Page
ni longtemps maintenu. Les livres, encore rares à celte époque, étaient attaché* dans les bibliothèques à des pupilrcs, sur lesquels on venait les consulter aux jours de leçon, et, quand les classes vaquaient, on les tenait fermés et recouverts par des chaînes munies de cadenas. Une requête adressée au roi obtint que les écrits nominalistes fussent non pas détruits, mais seulement enchaînés et cadenassés. De là des quolibets, que rapporte du Boulay, sur ces malheureux livres enchaînés dans les bibliothèques des collèges, comme les bêtes féroces d'une ménagerie, pour les empêcher de mordre les écoliers1. Le ridicule de la mesure la fit tomber complètement. Quelque temps après, le prévôt de Paris, Jacques d'Estouteville, écrivait au Recteur de l'Université : « Le roi m'a chargé de faire déclouer et déferrer tous les livres des nominaux, qui ja pieça furent scellez et clouez par M. d'Avranches, es collèges de ladite Université de Paris. »
Mentionnons encore une prescription de Louis XI qui dénotait son caractère absolu. 11 professait une dévotion spéciale pour Charle magne, « l'emperor à la barbe florie * et comme ce monarque avait été canonisé, en 1165, il voulut que sa fête, déjà en honneur parmi la Nation d'Allemagne dont il était le patron, fut célébrée solennellement à Paris. Pensant mieux atteindre son but, il rendit, en 1479, une ordonnance qui défendait ce jour-là, sous peine de mort, de se livrer à aucun travail. « Addens etiam pœnam capitalem, si quis secus facere aut celebrare contemneret, dit du Boulay. Mais, soit que la canonisation de Charlemagne prononcée par l'an* tipape Pascal III ne parût pas régulière, soit que la sanction royale lût trouvée excessive, cette fête ne devint pas populaire et l'ordonnance de Louis XI tomba en désuétude. En 1629, le Recteur Le Maistre essaiera par un congé donné aux écoles de la rétablir le 28 janvier, on l'oubliera l'année suivante. Ce sera le Recteur du Boulay, l'historien de l'Université, qui réussira, en 1661, à lui donner le caractère d'une
l. Hist. Univ. Paris, t. V, p. 711.
institution scolaire que la jeunesse stùdieuBe a perpétuée jusqu'à nos jours malgré les révolutions1.
Jean Boucard obtint comme Cybole, l'autorisation de cumuler plusieurs bénéfices. < Le luxe corrupteur de la sphère élevée où s'écoulait sa vie, dit un biographe que nous avons déjà cité, ouvrit le cœur de Jean Boucard à l'amour des richesses qui envahissait à cette époque le haut clergé9. » Le 30 mai 1476, après y avoir été autorisé par le pape, sur la demande expresse du roi, il se faisait nommer abbé commendataire du fameux monastère du Bec, au diocèse d'ÉvuÊux, et ensuite de celui de Saint-Paul de Gormrrv, au diocèse du Tours. Le grand prieur de l'abbaye du Bec, Jean d'Harcourt, avait présenté le candidat à l'assemblée des prieurs de l'ordre en leur remettant la lettre de Louis XI qui demandait que son confesseur fût élu. Aussi, devant un tel désir, il n'y avait qu'à s'incliner, et l'évoque d'AvRANCHEs fut nommé à l'unanimité, unanimiter et concorditer, subito et repente, dit la Chronique du Bec*. Comblé d'honneurs et de richesses, Jean Boucard mourut au manoir de la Vaucelle, le 28 novembre 1484, et fut inhumé dans l'église Notrk-Dami*de-Saint-Lo *. La Gallia christiana dit qu'il composa, outre son plaidoyer pour Jeanne d'Arc, une exposition abrégée de tous les Livres Saints. Mais ce qu'elle ne mentionne pas, ce sont ses fondations charitables. S'il ambitionna de riches bénéfices, il faut dire, à son honneur, qu'il fit un généreux usage de leurs revenus. Ainsi, nous savons que, sans compter des
1. V.du Boulay. Hist. Univ. Paris, t. II, p. 344, et du même, Carlomagnalia. — Jourdain, Hist. de VUniv. de Paris, t. lmr, p. 230. — V. Fournel, Le vieux Paris, fêtes, jeux et spectacles, p. 58.
2. Girard, Annuaire d'Avranches, 1842. C'était, du reste, l'époque des cumuls èpiscopaux. Nous l'avons vu, plus haut, pour le cardinal Guillaume d'E s toute ville, et uous pourrions en citer bien d'autres exemples rapportés par M. Siméon Luce dans ses Clercs vagabonds sous Louis XL Nicolas de Clamanges signalait ces abus en flétrissant les désordres du clergé de l'époque dans son De corrupto ecclesiae statu.
3. V. la remarquable édition qu'en a donnée M. l'abbé Porée, Rouen, 1883, p. 114, 232, 233 et 234.