‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 68 sur 355 · Hist. de VUniv. de Paris, t. IV, p · texte numérisé non relu

Hist. de VUniv. de Paris, t. IV, p

3. Guillaume d'Estouteville était le second fils de Jean, seigneur d'Estouteville, bouteiller de France sous Charles VI, et de Marguerite d'Harcourt. Né vers 1400, il entra dans l'Ordre de Saint-Benoît et vint se fixer à Rome, où le pape Eugène IV le fit cardinal en 1437, puis il devint successivement évéque d'Angers (1439), de Digne (1439), de Nîmes (1441), de Béziers (1444), de Lodève (1450), enfin archevêque de Rouen (1453), où il resta jusqu'à sa mort (1483). Il cumula encore plusieurs autres bénéfices importants, en particulier le prieuré de Saint-Martin-des-Champs et l'abbaye du Mont-Saint-Michel. (V. de Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. V, p. 191.)

époque, le rôle politique de l'Université est fini, la fille aînée des rois devra désormais se soumettre comme une simple sujette. Le choix du réformateur était heureux, carie cardinal d'Estouteville était un prélat français qui avait contribué avec son frère, Louis d'Estouteville, à la défense du Mont- Saint-Michel contre les Anglais et qui travaillait à la réhabilitation de la mémoire de Jeanne d'Arc. De plus, il connaissait et aimait nos écoles, ayant été doyen de la faculté de Droit de Paris. Il est du reste bien secondé par Robert Cybole et les autres commissaires parmi lesquels se trouvaient Guillaume Chartier, évêque de Paris, Jean, évêque de Meaux et cinq magistrats du Parlement.

Les réformes portèrent sur l'enseignement et la discipline dans toutes les facultés. Celle qui avait le moins d'abus à corriger était la faculté de Médecine; celle qui occupa davantage le réformateur fut la faculté des Arts à cause des nombreux écoliers et collèges qui en dépendaient. Aussi est-ce surtout à cette dernière que s'applique l'œuvre de G. d'Estouteville.

Au point de vue de Y enseignement, le cardinal maintient l'étude de la philosophie d'Âristote alors en honneur dans les écoles, et les exercices publics : leçons, conférences, disputes, thèses, examens qui avaient lieu, soit rue du Fouarre, soit à l'intérieur des collèges, comme à Harcourt, où ils étaient établis. 11 n'est pas question de la rhétorique dans les statuts de réforme, et cependant on renseignait alors dans les écoles, notamment à la Sorbonne et à Navarre. Mais on y donne plus d'importance à l'étude de la grammaire qui est imposée aux écoliers avant d'être admis à entrer en philosophie. Les leçons des maîtres auront un double objet : faire de vive voix l'explication du texte d'Aristote et dicter les traités composés par eux. Les élèves seront tenus de rédiger leurs cahiers et de les présenter aux examinateurs pour le baccalauréat. Nous retrouvons dans toutes ces prescriptions les règlements sur les bourses, sur les tentateurs et les dêtermir nanees que nous avons exposés dans notre chapitre premier. Mais il ne sera peut-être pas sans intérêt de rappeler, d'après les statuts de réforme, quels étaient les auteurs classiques

suivis alors et sur lesquels les candidats devaient être interrogés.

Pour les grammatistes ou étudiants en grammaire, ce n'est plus, comme auparavant, la grammaire de Priscien qui est mise entre leurs mains; on leur substitue, en 1452, le Doctrinale puerorum, en vers, de maître Alexandre de Villedieu, les Grécismes, également en vers, d'Ervard de Béthune, et, en fait de sciences, on y ajoute Yalgorisme, c'est-à-dire l'arithmétique. Disons aussi que la versification fait dès lors partie des connaissances grammaticales et que bientôt on enseignera le grec en même temps que le latin dans tous les collèges f .

Lorsque les élèves,, de grammatistes qu'ils étaient, deviennent artistes ou summulistes c'est-à-dire étudiants en philosophie, on leur fait apprendre la logique et la dialectique dans des manuels intitulés summulae. Ce sont d'abord les logicalia ou parva logicalia, attribués à Petras Hispanus; puis ils abordent les livres d'Aristote : les Praedicabilia, le Porphyre, les Praedicamenta, YHermenia, les Priora analyiica et les Posteriora, les Topiques, les Elenchi, les trois Physici et le Proœmium de anima7. Quant à l'enseignement scientifique, il se borne à quelques notions de géométrie et d'astronomie. Voilà pour le baccalauréat.

Pour la licence, elle portait sur d'autres livres d'Aristote : la Philosophie naturelle, les Météores, les Parva naturalia, les traités du Ciel et du Monde, de la Génération, de la Conception, les huit livres de Physique, la Métaphysique, enfin quelques opuscules sur les mathématiques où l'on range la musique à côté de l'arithmétique et de la géométrie. En 1452, la réforme du cardinal d'Estouteville insiste sur la morale et on ajoute au programme la Morale à Nicomaque d'Aristote.

1. Un Grec fugitif, Grégoire de Tiferne, ouvrit à Paris, en 1458, un cours de grec qui fut suivi par de nombreux écoliers.

2. V. Cartulairê d'Har court, Juramenta que determinaturi habent jurare Procuratori; et notre chap. Ier, p. 28. — Du Bonlay. HùtU Univ. Paris, t. V, p. 576. — Thurot, L'Université au moyen dgey p. 4H, 51, 71, 72. — À. de Bourmont, L'Université de Caen, 103-112. — Rathery, Journal de V Instruction publique, 1854, 1855.

A partir de cette époque la licence et le baccalauréat sont plus distincts l'un de l'autre, celui-ci restant un examen de grammaire et de logique, tandis que la licence devient surtout un examen de philosophie.

Le doctorat ou la Maîtrise es arts était moins une épreuve nouvelle qu'une introduction solennelle du licencié dans la corporation des maîtres qui l'agréaient : dignus est intrare in nosiro docto corpore. Nous en avons parlé dans notre premier chapitre1. La réforme de 1452 dispense les candidats à la maîtrise de l'obligation de disputer pendant quarante jours sans interruption, ce qui, du reste, ne s'observait plus.

En ce qui concerne la discipline, le statut de réforme recommande aux chefs des maisons d'enseignement de choisir avec soin les régents auxquels ils doivent confier l'instruction de la jeunesse. 11 les veut hommes de bien, graves et doctes, capables de servir d'exemple à leurs élèves et de s'en faire estimer par leur savoir et leurs vertus, viros bonos, graves et doctos qui sint suis discipulis ad exemplum, et qui taies sint ut eos pro merito virtutum et scientiae in scholaribus rêvereantur*. Il exige qu'on assure à ces maîtres des appointements convenables au lieu de s'en faire payer, « car il n'est point naturel, dit-il, qu'un homme de mérite consente à payer lui-même le droit de travailler, au lieu de tirer lui-même du fruit de son travail. » Il condamne avec indignation les brigues honteuses des maîtres pour s'attirer des élèves, les prix exagérés que demandaient ceux qui se chargeaient de nourrir les pensionnaires, les épargnes misérables sur la qualité ou la quantité des aliments, enfin les conventions passées entre certains chefs de maison pour faire monter les pensions à un chiffre trop élevé*.

Au sujet des écoliers le réformateur n'hésite pas à entrer dans les plus humbles détails pour accomplir consciencieusement sa mission. C'est ainsi qu'il se montre résolu à bannir

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