‹ L'ancien Hotel de Ville de ParisChapitre 7 sur 68 · ARC DOUBLEAU DE LA, PORTE D ENTREE · texte numérisé non relu

ARC DOUBLEAU DE LA, PORTE D ENTREE

de droite du côté de la Seine, achevé en 1542; or l'incident du dessein gothique est de 1549. C'est donc sans contredit exclusivement la partie construite, avant i533, par Dominique de Cortone que l'on dut, en 1549, modifier radicalement pour la mettre en harmonie avec les autres parties du monument neuf, qui n'étaient pas de lui.

A ce propos nous lisons dans l'ouvrage de Leroux de Lincy,

nistration; — et ce malgré la différence de style et de dispositions architecturales, ce qui explique d'ailleurs la nécessité où Ton fut en 1608, pour mettre de Tharmonie entre toutes les parties extérieures de l'édifice et surtout sur la façade de la place de Grève, de remplacer les colonnes dépouillées de tout ornement qui soutenaient le premier étage, par d'autres colonnes semblables à celles qui ornaient déjà le grand pavillon droit du côté de la Seine '.

Des termes mêmes du texte de Leroux de Lincy, toute cette partie de rédifice rappelait « l'époque des portiques environnant la cour », qui n'appartenaient point, cela est indiscutable, au plan de Dominique de Cortone. Il y avait ainsi unité absolue entre toutes les parties de l'œuvre nouvelle, et si l'on a dû modifier aussi sensiblement la construction de l'artiste italien, c'est qu'elle n'était point en harmonie avec celle-là.

Enfin comme dernier argument, argument ad hominem, en faveur de notre thèse, nous signalerons cette particularité piquante que nous relevons dans un des rares documents, où figure le nom de Dominique de Cortone :

« Du vendredy XIX" jour de juing audit an M. V'' XXXIV.

« Cedit jour, mondit sieur le prevost des marchans a remonstré à M" Pierre Sambiches, Jacques Arasse, Jehan Asselin, Loys Caqueton et Dominique de Courtonne qu'ils facent desorenavant

I. (Reg. de la Ville, XYII"; H, 1794; fol. 307 V.) Du mercredy, treiziesme jour de febvrier, mil six cens huict.

Le dict jour, messieurs les prevost des marchans et eschevins de la ville de Paris, et en la présence de Pierre Guillain, maistre des œuvres de maçonnerie de la dicte ville, ont faict marché avec Marin de la Vallée, juré du roy en l'office de maçonnerie et entrepreneur des bastimens de l'Hostel de la dicte ville, lequel a promis aus dictz sieurs de leur livrer et fournir la pierre de taille de douze coulonnes canelées et sizelées, qui restent à faire

sur le devant du pan du mur dudict Hostel de Ville, du costé de la Grève. Et sera, la pierre de Torcy, plus dure que la pierre des deux coulonnes qu'il a cy-devant taillées, et qui sont en place, et lesquelles coulonnes ne seront que de deux pièces seullement, etscizelées et canelées conformément aux dictes deux qui sont en place, et promis de garantir les dictes coulonnes de ne se gasteret dépérir de la lune, soleil, gelées et aultres incommoditez, fors et exceptez du tonnerre et aultres furies qui pourroient arriver du ciel.

FRANÇOIS 1"~ S.ille Au Conseil municipal

plus grande dilligence, d'avoir égard sur les ouvriers besongnant au faict de l'édiffice et bastiment de THostel neuf de ville et qu'ils ne voisent disner ensemblement; à ce que partie d'eulx soient ordinairement pour avoir resgard sur touz lesditz ouvriers, si tous ensemblement ne peuvent estre. » Comment le nom de Dominique de Cortone se trouve-t-il ainsi placé le dernier, dans une énumération officielle? S'il eût été l'architecte du nouvel Hôtel de Ville, aurait-il jamais accepté une classification aussi modeste, irrégulière, blessante même pour son amour-propre d'artiste, de chef des travaux et d'Italien? Aurait-il ainsi consenti, pour surveiller ses ouvriers, à se priver de dîner suivant son bon plaisir, à s'astreindre à un règlement administratif très sévère , en compagnie de ses subordonnés ? Les artistes italiens sous Charles VIII , Louis XII et François P' n'avaient guère habitué leurs compagnons français à autant de modestie, de simplicité et de camaraderie. Il suffit, pour s'en rendre compte, de lire les Mémoij'es de Serlio, de Benvenuto Cellini, etc. En considération de ce fait, il est donc logique d'admettre que Dominique de Cortone faisait simplement partie du personnel des travaux du nouvel Hôtel de Ville, comme inspecteur ou maître de quelques-unes des œuvres, soit de maçonnerie, de charpenterie ou de menuiserie. Nous l'avons dit plus haut, l'artiste italien était à la fois, comme la plupart de ses compatriotes, architecte, ingénieur et menuisier (lignaiulo).

Dans la délibération susmentionnée, le premier nom qui figure sur cette liste d'« hommes de mestier » est Pierre Sambiches, (Chambiges). Ne serait-ce point là le nom de l'architecte du nouvel Hôtel de Ville que nous ignorons ? Qui était ce Chambiges dont le nom n'est pas très familier? un émule de Philibert Delorme, de Pierre Lescot, de Jean Bullant, de Trinqueau, un de ces grands artistes de la Renaissance française, ignorés, méconnus jusqu'à ce jour, et qui ont créé tant de chefs-d'œuvre,

attribués indûment aux artistes italiens immigrés en France. Il appartenait à une famille d'architectes qui a marqué sa place très honorablement dans l'histoire de l'art français, au xvi' siècle.

Quatre membres de cette famille, dit le savant Berty dans son Histoire des principaux architectes français de la Renaissance, nous sont plus ou moins connus. Le premier, Martin Cambiche, qui était Parisien, commença avec Jean Vast vers l'an i5oo le transept de la cathédrale de Beauvais. En i5o6, moyennant quarante sous par semaine, un pain de prébende par jour et le payement du loyer de sa chambre, il accepta la direction des travaux de la façade de la cathédrale de Troyes et continua ces fonctions jusqu'au 8 juin i5ig.

Le second des Chambiges est celui sur lequel nous avons recueilli le plus de renseignements : il était maître des œuvres et du pavé de la ville de Paris. Les registres du corps municipal nous ont appris que le 27 juin i536 il visita les fortifications avec un autre maçon, Pierre Moreau, et en compagnie du prévôt des marchands et des échevins. Sauvai rapporte qu'il gagnait vingt-cinq sous par jour à conduire les ouvriers sous la direction de Dominique de Cortone, lors de la réédification de l'Hôtel de \'ille et cite un compte du domaine de Paris, pour l'année 1 538-1 539 où on lit : «M' Pierre Chambiges, maistre des œuvres du Roy au bailliage de Senlis pour les formes et portraicts (plans), que le Roy a commandé lui faire de certains bastiments que ledit seigneur entend et délibère en son hostel es environs de Neslcs à Paris pour la fondation du collège des Trois Langues. » On voit parles comptes des bâtiments royaux que vers 1^40 il faisait des travaux à Fontainebleau et à Saint-Germain-en-Laye; puis que le 22 mars i54r il passa avec les trésoriers de France un marché pour les ouvrages de maçonnerie du château de la Muette. Il avait une parente appelée Perette qui mourut en septembre i54q et avait épousé Guillaume Guillain, aussi architecte de la ville. Sa femme avait nom Jacqueline Laurens. Pierre Chambiges mourut le 19, ou 21 juin i544, ainsi que l'indiquent les épitaphes suivantes, lesquelles se voyaient dans la nef de l'église Saint-Gervais, proche d'une tombe située devant le crucifix:

« A la mémoire des âmes de Pierre Chambige , maistre des œuvres de maçonnerie et pavement de ceste ville de Paris, qui décéda le xix° (ou xxi") jour de juin 1544, st:c. »

Les armes des Chambiges jointes aux épitaphes étaient : d'azur à un compas et deux croissants d'argent; une chèvre accroupie d'or, mise en pointe.

Le troisième Chambiges que nous rencontrons dans l'ordre chronologique est Robert Chambiges; nous l'avons vu figurer comme expert avec divers autres, dans un accord du 6 décembre i5b4, où il est seulement qualifié de bourgeois de Paris. Il ne nous est point apparu ailleurs.

Le dernier Chambiges avait pour prénom Pierre, comme le second dont il était sans doute le fils. Quoiqu'il soit qualifié dans un censier de charpentier, Pierre Chambiges devait certainement être familier avec la construction en pierre, car il est énoncé comme juré du roi, en l'office de maçonnerie, sur un registre de la ville, aux dates du 25 février 1602 et du mois de mai iSgg. — A cette dernière, il fut chargé avec son collègue François Petit, aussi juré du roi, de visiter des travaux de maçonnerie récemment faits à la porte Saint-Germain. Sur d'autres registres de la même provenance, nous le retrouvons avec semblable qualification visitant des maisons du Petit-Pont, en décembre 1602, puis comme arbitre choisi par les maîtres de l'hôpital du Saint-Esprit, en juillet 1607 et nommé encore en mars 1608, époque à laquelle il devait être fort âgé.

On voit par ce qui précède que si le nom de Chambiges est aujourd'hui fort oublié, pendant tout le xvi" siècle il eut assez de notoriété pour qu'il ne soit nullement extraordinaire que, vers i566, un de ceux auxquels il appartenait ait été choisi afin de bâtir la petite galerie du Louvre. On voit en outre que cet édifice ne saurait être l'œuvre ni de Martin ni du premier Pierre Chambiges; qu'on ne peut raisonnablement l'attribuer à Robert et qu'il y a certitude morale que le second Pierre Chambiges en est l'auteur. Au surplus, il ne serait pas impossible qu'il eût aussi travaillé à la grande galerie dont l'aspect, dans sa partie la plus ancienne, n'est guère moins florentin que celui de la petite.

Le premier Pierre Chambiges est celui dont fait mention la délibération du bureau de la ville, en tête de l'état du service des travaux du nouvel Hôtel de Ville, en compagnie de Dominique de Cortone. La collaboration de Pierre Chambiges dans les travaux des châteaux de Fontainebleau et de Saint-Germain-en-Laye est ainsi spécifiée dans les Comptes des bâtiments du Roy, t. P', p. i54 :

A Pierre Chambiges, maistre maçon pour tous les ouvrages de maçonnerie par luy faits et qu'il continue faire ausdits bastiments et édiffices de Fontainebleau et Saint-Germain-en-Laye, par l'ordonnance de Messieurs Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy et Philbert Babou, seigneur de la Bourdaizière, donné soubs leurs signets, le dernier apvril 1540.

Somme toute des ouvrages de maçonnerie : 70,174 liv. 8 s. 2 den.

Dans son étude sur le château de Fontainebleau (la Renaissance en France/, M. Palustre croit pouvoir, avec quelque certi-

tude, attribuer à Pierre Chambiges l'aile gauche de la cour du Cheval-Blanc.

Ne peut-on supposer, avec quelque présomption sérieuse de vérité, que Pierre Chambiges, qui venait d'exécuter à Fontainebleau des travaux importants pour une somme considérable, qui d'ailleurs portait le titre de « maistre des oeuvres de maçonnerye de la ville de Paris », ait été proposé par François I" à la municipalité parisienne pour dresser les plans du nouvel Hôtel de Ville et en diriger les travau.x? Il n'en était point à faire ses preuves comme architecte. Outre la cour du Cheval-Blanc à Fontainebleau', il avait exécuté des travaux très importants, notamment le château de Challuau, pour le roi également ^

Postérieurement à l'Hôtel de Ville de Paris, il devait recevoir la commande de « formes et portraicts » pour certains bâtiments que François I" avait « délibéré faire exécuter en son hôtel es environs de Nesles, à Paris, pour la fondation du collège des Trois-Langues »•, il passait des marchés considérables pour le châ-

I. ((II est vrai qu'à bien prendre les choses, il n'était pas toujours facile de se former une opinion et sans peine concevons-nous, par exemple, qu'un écrivain rencontrant isolément dans les Comptes le nom de Pierre Chambiges ne sache pas quels travaux doivent être attribués à cet architecte. Pour en arriver à quelque certitude sur ce point, il faut (ître familiarisé avec la manière de faire de chaque maitre... Non certes, quoi qu'on ait dit jusqu'ici, l'aile gauche de la cour du Cheval-Blanc ne rappelle en aucune façon les créations de Serlio qui, du reste, s'il eût été l'auteur d'un aussi important ouvrage, ne se fût pas fait faute de le signaler à la postérité... Assurément pour ce qui concerne la galerie d'Ulysse et les bâtiments secondaires de la cour du Cheval-Blanc, nos raisonnements, quelque serrés qu'ils puissent paraître, n'ont pas la valeur d'un texte précis; mais l'on admettra facilement, croyons-nous, que de toutes les attributions hasardées jusqu'ici, la nôtre est la plus vraisemblable. D'abord le nom de Pierre Chambiges figure dans X&sComptes et il faut bien trouver à quoi cet architecte a pu gagner une somme considérable; ou les constructions qui nous

occupentsont de lui, ou il est impossible de savoir ce qu'il a jamais fait à Fontainebleau. »

(Palustre : la Renaissance en France.)

1. Dans le département de Seine-et-Marne, commune de Dormelles, canton de Moret. « Le rby François I" fit bastir cest édifice en ce lieu à cause qu'audict bois prochain y avoit grande quantité de cerfs. Ce lieu de présent appartient à M°"= d'Estampes et s'en va fort ruinant, à faute d'estre habité. » (Du Cerceau : Les plus excellents basliments de France.)

Le château de Challuau existait encore en 1840, dans un état assez délabré, il est vrai. A cette époque, la famille de Caumartin le vendit; le nouveau propriétaire le démolit et fit construire sur son emplacement, au moyen des matériaux, une villa fort modeste, sans aucun caractère artistique.

La forme et la disposition très particulières des croisées du rez-de-chaussee de l'Hôtel de Ville se retrouvent au château de Saint-Germainen-Laye et dans les gravures que du Cerceau nousa laissées du château de Challuau.

teau de Saint-Germain-en-Laye, pour les ouvrages de maçonnerie du château de la Muette'. Pierre Chambiges n'était point, comme on l'a prétendu, un vulgaire et modeste surveillant de travaux de maçonnerie, s'estimant sans doute très honoré d'être le subordonné d'un artiste étranger. En i533, il avait la réputation d'un grand architecte et tenait comme tel parmi ses collègues un rang élevé. Nous ne devons donc point nous étonner de le voir figurer le premier sur la liste des maîtres d'œuvres prenant part à la construction de l'Hôtel de Ville.

Dans le passage de son histoire de l'Hôtel de Ville, que nous avons signalé plus haut, Leroux de Lincy admire fort l'ordonnance de l'escalier à deux révolutions droites, contenu dans le bâtiment sur la rue du Martroy, à la droite de la porte d'entrée de la cour d'honneur. Cet escalier, très français d'architecture, l'un des premiers de ce genre que l'on ait construits en France, rappelait un escalier monumental bâti par Pierre Chambiges à Saint-Germain. Il y a là une coïncidence curieuse qui ne doit point être négligée, comme argument important.

Lorsque Pierre Chambiges fut appelé par le roi à Saint-Germain-en-Laye pour prendre la direction des travaux du château, au sujet desquels il passe « marchez par-devant notaires le lundy vingt-deuxiesme jour de septembre, l'an mil cinq cens trenteneuf», le corps de bâtiment du côté de Saint-Jean était terminé entièrement, ainsi qu'il résulte du marché' conclu entre Jean

I. Aujourd'hui détruit. «Après avoir fait bastlr le chasteau de Saint-Germain-en-Laye, voyant iceluy luy être tant à gré, comme d'estre accompagné d'un bois si prochain, le Roy choisit un endroit en iceluy, près d'un petit marescage, distant de deux lieues dudit chasteau, où les bestes rousses lassées du travail de la chasse se retiroyent, et y feit dresser ceste maison pour avoir le plaisir de veoir la fin d'icelles et la nomma la Muette, comme lieu seul et séparé et fermé de bois de tous costez. (Du Cerceau : idem.)

Dans les Comptes des bâtiments du Roy, il est fait mention expresse de marchés passés par « maistre

Pierre Chambigez, en son vivant maistre des œuvres demaçonnerye de la ville de Paris pour bastiraents et édiffices de Saint-Germain-en-Laye et de la Muette. »

2. « Par-devant Jehan Quentin et Jean Cordelle, notaires du roy nostre sire ou Chastellet de Paris, furent présens en leurs personnes noble homme et saige maistre Augustin de Thou, conseiller du roy nostre dict seigneur, et président des enquestes de la court du parlement, prevost des marchans, honorables hommes sires Jehan Croquet, Guillaume Daves, marchans bourgeois de Paris, noble homme et saige maistre Anthoine Le

Huillot, maître charpentier à Paris, et « messeigneurs les prévost des marchands et eschevins. Les travaux de THôtel de Ville étaient d'ailleurs suspendus, sur Tordre du roi donné à Hesdin en ces termes :

Très chers et bien amez,

Pour aucunes causes à ce nous mouvans nous voulions, vous mandons, très expressément enjoignons que vous ayez à cesser, faire cesser et supercéder les bastiments que avez commencez tant es Hostel de nostre bonne ville de Paris que autres lieux et endroicts d'icelle, le tout jusques à ce que par nous autrement en soit ordonné; s'y n'y faictes faulte, car tel est notre plaisir.

Donné à Hesdin, le xvir jour d'avril mv" xxxvii. »

Pierre Chambiges était donc libre et pouvait accepter des marchés pour Saint-Germain-èn-Laye où, à rencontre de ce qui avait lieu à Paris, les travaux, malgré la guerre, ne cessèrent point, non plus qu'à Fontainebleau. Les historiens de l'Hôtel de Ville ont attribué comme motifs à la lettre précédente les événements politiques et militaires; ne conviendrait-il point d'y voir plutôt, en raison du fait que nous signalons, une simple conséquence des désirs du roi, pressé de voir terminer son « cher Fontainebleau », Saint-Germain, et faisant dans ce but suspendre l'achèvement de l'Hôtel de Ville pour entraîner Chambiges, et

Comte, conseiller du roy nostre dict seigneur, ou Chastellet de Paris, et honorable homme sire Jehan Parfaict, aussi marchant bourgeois de Paris, eschevins de ladicte ville de Paris, d'une part, et Jehan Huillot, maistre charpentier à Paris, d'autre part, lesquelles parties recongnurent et confessèrent avoir fait et font les marchez et obligacions qui s'ensuivent : c'est assavoir ledict Jehan Huillot avoir faict marché aus dictz seigneurs de faire bien et deuement au dit d'ouvriers et gens à ce cognoissans, tous et chacuns les uuvraigcs de charpentcrye cy devant declairez en ce présent deviz; et pour ce faire quérir et livrer tout le boys, eschaffaulx et autres choses qu'il conviendra pour ce faire. Ce marché et convenant faitz moyennant et parmy la somme de deux mil

deux cens trente-cinq livres tuurnoys, que les dictz seigneurs prevost et eschevins en seront tenuz et promectent faire payer par noble homme maistre Phelippes Macé, notaire et secrétaire du roy nostre dict seigneur, et receveur de la dicte ville au dict Jehan Huillot, au feur et ainsi qu'il fera les dictz ouvraiges qu'il promect et engaige faire et parfaire bien et duement, comme dict est, dedans la my caresme prouchainement venant. Promettant, etc., obligeant es dictz noms chacun en droict soy, etc., renonçant, etc. Faict et passe doubles cestuy pour les dictz seigneurs prevost et eschevins, l'an mil cinq cens trente-neuf, le samedi sixiesme jour de septembre. » (Archives nationales. Registres de la ville de Paris.)

très probablement avec lui une partie de ses collaborateurs ? Lorsqu'en i6o5 les grands travaux du palais municipal furent repris, la direction en fut confiée à deux maîtres des oeuvres, Pierre Guillain et Charles Marchand. Pierre Guillain était le fils de Guillaume Guillain, gendre de Pierre Chambiges, qui, à la mort de son beau-père survenue en 1544, lui avait, avec Jehan Langeois, maçon, succédé dans la direction et dans Texécution des travaux de Saint-Germain'. Pierre Guillain n'auraitil point remplacé Pierre Chambiges, à l'Hôtel de Ville de Paris, dans les mêmes conditions que son père, à Saint-Germain-en- Laye, reprenant pour son compte les traités passés par Chambiges avec le bureau de la ville ? Cette supposition n'est point téméraire ; elle repose sur une analogie de faits, sur une corrélation de dates, qui présentent une certaine valeur comme éléments d'argumentation.

Nous croyons donc pouvoir prétendre :

1° Que Dominique de Cortone n'était point l'architecte de l'Hôtel de Ville de Paris, dont les fondations avaient été posées en i533 et qui avait été terminé en 1628;

2° Que cet édifice doit être attribué, en entier, y compris la façade indûment dénommée façade du Boccador, à Pierre Chambiges, architecte français, « maistre des œuvres de maçonnerye de la ville de Paris et du roy », qui a construit Saint-Germain-en-Laye, la cour du Cheval-Blanc à Fontainebleau, et qui était l'auteur du château de la Muette, près de Saint-Germain, du château de Challuau, aujourd'hui disparus;

I. Comptes des bâtiments du Roy, t. II, p. 292. — Il Guillaume Guillain, maistre des œuvres de maçonnerye de la ville de Paris, et Jehan Langeois, maçon, confessent avoir faict marché et convenance de faire et parfaire pour le Roy, nostre dict Seigneur, en ses dicts bastiments et ediffices de Saint-Germain-enLaye, et de la Muette-Ia-Garenne de Glandaer lès dict Saint-Germain tous les ouvrayges de maçonnerye, selon et ainsi qu'il est

plu à plaire contenu et déclaré ez devis et marchez de ce faiclz et passez avec feu maistre Pierre Chamhigez, en son vivant maistre des œuvres de maçonnerye de ladicte ville de Paris, pour semblables pris et pour pareilles causes, et selon et ainsi que ledict Chambigez estoit tenu et obligé faire par lesdlcts devis et marchez faictz et passez par-devant notaires, le lundy, vingt-deuxième jour de septembre, l'an mil cinq cens trente-neuf. »

3° Que Dominique de Cortone était simplement l'architecte de la partie de l'ancien Hôtel de Ville, construite sous François I", avant i533, partie qui avait disparu presque entièrement, non seulement englobée, mais absorbée et transformée radicalement par les bâtiments élevés quelques années plus tard sur les plans et devis de Pierre Chambiges.

L'Hôtel de Ville , dit du Boccador, était donc l'œuvre d'un artiste français et non d'un artiste italien, comme les historiens de Paris s'en sont successivement transmis la légende erronée.

GALERIE DES FETES, H. L

GALERIE DES FETES

Peinture de H. Lehmann.

Cent ouvriers furent occupés à la construction du nouvel Hôtel de Ville, qui s'éleva fort rapidement. En juin i534, des peintres et des sculpteurs passaient des traités avec le bureau de la ville pour la décoration intérieure. Les registres municipaux signalent, l'année suivante, des dissentiments entre les maîtres des oeuvres au sujet de la construction; ces dissentiments devaient présenter une certaine gravité, puisque le bureau décida « qu'il seroit bon que quatre de messieurs les conseillers de l'Hostel de Ville soient députez pour assister avec messieurs les prevost des marchands et eschevins pour oyr les differens des maistres des œuvres touchant le différend du bastiment » . En i536, dans une visite que le bureau de la ville fît à Saint-Germain-en-Laye, le roi ordonna au pré-

vôt des marchands et aux échevins de continuer la construction de THôtel de Ville, attendu que Ton était en temps de paix*.

.Les travaux furent de nouveau suspendus un an après. Dans cette période de quatre ans, malgré toutes les interruptions, on avait élevé le corps de bâtiment du côte de la ruelle Saint-Jean ; les maîtres des œuvres faisaient graver sur les lucarnes du milieu le millésime de i539, et Jehan Huillot, « maître de charpenterye w, traitait avec le bureau de la ville pour la charpente des combles, Jehan Penelle pour la couverture en ardoises. L'année suivante, le corps de bâtiment sur la rue du Martroy était également prêt à couvrir. De 1541 à 1548, on besogna lentement; la moitié des ouvriers avait été renvoyée. Néanmoins, le pavillon de l'arcade Saint-Jean fut achevé, sous le règne de Henri II, comme le témoignait le chiffre du roi retrouvé, lors des démolitions, sous la corniche supérieure. La grand'salle, dont le bureau avait décidé la construction par délibération en date du 14 novembre i55i, était terminée, tout au moins dans ses œuvres principales, en i558, puisque messieurs de la ville y pouvaient recevoir solennellement le roi, à l'occasion de la prise de Calais par M. de Guise, et que le poète Jodelle, à cette occasion, y faisait représenter une « mascarade ou comédie », le Navire des A)'g-onaiites\

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