‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 76 sur 355 · V. aux documents annexes la consultation de J. Boucard · texte numérisé non relu

V. aux documents annexes la consultation de J. Boucard

2. Girard, Annuaire cCAvranches, 1842. Quoique cet auteur ne donne pas la date de ce voyage de Louis XI, on pourrait le placer en 1462, d'après la Chronique du Mont-Saint-Michel publiée par M. S. Luce, t. Ier, p. 65. Il y est dit, en effet, que le roi « Tint en Normandie Tan mil IHICLXII, et le XXVIII8 jour du moys d'aoust alla couchier à Atranchez. »

fête du rot des fous. A certaines époques de Tannée, les écoliers se livraient dans la ville à des mascarades, notamment aux fêles de Saint-Martin, Sainte-Catherine, Saint-Nicolas et de l'Epiphanie. Cette dernière fête était désignée sous le nom de regalia, dans le latin de la Montagne Sainte-Geneviève, dit Quicherat, mais elle se serait appelée saturnalia dans le latin de Rome. Ce jour-là, racontent les historiens de l'Université, les portes des collèges restaient ouvertes, et les élèves, libres de toute surveillance, sortaient couverts de haillons, d'habits retournés ou de tout autre accoutrement ridicule. Ils se réunissaient en une vaste salle et nommaient un roi des fous. C'était alors l'occasion de débauches et d'orgies dont l'auteur de Notre-Dame de Paris nous donne une idée dans son élection du pope des fous. En 1469, celte bacchanale dégénéra en une batterie sanglante, qui troubla profondément la paix publique. Le tribart ou bâton ferré dont s'armaient les écoliers fit de nombreuses victimes. Aussi le pouvoir civil s'en émut, et ordre fut donné à la faculté des Arts de réprimer ces excès. Convoquées aux Mathurins par le Recteur Kennedy, les Nations décidèrent que les déguisements seraient interdits, et que le jour des Rois les collèges fermeraient leurs portes. Pour rendre la mesure plus efficace, l'Université déclara que les déguisés seraient abandonnés à la justice du prévôt de Paris, sans qu'on fit rien pour leur élargissement. Les écoliers se dédommagèrent en célébrant les regalia dans l'intérieur des collèges, sous le nom de fête du roi de la fève, accompagnée de représentations de farces, de soties qui servaient de prétexte aux travestissements «. Peut-être devons-nous voir dans ces représentations l'origine des pièces de théâtre qui seront jouées dans les collèges aux siècles suivants, et en particulier à Hargourt ?

Le Parlement ne se montra pas très favorable à ces amusements et fit parvenir à l'assemblée de l'Université, en 1483, ses doléances sur l'autorisation donnée par les principaux de col-

1. Du Boulay, Hist. Univ. Paris, t. V, p. 690; Crôvier, Hist. de VUniv., t. IV, p. 325; Quicherat, Hist. de Sainte-Barbe, 1. I, p. 2#.

lèges de jouer dans leurs maisons des comédies qui ne convenaient ni à la dignité, ni à l'honnêteté du corps universitaire. Sur ces plaintes, le Recteur défendit de telles représentations. Nous lisons dans les délibérations de la Nation d'Allemagne, dit du Boulay qui rapporte ce fait, qu'il fut décidé que désormais aucune pièce ne serait jouée dans les collèges sans avoir été auparavant visitée el examinée avec soin par les Principaux ou leurs Régents, nullus aliquem ludum luderet, nisi fuerit visitatus et examinatus pet Principales, aut eorum Régentes, afin d'éviter les personnalités blessantes. En 1487, on statua également que les pièces de comédie ne pourraient êtrejouées que sous la direction d'un maître et d'un régent, nulli sine aliquo ductore magistro ae Régente ad ludos comœdiarum inlenderent* . On défend même dans les costumes l'usage de la soie et des objets précieux. En 1488, nouvelles défenses de la faculté des Arts au sujet des réjouissances licencieuses qui profanaient, dit Crévier, les fêtes instituées par l'Église pour servir d'aiguillon à la piété et qui devenaient pour les écoliers l'aliment du vice par les désordres auxquels ils se livraient à leur occasion. Les divertissements ne sont plus autorisés qu'à l'Epiphanie, la veille au soir et le jour après vêpres; le lendemain les leçons reprendront comme à l'ordinaire. Les comédies ne sont pas interdites, mais elles seront examinées avec soin, « afin, est-il dit, qu'il n'y reste ni trait mordant et satyrique, ni rien de déshonnête qui puisse offenser un homme de bien ». De plus, elles ne se joueront qu'à l'intérieur des collèges. Ces prescriptions sont appuyées par la menace de peines sévères pour les délinquants, en particulier le fouet, donné à l'écolier coupable dans la salle du collège, par quatre régents, en présence de tous les camarades assemblés au son de la cloche et sous les yeux du Recteur et des quatre procureurs. Les délinquants qui se déroberaient au châtiment par la fuite ou par tout autre moyen seront privés de leurs droits universitaires. Quant aux maîtres

1. Du Boulay, Hist. Univ. Paris, t. V., p. TOI, 777. Cougny, la Comédie politique dans les ctlUfe*.

qui participeraient à ces désordres, on leur interdirait pendant deux ans l'exercice de la régence. Les censeurs des quatre Nations étaient chargés de veiller à l'exécution de ces décrets. Ils nous montrent que le système d'éducation préconisé par M. Cinglant était en honneur au xv* siècle1.

On cherche de nos jours l'origine de la censure dramatique, et on l'attribue à Louis XIV; peut-être faudrait-il remonter plus haut et la placer au temps de Louis XI, inaugurée alors par ordre du Parlement dans l'Université?

Une innovation moins heureuse, et que Jean Boncard n'inspira certainement pas, ce fut le projet de l'organisation d'une sorte de garde nationale universitaire. Louis XI ne s'avisa-t-il pas, en 1468, raconte Crévier, d'enrôler et de distribuer en brigades, sous différentes bannières, tout ce qu'il y avait d'hommes à Paris, capables de porter les armes, depuis l'âge de seize ans jusqu'à soixante? L'Université était comprise dans ce projet et devait fournir une compagnie spéciale, formée des professeurs et des gradués qui n'étaient pas encore dans les ordres. Ainsi, Louis XI était en avance de plus de trois cents ans sur la loi militaire appliquée de nos jours à toutes nos écoles. Il ne parut pas alors que ce service fût conciliable avec les obligations du corps enseignant et la préparation aux grades des étudiants, clercs pour la plupart ou en portant la robe et la tonsure. L'Université réclama, fit valoir I l'incompatibilité de la vie militaire avec les exigences de l'étude, otfrit au roi ses prières et ses bénédictions en échange de l'incorporation, rien n'y fit: Louis XI, dit Quicherat, tint opiniâtrement à avoir sa compagnie de lettrés, de sorte que cette fois la toge dut céder au harnais, et qu'il fallut en passer par cette singularité de voir dans les collèges, aux jours ordonnés par les prises d'armes, des maîtres de grammaire et de philosophie ayant sur le dos la cotte de mailles ou le justaucorps de buffle2. La mesure porta bientôt ses fruits. Il se forma au sein des écoles une classe de professeurs

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