Hist. de France, t. V, p. 278, in
transfert à la prévoie de Caen de trois cents livres de renies qu'il avait achetées à la comtesse Marie de Juliers 4 .
Robert dUarcourt ne se contenta pas de pourvoir à Texislence matérielle de son collège par une fondation en règle, par des actes et des statuts authentiques, notariés, il voulut encore le placer sous la protection de l'autorité ecclésiastique, en demandant à l'évéque de Paris de le reconnaître par une approbation officielle. Tel est l'objet d'un troisième document qui se rapporte à Tannée 1312 et qui émane de Guillaume de Beauffet, dit aussi d'AuvEUGNE ou d'ÀURiL-
lac. En voici la traduction :
« Â tous ceux qui ces présentes verront, Guillaume, par la Grâce de Dieu, Évoque de Paris, Salut.
« Voulant, autant qu'il est en noire pouvoir, favoriser le louable dévouement de la pieuse entreprise de notre Révérend Père en Dieu, Robert, Evêque de Coutances, lequel a établi de nouveau et veut établir vingt-quatre Ecoliers, dont seizo dans les Arts et huit on Théologie, dans les bâtiments communément appelés Maisons (TAvranches, situés dans le quartier Saint-Càme, à Palis, près la porte d'Enfer : lesquels bâtimenls il a acquis A titro d'exécuteur du testament de Raoul de Harcourt, son frère, d'heureuse mémoire, autrefois archidiacre du Cotentin, en l'Église de Coutances, afin que lesdits Écoliers y vivent en communauté suivant les règlements faits à cette intention par ledit Évêque; pour l'entretien desquels Écoliers le même Évoque a consacré, assigné et réglé deux cents livres de rentes annuelles amorties.
t Considérant en outre que ledit établissement peut contribuer à la gloire de Dieu et procurer à l'Église de très grands avantages, ce que nous désirons de tout notre cœur, nous approuvons la congrégation et la communauté desdits Écoliers tant élus qu'à élire, et de ceux qui pourront être admis dans ladite maison, au delà du nombre susdit, ainsi que l'acquisition qui en a été faite à l'usage susdit, en vertu des statuts dressés par le même Évêque et qui pourront être raisonnablement établis dans la Société, nous louons autant qu'il est en nous, et de toute notre autorité épiscopale nous ratifions, approuvons et confirmons par les présentes toutes lesdites institutions, réservant toujours à l'avenir nos droits et ceux de notre Église de Paris. En foi de quoi nous avons
1. V. aux documents annexes le Vidimus d'Henri V d'Angleterre. — V. aussi de la Roque, Hist. gènéalogiq. d'Hâve, t. IV, p. 1225.
scellé les présentes, de notre sceau. Donné l'an du Seigneur 4319, le jeudi d'avant la fête de la Nativité de Saint Jean-Baptiste4 ».
Mais un fondateur prudent doit être aussi prévoyant que possible et se mettre en règle avec toutes les exigences qui peuvent gêner son œuvre. Robert d'Harcourt a fait élever dans les nouvelles constructions de la rue de la Harpe une chapelle dédiée à la Vierge et à saint Louis, C'est même l'un des premiers sanctuaires qui aient été placés en France sous le vocable du pieux roi9. Cette chapelle doit être commune à tous les boursiers, car, pour tout le reste, réfectoire, salles de cours, lieux de récréations, les théologiens seront séparés des artiens et grammairiens. Or la règle défend de faire des offices solennels et même de célébrer la messe certains jours de fêle dans un oratoire privé qui ne jouit pas de cette autorisation, qui n'appartient pas à une communauté exempte. Il est bon de parer aux difficultés qui pourront surgir du côté de la paroisse Saint- Hilaire, près la rue des Carmes, dont le collège dépend à celte époque. Déjà même le curé a réclamé la présence des boursiers aux offices de son église. On lui a opposé les lettres d'approbation de l'évêque de Paris, mais elles ne sont pas explicites sur ce point, il y a matière à contestation. L'évêque de Codtances est en relations particulières avec Bertrand de Got, devenu le pape Clément V, on dit même qu'ils se sont connus autrefois aux écoles de l'Université; il n'hésite pas à s'adresser directement à lui et à solliciter pour son collège les
1. V. aux documents annexes le texte latin de cette lettre. Notons que la lettre de l'évêque de Paris spécifiait le nombre des écoliers pauvres admis à Harcourt, ce que ne faisait pas Robert d'Harcourt, dans sa lettre de fondation. C'est dans les statuts seulement qu'il détermine ce nombre, sans cependant obliger à s'y tenir, si on peut l'augmenter par de nouvelles fondations de bourses, comme on le fera plus tard.
2. Il paraît que le premier sanctuaire placé en France sous le vocable de saint Louis a été l'église du couvent des dominicains d'Évreux, consacrée par l'évêque Matthieu des Essarts, en 1299, moins d'un an après la canonisation du pieux monarque. — V. le P. Chapotin, Études historiques sur la province dominicaine de France : Le uouvest royal de Saint-Louis d'Evreus, p. 8.
exemptions nécessaires. Clément V s'empresse d'accorder celte faveur à la maison de son ancien condisciple, et on peut lire encore aujourd'hui aux Archives nationales, munie du sceau pontifical, la bulleque le pape envoya, en 1313, au maître et aux écoliers du collège de Harcourt. En voici la teneur :
« Clément, Ëvêque, Serviteur des Serviteurs de Dieu, à nos chers fils le Maître et les Écoliers du Collège de Harcourt à Paris, Salut et Bénédiction apostolique. La tendresse de votre dévouement pour Nous et pour l'Église Romaine a mérité que nous accueillions favorablement vos demandes autant que Dieu nous en donne le pouvoir. Cédant donc aux supplications que vous nous avez adressées à ce sujet Nous vous permettons, par grâce spéciale, en vertu de Notre autorité apostoliquo, de célébrer et faire célébrer chaque jour dans la Chapelle ou l'Oratoire du Collège de Harcourt, à Paris, l'office divin de jour et de nuit, avec noie et sans note, même sans qu'il soit besoin de demander ou d'obtenir la permission de l'Êvêque de Paris actuel ou futur (les droits de l'Église épiscopale et paroissiale et de toute autre demeurant entiers pour tout autre objet). Qu'aucun homme quel qu'il soit n'ait donc la hardiesse d'enfreindre cette permission que nous vous accordons, ni de rien faire à rencontre. Et si quelqu'un ose s'opposer à Notre volonté, qu'il sache qu'il encoure l'indignation du Dieu Tout-Puissant et celle des Bienheureux apôtres Pierre et Paul.
Donné à Avignon, aux Calendes de juin, l'an 9 de notre Pontificat4. »
Nous ferons remarquer, au sujet de celte bulle, qu'elle est adressée au maître et aux écoliers du collège d'HARcouRT, Magistro et collegio scolarium domus de Haricuria, et non pas au fondateur, car alors le pape se serait servi de l'expression consacrée pour les évêques : à notre vénérable frère, venerabili fratri nostro. Du Breul nous en donne l'explication en attribuant la demande d'exemption à Marin de Harigny, le « premier maistre et proviseur qui fut audit « collège incontinent après le decez du fondateur Robert de « Harcourt. » Mais le bon du Breul commet une erreur, car Robert d'Harcourt n'était pas mort en 1313. Il vécut encore plusieurs années, assez pour être sûr que son établissement
1. Àrchiv. Nat. M. 133. V. le texte latin aux documents annexes.
oe péricliterait pas après lui. Il avait seulement pris soin de faire élire un proviseur par les boursiers, comme le prescrivaient les statuts. C'est ce qui lui permettait de pouvoir résider dans son diocèse de Coulances, • se contentant de venir faire ses visites de temps en temps au collège dont il était le fondateur*. -Robert d'Harcourt avait aussi donné au collège le droit de prendre ses armes, de gueules à deux fasces d'or surmontées d'une crosse d'or, comme on les voyait, dit A. de la Roque, au prieuré de Saint-Lo, dont il était le bienfaiteur*. Ce sont, en effet, les armes que nous avons retrouvées aux Archives nationales, sur un livre de comptes du collège, telles que nous les reproduisons ici. Le généreux évoque pouvait.
sinon dire comme le poète : exegi monumentum aereperenniua, il n'y a rien d'éternel en ce monde, les révolutions se chargent