntant un mot fameux :

t Si la Saint-Charlemagne n'existait pas, il faudrait l'inventer. »

Nous avons commencé ce travail par un aperçu historique sur la Nation de Normandie, nous le terminerons en disant quelques mots de V Association amicale des anciens élèves du lycée Saint-Louis. Il y a, en elfet, quelque rapport enlre ces deux corporations. Comme la Nation de Normandie exerçait une sorte de patronage et de protection à l'égard du collège d'HARCODRT, Y Association des anciens élèves de Saint-Louis n'a rien de plus à cœur que d'entourer d'honneur le lycée et de venir en aide à ses anciens élèves.

Elle est due à l'initiative d'un proviseur, M. Legrand, qui réalisa, comme le disait plus tard H. Denormandie, cette belle pensée de Térence : Unam facere nos hanc familiam; coUre, adjuvare, adjungere*.

Plusieurs collèges de Paris avaient déjà établi des associations de ce genre et les anciens élèves de Saint- Louis s'étaient vainement efforcés, à plusieurs reprises, de suivre cet exemple, lorsque la parole de M. Legrand réussit à grouper un grand nombre d'adhérents qui organisèrent un premier banquet le 1 1 janvier 1860, dans lequel, après avoir rappelé à ses auditeurs les gloires du vieil Harcourt et du jeune Saint-Louis, il les invitait à former une famille « pour l'agrément et l'utilité de ses membres, pour être la providence bienfaisante de ceux d'entre eux qui, sans cesser d'être honorables, souffrent des rigueurs de la fortune » . L'association était fondée avec son double but: « établir un centre commun de relations amicales et porter secours aux anciens élèves qui seraient dans le besoin ». Elle reçut bientôt ses statuts qui plaçaient à sa tête un comité de 24 membres élus et renouvelés par tiers tous les ans. Le proviseur du lycée en est le secrétaire perpétuel. Le comité choisit un président et un vice-président pour l'année, qui en dirigent les délibérations et convoquent les membres de l'Association aux réunions et au banquet.

Une souscription de 10 francs par an constitue le fond de secours destiné à établir des bourses ou portions de bourses provisoires pour les élèves nécessiteux qui entrent à Saint- Louis et à soulager les misères intéressantes des anciens élèves qui en sont sortis. Un comité de patronage a même été spécialement institué à l'intention de ces derniers, en 1885, sous la présidence de M. Haze.

Dès 1861, son fondateur et son premier président, M. Legrand, en remettant ses pouvoirs pouvait dire : « Messieurs, « votre Association est organisée : vous avez maintenant un « bureau, un comité et une caisse de secours. Le bureau

1. Les AdelpheSt act. V, se. vi. Discours de M. Denormandie au banquet de 1872.

« dirige les délibérations du comité, le comité gère les intérêts « de l'Association, la caisse de secours est déjà riche de vos « libéralités. » Non contente de venir en aide aux anciens élèves dans le besoin, l'Association fondait alors un prix d'honneur qui devait être décerné à l'élève sortant du lycée qui aura paru • le plus méritant, sous le rapport de la conduite, de l'application et des succès depuis plusieurs années ».

Nous donnons ici, d'après l'Annuaire, la liste de ces prix d'honneur :

4861 Eugène Douet.

4862 Jules Royer.

4863 Anatole Chaupton.

4864 François Braivb.

4865 Jean Pintard.

4866 Jean Anquetil.

4867 Amédée de Bellegarde.

4868 Charles Reiset.

4869 Marcel Guay.

4870 François Rabanis.

4872 Paul Renard.

4873 Maurice Fouché.

4874 Emile Lacour.

4875 Pierre Puiseux.

4876 Jean-Marie Olive.

4877 Gustave Lyon.

4878 Armand Janet.

4879 Victor Spiers.

4880 Paul Vignal.

4884 Marie Axdoyer.

4882 Louis Blanleuil.

4883 Emile Brand.

4884 Alexandre Caboche.

4885 Henri Godron.

4886 Paul Chair.

4887 Maurice-Antonin Roger.

4888 René Vintéjoux.

4889 Henri Doux ami.

4890 Emile Greffe.

Douze ans après sa fondation, l'Association avait fait ses preuves, elle comptait plus de huit cents adhérents, elle pouvait solliciter une approbation du Gouvernement. C'est ce qu'elle obtint pnr décret du président de la République, M. Thiers, contre-signe du ministre de l'Instruction publique, M. Jules Simon. Le 8 mars 1872 elle élait reconnue d'utilité publique, et depuis celte époque elle n'a cessé de prospérer sous la sage direction de ses honorables présidents, et grâce aux fondations dont elle a été l'objet depuis son origine. Citons en particulier le legs de M. Sappey (1869), qui fut avocat général à la cour d'appel de Paris. Rappelons aussi pour mémoire les noms de ses 29 présidents :

MM. Egger

DCFOUR

1861 MM. Sappey 1863

1862 Busson-Billault 1864

MM. Leviez 1865

MM. Try

d'Harcourt 1866

DE RONSERAY

Havet 1867

Maunoury

Doccet 1868

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