‹ L'ancien: drame en un acte, en versChapitre 13 sur 31 · SCÈNE III 3f · texte numérisé non relu

SCÈNE III 3f

Ni les prés ni les tus, soudée à tes talons... Tu ne ris plus ?

JEAN

Non pas, certes.

SECONDE

Reprends courage, Vole dans les combats montrer ta maie rage Afin que la Saxonne en tremble, et, pâlissant, T'embrasse noir de poudre et tout rouge du sang De ses frères saignés par ta main carnassière. Et qui sans sépulture empourprent la poussière... Ah ! tu peux bien ailleurs, monstre, égarer tes pas. Ça m'est égal, dès lors ; je ne te retiens pas. Sauvage I

JEAN abasourdi.

Eh I mais, mon Dieu, je ne suis pas sauvage Et me passerai bien de changer de rivage.

SECONDE, ie plus en plus exaspérée.

Meurs de honte ; tu n'es qu'un affreux sacripant; De t'avoîr tant choyé, que mon cœur se fepent ! Bon voyage !

JEAN, ému.

Pardon! Excuse-moi, ma blonde; Qu'il roule sur la terre ou qu'il glisse sur l'onde, Qu'il campe chez l'Arabe ou mouille dhôz l'Anglais, Qu'il loge en sa chaumière ou bien dans un palais^

Paysan ou monsieur, berger ou militaire,

Habitant telle ville ou tel lieu solitaire,

L'hiver, Tété, partout, toujours et caetera.

Fidèle à ses serments, tant qu'il respirera,

Près de tes yeux ou bien à tes yeux invisible.

C'est à tes charmes seuls qu'il restera sensible.

Ton brun. — Pardonne-moi, si j'ai pu, me vantant.

Te bouter en l'esprit que, très aise en partant,

Tu me verrais gagner, sac au dos, la frontière.

Et, me déracinant de la nature entière.

Abandonner, ingrat et le cœur non peiné,

Ces champs si doux, si grands, si beaux, où je suis né.

Ces superbes forêts aux cimes inégales

Où pendant tout l'été cliquettent les cigales,

Ce val plein de bleuets et de coquelicots

Où nous interrogions ensemble les échos ;

Quitter ce gai soleil, cette verte campagne ;

Mon ciel natal et toi, ma vie et ma compagne,

La plaine, le coteau, ce pauvre toit ami

Et mon grand chien poilu qui me parle à demi.

Ma charrue et mes bœufs et mon âne indocile.

Ces moulins, ces clochers et ce charmant asile ;

Tout ce que j'aime ici, le chêne, le bouleau,

Vignes, arbres et blés, toute la terre et l'eau ;

Mon vieux père abîmé, ma mère qui grisonne,

Enfin ta si menue et gentille personne.

Heureux de lâcher tout, tout cela, moi, vraiment,

Pour la caserne humide et l'obscur régiment !

Mais, mon ange, c'était une plaisanterie...

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