SCÈNE IV
JEAN
Je VOUS cherchais !...
PIERRE, désignant Seconde et descendant la scène.
Alors c'est qu'elle t'a dit, elle, Ce qui se trame ici, notre douleur mortelle ?
JEAN
Oui, tout.
PIERRE, à Seconde.
Détale, toi, nièce; va là-dedans, Expose à notre femme, avec tes fines dents.
Qu'ici, tous deux, pour en découdre et nous entendre. Nous nous dispenserons d'elle, effrontément tendre; Va.
SECONDE
Jean!
JEAN
Embrasse-moi, Seconde!
SECONDE
Oui. Tiens! tiens 1 Elle sorte
SCÈ^E V PIERRE, JEAN.
PIERRE, après avoir marché de long en large.
Fils,
J'avais près de cinquante ans lorsque je te fis.
Et, vieux déjà, j'étais le dernier de ma race...
Encore un lustre, il n'en eût existé plus trace!...
Or, lorsque tu naquis en l'antique maison,
11 me sembla, petiot, ouïr une chanson
A magique langage, à musique nouvelle,
— Une douce chanson d'âme qui se révèle! —
Entre ces quatre murs où tous les miens sont nés.
Ont vécu, puis sont morts, honnêtes et fanés; .
Et, truand, oui, je crus que, pour moi, misérable.
Il était quelque part un Dieu bon, secourable
A toute la canaille, et même paternel !
a Celui-ci, » bégayai-je, offrant à l'Éternel
Ton petit corps mouillé des larmes maternelles,
« Adoucira le sel qui rougit nos prunelles ;
a II sera notre joie, il sera notre espoir,
« Et plus tard, bien plus tard, dans l'avenir, un soir,
« Il fermera nos yeux accablés de vieillesse,
« Et nous nous en irons sans trop noire tristesse,
« L'ancienne et moi, disant qu'après tout notre enfant