‹ L'ancien: drame en un acte, en versChapitre 12 sur 31 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Chacune admirera ma mine un peu barbare, Et, lors, séduites par mes airs extravagants, J'en pincerai plusieurs, sans mitaines ni gants ; Sabre au côté, cuirasse au dos, et casque en tête, . Oui, cousine, on pourra, n'ayant pas l'œil trop bête. Des enfants du Midi la fleur et l'ornement, Plaire aux beautés du Nord, en pays allemand...

SECONDE, très dépitée et s* éloignant de Jean qui veut l'étreindre.

Va, beau guerrier, savoir s'il est vrai que très belles.

Charmantes, et de plus encore, peu rebellés

Elles sont chez le Russe ou chez l'aigre Espagnol ;

Va donc entendre avec elles le rossignol...

A ne plus vivre en toi mon âme est résolue.

Bon voyage, soldat; adieu, je te salue.

Oh ! va faire la guerre et va faire l'amour.

Qui part très gai peut bien revenir triste, un jour...

JEAN

Ah çà ! mais, te voilà plaintive comme un saule ; Le major est-il là, prêt à m'inscrire au rôle?...

SECONDE

Oui ; chevauche là-bas, sous le bleu firmament. Tandis que dans ce val, seule, avec mon tourment. Je me gangrènerai !

JEAN, alarmé, lui prend les mains et lui tend la joue. Lèche?...

Va-t'en ! volage.

Renonce à nous tous, fuis les tiens et le village; A ton gré laisse-moi me ronger de chagrin; En ton amour, j'ai cru ! Tu n'en as pas un grain Pour celle qui t'adore, ô fourbe ! Une étrangère Aura bientôt conquis ton âme mensongère, Et ce cœur d'où, méchant, tu t'en seras allé, T'appellera sans cesse et vivra, désolé.

Va, j'en perdrai l'esprit et, tout abandonnée, Je foulerai le sol pierreux où je suis née, En demandant au monde où se cache l'oiseau Qui chantait me berçant, et le grêle roseau Dont je lissais la fraîche et souple chevelure, Où sont, chauds de soleil et noirs de sa brûlure, Le bocage et la lande où, tant gauche et peureux. Tu m'égrenais, félon, tes propos doucereux ; Errant à l'aventure, marchant à l'aveuglette, Et battant ses moutons de sa longue houlette Elle ira, ta démente, à travers bois et champs. Répétant tous tes mots ainsi que tous tes chants ; Enfin, avant longtemps, une âme charitable La ramassera froide au seuil de quelque étable. Et peut-être, perfide, entendras-tu là-bas Sur la grève ou les flots une voix qui, tout bas. Gémira : a Ta promise a péri, languissante.

On ne la verra plus, si rose et si luisante Traverser en dépit du fouet des aquilons

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