‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 3 sur 355 · LA NATION DE NORMANDIE · texte numérisé non relu

LA NATION DE NORMANDIE

Origines, iceanx, armes, dignités, aaieranldea, statuts, calendrier, revenus. — Autorité de la Nation de Normandie. — Une invitation royale anz funérailles d'nn prince dn sang.

k Nation de Normandie' se rattache à l'histoire du collège (I'Haucijukt. Elle y tenait ses assemblées, elle approuvait ses proviseurs et ses régents, elle le couvrait de sa vigilante protection. Il ne sera peut-être pas sans intérêt de retracer en quelques mots son organisation.

Les derniers travaux sur les origines de l'Université de Paris ont achevé de réduire à néant la légende qu'avait accréditée son historien Du Boula?, en attribuant sa fondation à Charlemagne. Rien toutefois ne s'oppose à ce que Y Aima mater conserve pour son patron cet illustre restaurateur des

1. Cette vignette est empruntée au Cartulaire du collège d'Harcourt, dont nous parlons plus loin. Elle représente Louis XI sanctionnant de nouveaux statuts universitaires par une charte donnée

en 1473.

lettres, bien qu'il ait été canonisé un peu de la main gauche par l'antipape Pascal III. Ces incorrections ne doivent pas frustrer les élèves de ses écoles d'un congé qui, malgré redit de Louis XI (1479), ne fut vraiment en usage qu'à partir de 1661. Nous savons donc aujourd'hui, et le P. Denifle vient de le confirmer par ses récentes publications4, que l'Université de Paris date de la On du xiie siècle. Elle a eu pour berceau le cloître de Notre-Dame, et son chef ou grand maître était, à cette époque, un chanoine, le Chancelier de V Eglise de Paris. Au commencement du xuie siècle, les bulles du pape Innocent III font mention de ses écoles et deses maîtres en théologie, en décrets et en arts libéraux, qui formaient déjà une puissante corporation répondant au titre d'Université, qui lui est donné par le pontife en 1208, et qu'elle prend officiellement en 1221. Cette corporation universitaire so composait de plusieurs groupes distincts, suivant l'objet de leur enseignement ; ce sont les facultés, comme on les appelle à partir de 1219 : la faculté de théologie, sacratissima facultas; la faculté de décret, consullissima facultas; la faculté des arts, praeclara facultas, et, venue en dernier lieu, la faculté de médecine, saluberrima facultas. En 1231, la bulle de Grégoire IX a consacré leur organisation, et bientôt elles possèdent leurs sceaux, statuts, examens et grades, en sorte qu'en 1274, au plus tard, les quatre facultés sont en plein exercice de leurs droits et privilèges2.

La plus fréquentée de ces facultés est celle des arts, qui servait alors, comme aujourd'hui l'enseignement secondaire des lettres et des sciences, de préparation aux écoles et aux facultés supérieures de Théologie, de Décret et de Médecine. On ne pouvait entrer dans ces écoles, ni surtout se présenter

1. Die Universitâten des Mittelalters, et son Chartularium Universitatis Parisiensis, édité aTec la collaboration de M. Châtelain, Introductio, p. VIII. — Voir aussi Thurot, De l'Organisation de renseignement dans V Université de Paris au moyen âge, et l'auteur anonyme du manuscrit conservé à la Sorbonne : Universitatis Parisiensis ejusque facultatum quatuor origo vera adversus fabulas ac fabulatores vindicata.

2. H. Denifle, Chartular. Univ. Paris. Introductio, pp. X, XI.

devant ces facultés supérieures, sans être auparavant gradué de la faculté des arts. C'est ce qui explique le nombre considérable d'étudiants qui suivaient les leçons des maîtres de cette faculté enseignant dans l'Ile de la Seine el plus tard sur la montagne Sainte-Geneviève. La faculté des arts comptait à elle seule autant d'écoliers que les trois autres. Or, ces écoliers venaient de tous les pays, attirés par le renom des maîtres de Paris, artium urbs famosa, disait le pape Alexandre IV, en 1255. Ils y arrivaient la plupart sans protection, sans aide et surtout sans argent, en butte à tous les dangers matériels et moraux auxquels les exposaient, dans une grande ville, leur turbulence et leur jeunesse. Il n'était pas rare de voir des écoliers mendier leur pain dans les rues et vivre de ce qu'ils gagnaient en balayant ou en ramassant les ordures 4. Quant à la moralité du quartier des écoles, elle laissait encore plus à désirer qu'aujourd'hui. Si nous en croyons les écrivains du temps, la corruption s'y étalait au grand jour et à la porte même des écoles. Elle était à l'unisson de l'indiscipline de tous ces jeunes gens abandonnés à eux-mêmes, sans surveillance et sans frein pour les maintenir.

C'est pour conjurer ces périls, pour se créer des relations, des soutiens et des ressources, — l'union fait la force, — que les maîtres et les écoliers de la faculté des arts, et aussi de la l'acuité de médecine, ont recours de bonne heure à l'association fondée sur les aflinités de langue, d'origine et de diocèse, et se constituent en nations distinctes. Le P. Denifle croit, avec l'auteur anonyme de la Véritable origine de l'Université2, que ces nations se sont formées entre 1215 et 1222, en sorte qu'elles seraient contemporaines de l'organisation des facultés et de l'Université elle-même et non pas antérieures à ces facultés, comme l'avait dit du Boulay*. Les nations, qui composaient la faculté des arts, étaient au nombre de quatre, ayant chacune leur épilhète distinctive qui servait

1. V. Thurot. V Enseignement dans V Université de Paris, p. 39.

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