SCÈNE V
Si le pain ici manque... Ah ! pour vous, que pourraî-je, Moi, de là-bas?... « Ils ont faim, pas de feu; la neige Tombe !» 11 me rendrait fou, ce tourment, Dieu du ciel ! Vous, vous, privés de bois, de blé : l'essentiel... O Pierre Éloy, mon père î ô mère Jeanne-Laure ! On peut m'attendre sous le drapeau tricolore, Rois, vous êtes servis !...
PIERRE, radieux.
Bravo ! Narguons les Rois ! Les Rois? Tous, des pantins I... qui font nos désarrois: Qc Solde la taille, et puis, homme de la campagne, « Ton bourgeon, ton épi, qu'on l'envoie en Espagne, « En Afrique, au Grand Turc, ou chez les Autrichiens ! » Nous disent-ils. Ah ça! sommes-nous donc des chiens, Paysans, nous qu'on pousse au milieu des batailles Sans nous dire pourquoi ni comment ? Les entailles Que l'on fait à ta peau bise, mon laboureur.
Il se fout bien de ça, là-haut, ton empereur. « Normands, Lorrains, et vous, surgeons de la Gascogne, « Bombardez, fusillez et sabrez I... Cogne I cogne! « Hop! hop, fifres, clairons, tambours!... Gronde, canon! « En avant!... » — Trop blagué. Rois ; S3icrés feignants ytion^ Non, plus de sang! nos mains veulent en être nettes Et flanquer au rancart bancals et baïonnettes. A bas la guerre! ou bien, vous, faites-la tout seuls ; Nos fils sont mieux aux champs* que dans de froids linceuls. Et notre soupe vaut la soupe des monarques :
C'est mon opinion, à moi. Sire!...
JEAN
Remarques Grosses de vérités que les vôtres 1 Je sens Que vous parlez selon les règles du bon sens, Ancien; mais voilà, c'est une toute autre histoire... Des voix crîraient: « Tout craque et brûle! La victoire a Ou la mort pour l'honneur, le salut du Pays ; « Levez-vous, les lions, ça presse. » — a J'obéis ! » Et, pieds-nus, faux ou fourche, ou fusil à l'épaule. On me verrait surgir bientôt sous la coupole D'azur, et montrer, calme et fier, à l'Étranger Que la Gaule est la Reine et n'est point en danger. Ah ! pour la liberté, la liberté chérie.
On marcherait I...
// saisit sa faux et s'en sert à tinstar d'un fusil lorsqu'on croise la bàionnette, et scande un peu le refrain de I a Marseillaise.
« Allons, Enfants de la Patrie !
« Vive la nation !» — Et tout serait sauvé, Car le peuple rural serait là, soulevé !
On est mâle, je pense, et cette glaise en porte, Des mâles !..i Les tyrans seraient mis à la porte. — Oui, mais encore un coup, pourquoi hâbler sur ça! Royaume ou. république, il va couci-couça, Clopin-clopant, l'État, et rien ne le menace. 11 s'agit de vous seul, de vous qui, dans la nasse. Êtes pris!... Eh bien! moi, je connais mon devoir; Rien n'en triomphera. Vraiment, je voudrais voir