LA MUSE, PAR DELACR
Oix (salon de la paix).
SALON DE LA PAIX
Ce salon avait été décoré par Delacroix, qui avait exécuté là une œuvre de génie. La décoration comprenait :
1° Un plafond circulaire mesurant 8 mètres de circonférence;
2° Huit caissons allongés autour de la composition centrale;
3° Onze tympans demi-circulaires au-dessus des portes et des fenêtres.
Théophile Gautier a décrit magistralement l'œuvre de Delacroix. Nous ne pouvons mieux faire, pour en conserver le souvenir vivant, pour en donner une idée précise, que de reproduire cette page étincelante :
Le sujet du plafond principal était la Terre éplorée, levant les yeux au ciel pour en obtenir la fin de ses malheurs. En effet, Cybèle, Tauguste mère, a parfois de bien mauvais fils qui ensanglantent sa robe et la couvrent de ruines fumantes ; mais le temps de l'épreuve est passé; un soldat éteint sous son talon de fer la torche de l'incendie; des groupes de parents, des couples d'amis séparés par les discordes civiles, se retrouvent et s'embrassent; d'autres, moins heureux, ramassent pieusement de tristes victimes.
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Au-dessus, dans un ciel bleu d'azur, doré de lumières, d'où s'enfuient les nuages, derniers vestiges de la tempête balayée par un souffle puissant, apparaît la Paix, sereine et radieuse, ramenant l'abondance et le chœur sacré des Muses, naguère fugitives; Cérès, couronnée d'épis et appuyée sur sa blonde gerbe que ne fouleront plus désormais les pieds d'airain des chevaux de guerre, repousse l'impitoyable Mars et les pygmées qui se
HERCULE EMPORTE LE SANGLIER D'ERYMANTHE, PAR DELACROIX (salon de LA paix).
réjouissent des calamités publiques; la Discorde, que blesse cette tranquillité lumineuse, s'enfuit comme un oiseau nocturne surpris par Je jour et cherche pour s'y cacher les ténèbres de l'abîme, tandis que, du haut de son trône, Jupiter, de ce même geste qui foudroya les Titans, menace encore les divinités malfaisantes, ennemies du repos des hommes.
HERCULE ENFANT, PAR DELACROIX (salon de LA paix).
Tel était le thème développé par l'artiste et auquel se rattachaient les caissons et les tableaux de la frise. Il était, comme on voit, purement allégorique et par cela même prêtait beaucoup à la peinture, qui a besoin avant tout de nu et de draperies, principalement lorsqu'elle est suspendue au-dessus de la tête des spectateurs.
La figure de la Terre personnifiée est très belle; c'est bien là Valma parens blessée par ses enfants cruels et s'adressant aux puissances célestes avec un geste de douleur majestueuse; les figures difformes des monstres mis en fuite par le retour de la Paix
SALON DE LA PAIX
contrastent, par leur expression hideuse et bestiale, avec la beauté intelligente des groupes supérieurs. Les parents qui soulèvent entre leurs bras le corps du blessé sont disposés dramatiquement; et le soldat écrasant sous son pied les brandons de discorde a une tournure forte et robuste et cependant pacifique, tout à fait en harmonie avec son action; le cortège des Muses offre des poses gracieuses, aériennes, qui rappellent sans
hercule rend alceste a son mari, par delacroix (salon de la paix).
l'imiter la danse des Heures autour du char d'Apollon du palais Rospigliosi; la Paix et la Cérès sont également bien réussies, mais le Jupiter est moins heureux; la nécessité de la perspective linéaire et aérienne lui donne à la hauteur où Delacroix Ta placé des proportions restreintes et des tons affaiblis par l'interposition de l'atmosphère. La logique le voulait ainsi ; pourtant cette figurine noyée dans la vapeur ne semble
HERCULE ENTRE LE VICE ET LA VERTU, PAR DELACROIX (salon DE LA paix).
guère redoutable pour les groupes anarchiques et monstrueux qu'elle envoie à Fabîme. — N'était-ce pas le cas d'user de ces artifices dont les peintres du moyen âge se servaient lorsqu'ils avaient à exprimer la puissance et représentaient le Christ ou la Vierge sous des proportions colossales parmi des figures beaucoup plus petites? Sans aller aussi loin, Delacroix aurait pu ne pas reculer son Jupiter jusqu'aux profondeurs de l'Empy-
rée et lui faire châtier l'anarchie et la rébellion de plus près, ce qui aurait permis de lui donner plus d'importance. Il est vrai que la foudre porte loin et que, la Paix étant la principale figure du plafond, Delacroix lui a sacrifié l'olympien.
L'éclat neuf de la grosse guirlande dorée qui cerclait le plafond nuisait peut-être un peu au ton général de la composition, qui était très tin et très léger; mais cette crudité brillante s'éteint d'elle-même au bout de peu de temps, et alors l'harmonie est parfaite.
Les caissons enclavés dans le dessin ornemental du plafond contenaient des divinités bienfaisantes amies de la Paix : Cérès, la mère nourricière du genre humain; la Muse, noble fille du loisir; Bacchus, le doux père de joie; Vénus qui, selon le pro-
mercure, par delacroix (salon de la paix).
verbe, a froid sans Bacchus et sans Cérès; Mercure, qui préside au commerce; Neptune calmant les flots soulevés par le récent orage; Minerve, la vierge sage, portant sur sa poitrine la cuirasse d'azur des guerriers et sur son cimier le hibou, symbole de la pensée, et enfin Mars, enchaîné comme un Scythe captif dans un triomphe athénien. Le Bacchus, parmi ces figures, toutes d'un beau caractère et d'une grande tournure, se distinguait par la poésie de la couleur : le sang de la grappe circulait comme une pourpre divine dans son beau corps affaissé sous les pampres; une demi-teinte rose voltigeait autour de lui comme le reflet d'une coupe de cristal remplie de nectar et traversée par un rayon de soleil.
Onze sujets, tirés de la vie d'Hercule, formaient autour de la salle comme une sorte de frise interrompue par les baies des fenêtres et l'élévation monumentale de la cheminée.
Les compositions se suivaient sans ordre chronologique selon les convenances de juxtaposition et de contraste : Hercule, exposé après sa naissance, est recueilli par Minerve qui l'apporte à Junon. Le robuste enfant prend le sein de la déesse et en fait sortir la voie lactée. Plus loin, il ramène Alceste des enfers et la rend à Admète son époux; il tue le centaure, survivant retardataire des créations monstrueuses; il enchaîne Nérée, dieu de la mer, pour le forcer à lui révéler les secrets de l'avenir; il s'empare, triomphe plus facile, du baudrier d'HippoIyte, reine des Amazones, il étouffe Antée, que la Terre, mère de ce Titan, essaye en vain de secourir; il délivre Hésione, fille de