V. nos plans du quartier des écoles, chap. II, III, IV
rapporteur pour en préparer la discussion dans les séances suivantes. Ce n'était qu'après plusieurs délibéra lions qu'on votait la solution.
Outre ces réunions d'affaires, il y avait d'autres réunions, consacrées aux fêtes de la Nation. Chaque Nation célébrait solennellement la Tète de son patron particulier. La Nation de France avait les Guillelmalia, en l'honneur de saint Guillaume de Bourges; la Nation de Picardie, les Hicolaia, en l'honneur de saint Nicolas; la Nation d' Angleterre, les Edmundalia, en l'honneur de saint Edmond, et quand elle prit le nom de Nation d' Allemagne, elle inaugura les Carlo.magnalia, en l'honneur de Charlemagne; enfin la Nation de Normandie célébrait les Romanalia, en l'honneur de saint Romain, archevêque de Rouen.
Charte ds Phillppu-AnguBte.
I* légende de ulnt Romain.
Une miniature du Cartulaire d'Harcourt, dont nous reproduisons ici le dessin, nous donne, outre le motif de dévotion locale, l'explication du choix particulier de saint Romain fait par les tributaires normands et peut-être aussi de la
Darque en danger de naufrage qui figure dans le sceau de leur compagnie, comme nous l'avons vu plus haul. La miniature n'a fait que traduire un Tait de la légende de saint Romain, raconté par les Bollandistes.
Au moyen âge, trois clercs ou étudiants normands avaient entrepris un pèlerinage en Terre-Sainte. Ils voulurent auparavant passer par Rome pour visiter les tombeaux des saints apôtres Pierre et Paul. En quittant la capitale de la chrétienté, ils s'embarquèrent sur l'Adriatique dans un vaisseau qui, avec plusieurs autres, Taisait voile pour la Palestine. Assaillis en pleine mer par la tempête, ils furent jetés sur un banc de sable. L'équipage, dans son angoisse, imputait le désastre aux crimes des trois passagers qu'il traitait de sacrilèges. Les clercs normands étaient assez inquiets sur leur sort, lorsque l'un d'eux s'écria : « Saint Romain, venez-nous en aide ! » Aussitôt le saint évèque leur apparut et, avec sa crosse, dégagea leur navire et le poussa au large, avec tant de force, dit la légende, qu'ils arrivèrent uu port avant les pèlerins des autres navires partis en même temps qu'eux et qui, les croyant perdus, furent fort étonnés de les retrouver sains et
saufs1
Aussi, en mémoire de cet événement, la Saint Romain était-elle l'objet d'une solennité particulière dans la chapelle du collège d'HàRCouRT, le 23 octobre. La Nation s'assemblait longtemps à l'avance pour choisir l'officiant de la cérémonie et le prédicateur chargé de prononcer le panégyrique du saint. La veille de la fête, après les premières vêpres, le procureur de la Nation venait remercier l'officiant par un compliment en latin et le supplier de célébrer la messe le lendemain. L'officiant répondait aussi en latin qu'il acceptait
1. Acta sanctorum. Octob. t. X., p. 102. — La miniature de gauche représente, d'après les indications de M. de Mianville, conservateur de ia Bibliothèque de Chartres, Philippe- Auguste, accompagné de deux personnages, revêtus de cottes d'armes sur lesquelles iigurent, pour l'un, les armes de France, écartelêcs avec celles de Normandie et, pour l'autre, les deux léopards de Normandie seulement. Le roi de France accorde à l' Université un privilège, peut-être celui qui affranchit ses membres, maîtres et étudiants, de toute juridiction civile.
l'invitation et, le lendemain, après la cérémonie, nouveau remerciement en latin du procureur à l'officiant et compliments de celui-ci à la Nation de Normandie1.
La Nation avait aussi un culte particulier pour la Vierge Marie et célébrait ses fêtes avec une grande pompe, surtout celle de l'Immaculée Conception « feste propre et péculiaire des Normans », dit du Breul'. Un des tributaires normands, en qualité de légat ou orateur de la Nation, était désigné pour aller solennellement, accompagné du procureur et des autres officiers de la compagnie, inviter, deux jours avant la fête, à son domicile, le célébrant choisi par la Nation. Il le haranguait en latin, et, après avoir obtenu son acceptation, il revenait, avec son escorte, en faire part au receveur, qui devait lui donner à dîner, ainsi qu'à ses compagnons, aux frais de la Nation. Le lendemain, veille de l'Immaculée Conception, le célébrant de la Saint-Romain venait remercier l'officiant et l'inviter à chanter la messe, à laquelle il l'assistait en qualité de diacre et, l'office terminé, le remerciait de nouveau. Le célébrant répondait par des compliments à l'adresse de la Compagnie et retenait ensuite quelques-uns de ses dignitaires pour partager avec eux le repas que lui offrait le procureur de la Nation3. 11 y avait aussi, à la suite de ces offices, des distributions d'argent pour les assistants.
On appelait supplications ou prières, supplicaliones, les cérémonies religieuses dont nous venons de parler. Il y en avait d'ordinaires et d'extraordinaires. Les supplications ordinaires étaient les réunions à la chapelle du collège d'HARcourt, qui précédaient les délibérations hebdomadaires, les fêtes qu'elle y célébrait, et quand elle se rendait en corps ou en procession à un sanctuaire voisin, tel que Saint-Jacquesdu-Haut-Pas, Sainte-Geneviève, Saint-Étienne-des-Grés, Saint- Nicolas-du-Chardonnet, Sainte-Ursule de la Sorbonne, pour rendre grâces à Dieu, à la fin du trimestre, des heureuses
1. Acta Nat. Norman., et du Breul : Antiquité* de Paris, p. 641. — Du Bouiay. Hist. Univ. Paris. : De patronis IV nationum, p. 67.