‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 75 sur 355 · Qallia Chriitiana, t. XI, p · texte numérisé non relu

Qallia Chriitiana, t. XI, p

la France délivrée ; tout cela est bon, honnête, généreux, ne peut venir que de Dieu.

Il invoque, au sujet des apparitions, un témoignage local, ce qui s'est passé au Mont-Saint-Michel, dans son diocèse d'AvRANCHES, l'apparition de l'archange à l'évêque saint Aubert. Il rappelle que cette citadelle, protégée par saint Michel, plus encore que par ses défenseurs et par les flots qui l'entouraient, seule de tout le duché de Normandie, est restée imprenable pendant la guerre de Cent ans, malgré tous les efforts des Anglais pour s'en emparer. Pourquoi le même archange n'aurait-il pas pu assister Jeanne d'Arc et la conduire à la victoire4 ?

Quant à la forme du procès, la seconde partie de son mémoire, qui est assez courte, Boncard plaide l'incompétence du tribunal et la nullité du jugement, comme l'avait déjà fait Cybole. Il montre que toutes les règles de la justice ont été violées à l'égard de la Pucelle : le tribunal n'est composé que d'ennemis; on la trouble par des interrogatoires captieux; on la terrorise par les rigueurs excessives de sa prison; on la condamne sur un faux exposé de la procé-

1. On- sait que Jean d'Harcourt, comte d'Aumale, cousin de Charles 71, fut capitaine du Mont-Saint- Michel, de 1418 à 1424, et qu'il fit éprouver aux Anglais plusieurs défaites, notamment à la Brossinière, sur la Marche de Bretagne, en 1423. V. dans Vallet de Viriville, Chronique de la Pucelle, la lettre de Charles VII, sur cette victoire. C'est encore un membre de la famille d'Harcourt, Louis d'Es toute vil le, frère du cardinal Guillaume, cousin germain du comte d'Aumale par sa mère Marguerite d'Harcourt, et son compagnon au combat de la Brossinière, qui défendit le Mont-Saint-Michel pendant ringt-cinq ans, 1425-1450. La gloire de l'avoir préservé de la domination anglaise revient tout entière à Louis d'Estoute ville, comme l'a établi M. Simôon Luce dans le savant article qu'il lui a consacré au Correspondant du 25 septembre 1890. Il a même retrouvé à Monaco un document précieux pour cette histoire, provenant des archives des princes Grimaldi, qui, par suite de leurs alliances avec les Torigni-Matignon, comptent parmi leurs ancêtres plusieurs défenseurs du Mont- Saint-Michel, les deux Olivier de Mauny, sires de Torigni. Aussi sont-ils restés de fidèles amis de la France. Voir aussi la Chronique du Mont-Saint-Michel , publiée par M. Simôon Luce. Je le prie d'agréer ici mes remerciements pour les bons conseils qu'il a bien voulu me donner afin de rendre ce chapitre moins incomplet.

dure fait à Paris et ailleurs. Ici encore nous retrouvons ce qu'avait dit Cybole sur les procédés déloyaux dont on avait usé pour obtenir de l'Université un avis favorable à la condamnation1.

Jean Boucard, déjà en faveur à la cour, sous Charles VII, y fut encore appelé et très considéré par son successeur. Un biographe nous rapporte que Louis XI étatot venu visiter l'Avranchin, qui dépendait de son domaine, eut occasion d'apprécier les connaissances et le caractère de l'évoque d'AvRANCHEs, aussi le choisit-il pour diriger sa conscience, en qualité de confesseur ordinaire9. Cette charge ne fit que mettre le sceau à la réputation de savoir et de vertu dont Boncard jouissait déjà parmi le clergé français. Nous le voyons, en 1470, très écouté de l'assemblée des Notables tenue à Tours, au sujet de la dénonciation du traité de Péronne, violé par le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire. C'est pourquoi, l'année suivante, le pape Paul II engagea vivement l'archevêque de Tours à se servir de l'influence que Jean Boncard exerçait sur l'esprit du roi pour décider ce prince à donner suite à son projet de croisade contre les Turcs. Mais des préoccupations politiques d'un ordre tout inférieur empêchèrent Louis XI de réaliser une entreprise qu'il n'avait, peut-être, jamais envisagée sérieusement. Toutefois la confiance qu'avait en l'évêque d'AvRANCHEs son royal pénitent était telle que celui-ci n'entreprenait rien d'important sans l'avoir consulté. C'est ainsi que Jean Boucard fut associé à celte époque aux réformes et aux innovations que Louis XI voulut introduire dans l'Université, dont il avait cependant confirmé les privilèges. Il y en eut d'heureuses; il y en eut aussi de bizarres.

Citons, parmi les réformes heureuses, la suppression de la

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