Bib. de la Sorb., U. 132, n° 2, p
3. Vilevaux et Brôquigny, Ordonnances des Rois de France, ' t. XIII, p. 457. — Recueil des Privilèges de V Université, p. 17.
il faut croire qu'elle n'était pas bien grave, puisqu'il continua à habiter la maison, à y jouir de sa bourse et aussi de l'estime et de la conGance de ses confrères. Nous en trouvons des preuves dans le fait qu'il était alors procureur de la Nation de Normandie, et dans un arrêt de la même date, où nous yoyons que deux boursiers Orent cause commune avec Pierre le Secourable pour un autre procès intenté au proviseur Gervais. A la mort de celui-ci, Pierre le Secourable recevra des boursiers un témoignage encore plus éclatant de leur considération pour sa personne. Une pareille destitution ne sera plus possible en 1486. Nous voyons, en effet, à cette époque, une décision de la faculté des Arts, qui l'interdit comme un abus, au sujet de la révocation d'un régent du collège de Lisieux, prononcée par le principal Louis Harel, docteur en théologie. Il faudra désormais recourir à la Nation dont dépend le régent, puisque c'est elle qui lui donne la permission d'enseigner1. : Toutefois cette affaire nous renseigne sur la situation des régenls et celle du collège à l'époque où nous sommes. Ces régents, maîtres de conférences, étaient des grands boursiers, des maîtres es arts, étudiants en théologie, admis à faire répéter les leçons de la rue du Fouarre aux jeunes élèves d'HARCouRT, en échange d'une modeste rétribution qu'ils recevaient de ces élèves. C'était un moyen de suppléer à l'insuffisance de leurs bourses. On en a conclu, avec raison, que les écoliers qui participaient à ces répétitions n'étaient pas seulement de* petits boursiers de la maison, trop pauvres pour payer un maître, mais aussi des externes ou ie& pensionnaires plus fortunés qui venaient assister aux conférences du collège. On a même trouvé, d'après les comptes de 1434 .à 1458, que dans la première maison établie par Raoul d'Harcourt sur la rue des Maçons et dans d'autres locaux voisins appelés les Ecoles du Collège et désignés sur un de nos plans sous le nom de Petit Harcourt 2, on avait installé un
1. Du Boulay, Hist. Univ. Paris, t. V, p. 170. — Crévier, Hisu tUVUniv>.% t. IV, p. 420.
2. V. le Plan de Bcrty, au chapitre II, p. 66. — Plusieurs de ces maisons étaient louées au collège par les religieux Mathurins situés
collège de grammairiens ou grammatistes. On y recevait un grand nombre d'écoliers portionistes, caméristes, qui payaient la location de leurs chambres au principal des Àrtiens chargé de leur direction, sous l'autorité du proviseur. Bien plus, ainsi que nous le disions au commencement de ce chapitre, dans le collège d'HARcouRT, comme dans plusieurs autres collèges, tels que ceux de Justice, de Lisieux, de Séez, en 1470, on y préparait les écoliers aux épreuves de la faculté des Arts, * on y prenait les degrés de bachelier, licencié et maître es arts; enfin on y suppliait pour la régence dans les Nations », ainsi qu'on le fera au xvie siècle1. C'est ainsi, dit Rathery, qu'en cessant de s'enchaîner à la lettre des anciens statuts, les collèges, jusque-là peuplés des seuls boursiers, purent s'ouvrir à tous les écoliers indistinctement : cette innovation fut favorable au progrès des études, et, sous Louis XI, les établissements de plein exercice étaient déjà fréquentés par dix ou douze mille pensionnaires ou externes1. D'après ces détails nous pouvons affirmer que la situation du collège d'HARcouRT, au temps du proviseur Etienne Gervais était prospère, et que la maison prenait de plus en plus de l'extension et de l'importance. Ce qui atteste encore sa prospérité, ce sont les nouvelles fondations qui viennent s'ajouter aux précédentes. Mentionnons, en particulier, celles de la duchesse de Bavière, Catherine d'Alençon*, qui, en 1461, paya aux boursiers l'acquisition faite à Jean Boucard de plusieurs maisons, cours et jardins, situés près de la porte Saint-Marcel, et que Ton appela depuis, du nom de la dona-
dans le voisinage de I'Hôtel Cluny. En 1444, un compte mentionne des réparations faites dans ces maisons aux frais du collège d'HARcourt. Y. Factums de la Sorb., U. 132, n° 5.
1. Bib. de la Sorb., U. 132, n° 5, p. 7-9. — V. plus haut, chap. Ier, p. 26, l'admission à la régence.
2. Rathery, Journal de V Instruction publique, 1S54. — De Barante, Hist. des Ducs de Bourgogne, t. XII, p. 158.
3. Cette duchesse de Bavière est sans doute la femme de ce duc d'Alençon qui déposa en faveur de Jeanne d'Arc, lors de son procès de révision, mais qui fut ensuite traître à sa patrie sous Louis XI, et mourut en prison, en 1476.
trice, les maisons de la Cour de Bavière1. Le revenu de ces maisons, en 1691, rapportait 2776 livres. On s'explique cette libéralité, en se rappelant que le proviseur Gervais était l'aumônier de cette princesse. Lui-même, en 1470, avait suivi son exemple en s'inscrivant parmi les bienfaiteurs du collège. C'est ce que fit aussi Chrestien ou Christophe Folliot, qui vivait sous le provisorat d'Etienne Gervais et qui devint Recteur de l'Université en 1470. Il est parlé de lui dans les comptes des années 1458 et 1556 comme ayant été successivement boursier, régent et principal du collège d'HARcouRT. Son nom figure également avec ceux de ta duchesse d'Alençon et d'Etienne Gervais sur la liste des obits que nous avons retrouvée aux Archives nationales*. Mentionnons encore à cette époque le nom d'un boursier distingué du collège d'HARcourt, Jean Miles, qui sera recteur de l'Université en 1486.
En 1484, à la mort d'Etienne Gervais, les grands boursiers du collège d'HARcouRT portèrent leurs suffrages sur le régent qu'il avait dépossédé en 1470; ils lui donnèrent pour successeur Pierre le Secourable (1484-1509).
C'est par erreur que certains historiens font naître Pierre le Secourable à Rouen : ils ont pris le diocèse où il occupa une haute dignité ecclésiastique pour le lieu de son origine. Tout porte à croire, au contraire, d'après les dernières recherches d'un savant biographe3, qu'il est un enfant de Saint- Lo. La famille Le Secourable y apparaît, en effet, dès le xv6 siècle, et elle compte des représentants jusqu'au xvir, dans les rangs élevés de la bourgeoisie. Celte conjecture devient une certitude quand on lit dans le poème de Guillaume Tbert, le chantre latin de Saint-Lo, sa patrie, la déclaration
1. Jaillot, dans ses Recherches critiques sur la Ville de Paris, dit que Ton voyait encore de son temps (1775) des vestiges de l'hôtel de Bavière dans un grand logis habite par des artisans, qui conserve le nom de Cour de Bavière, au quartier de la place -Maubert, où était l'ancienne porte Saint- Marcel.