‹ L'ancien: drame en un acte, en versChapitre 22 sur 31 · SCÈNE V f · texte numérisé non relu

SCÈNE V f

J'y mourrai, dans ce chaume, ô féroce chrétien !

// soupire et reprend ; Hier, touffii, beuglant comme un bronze de guerre, Chauve et flasque aujourd'hui, je ne mugis plus guère ; O les saisons d'antan où je rouais d'orgueil Et de n'importe quoi toujours me battais l'œil !...

Trépignant.

Brigand de sorti N'eùt-on pas de graisse ni d'huile. Nos dauphins nous feraient baptiser une tuile ! Gamin, tu l'as voulu, je consens, moi, grison, A pourrir là-dedans, bête comme un oison.

Mais, toi, toi?

JEAN

Dieu sait !

// s'approche de son père qui se tient immobile et médite; la face entre les mains.

PIERRE, absorbé y les yeux au ciel.

Dieu, celui que l'on révère.

N'est pas juste I Trop doux, ici ; là, trop sévère. Que ne s'avise-t-il des tracas des petits?

Il pourrait empêcher, sous ces toits mal bâtis. De grands malheurs !... Ahl c'est rare qu'à nous il pense. Et, pour nous soulager, qu'il se mette en dépense !

Après un silence.

Il s'occupa, pourtant, l'an passé, de Bourrut, Notre proche voisin qui, vers Pâques, mourut. Ce pauvre bougre aussi, n'avait plus qu'une idée. Et toute sa carcasse en était poignardée :

f4 L ANCIEN

La rançon, le rachat du plus pur de son sang ; Une fièvre le prit ; il creva, jouissant, Glorieux d'affranchir par sa mort deux personnes : Sa glousse et son poussin...

JEAN, d*une voix étranglée.

Eh! quoi?

PIERRE

Tu déraisonnes!

...Il s'en fut, mais son seul rejeton exempté Du service, non pas!... Semblable charité, Me l'accorder à moi! Dieu ne daigne... A quel âge, Veut-iJ donc, le cruel, que je monte ? Au village. On dit, en me voyant passer : a Le vieil Éloy, « Qui, jadis, aux bouviers fit la queue et la loi, « Ne vaut plus ça ; caduc, cassé, fini, le sire ce A perdu tout son crin, et ses yeux pleins de cire a N'y voient plus goutte; il fut, jadis, vaillant et beau, « Mais serait, aujourd'hui, bien mieux dans le tombeau. « Ce patriarche! » — Et c'est exact. Jeune et sans ride. Toi, toi, tu peux forcer le sol le plus aride A s'entr'ouvrir fumant sous ton fer qui le mord Et le rendre, à ton gré, fécond. Moi, je suis mort! A peine puis-je encor manœuvrer la charrue Et mater les grands bœufs si l'un ou Pautre rue. Assez et trop longtemps vécu, moi, pour gémir ! Homme, j'ai fait mon temps et dois aller dormir... On verra de s'entendre avec la providence Et de prouver au bon Dieu que son assistance

Page 1