LA RUE DU TRÉSOR
Cette rue est désignée comme suit au recensement de 1716 : " Petite rue depuis la place du fort jusqu'au cimetière qui joint au presbytère."
" Cette petite rue " avait donc le même parcours que la rue actuelle du Trésor. Pour bien comprendre cette partie de la description : ..."jusqu'au cimetière qui joint au presbytère," il faut savoir qu'à cette époque reculée, on enterrait les morts et cela jusqu'à 1825, à peu près, au sud comme au nord de l'église ou la basilique d'aujourd'hui.
Cette petite rue ne contenait que 3 feux et 14 habitants : Dominique Otion (ou Aussion) dit Petit, cabaretier, occupait l'encoignure où se trouve maintenant lalibrairie de MM. J.-( ). Filteau et frère ; Jean Filiault dit Dubois, menuisier, un peu plus loin, et, à l'autre encoignure, "René Ceillu ou plutôt Leillu dit Lanoue, dont l'état n'est pas indiqué
Otion était seul avec sa femme et ses carafes.
Filiault avait femme et 1 enfants, et Leillu, sa femme et 1 enfant.
Voici donc pour les rues de cette époque : Rues de la Canoterie, Couillard, de Buade, de la Montagne, de Meulles (Champlain), des Jardins, des Pauvres, (rue de la Fabrique, partie des rues Saint- Jean et du Palais), du Cul-de-Sac, du Trésor, le long du jardin du Fort (des Carrières), Notre- Dame, du Palais, du Sault-au-Matelot, Sous-le-
Fort, Sainte-Anne, Saint - Jean, Saint - Joseph (Sainte-Famille, etc.), et Saint-Louis, en tout : 18 rues, dont la plupart ont conservé leurs noms primitifs, et quelques-unes leur physionomie ancienne.
Outre ces 18 rues, il y avait encore, en dehors, des fortifications, des habitations, comme à la Petite-Rivière, où Ton trouvait un groupe de 7 feux et 44 âmes. La Petite-Rivière d'alors, ou le hameau connu sous ce nom, s'étendait depuis l'Hôpital Gré né rai, au pied de la rue Saint-Ours actuelle, et longeait la rivière Saint-Charles, en allant vers l'est jusqu'à la maison d'un nommé Pierre Dion inclusivement. Ce Dion, dit le recensement, était marié à Geneviève Sauteux, et Mgr Tanguay lui donne le nom de Faute ux, et Faudeux et Gandin. L'habitation de Pierre Dion ou Guyon devait se trouver dans le voisinage de la rue de la Couronne, sur le bord de la rivière.
Il y avait aussi quelques habitants à la Canardière, sur la Grande-Allée, à la Vacherie (aujourd'hui Saint-Roch), sur le coteau Sainte-Geneviève, etc.
Remarquons aussi que le chiffre de 2,369 donné
comme chiffre probable de la population de Québec,
en 1716, devait être de beaucoup plus élevé, si
l'on tient compte des groupes d'habitants localisés
comme il vient d'être indiqué, et si l'on veut bien se rappeler que, dans le recensement, il n'est fait aucune mention de la population del'évêché, des deux séminaires, des soldats, des Ursulines, de l'Hôtel-Dieu, des Sœurs de la Congrégation, à la Basse- Ville, de l'Hôpital-Grénéral, etc. Prenons, par exemple, seulement trois de ces maisons:
l'Hôtel-Dieu, les Ursulines et l'Hopital-Général. La première de ces institutions avait, en 1716, 58 religieuses ; la deuxième, 42, et la troisième, 17 ou 18.
La paroisse de Québec, à cette époque, dit M. l'abbé L. Beaudot, renfermait dans son étendue : 1° la Haute- Ville ; 2° la Basse- Ville ; 3° la Canardière; 4° Saint-Jean (devenu faubourg, puis paroisse de ce nom depuis 4 ou 5 ans) : 5° la Petite- Rivière, et 0° Saint-Michel, ou Bergerville d'aujourd'hui.
La Haute-Ville d'alors renfermait : 1° le château Saint-Louis, résidence des gouverneurs; 2° le Palais de l'Intendant, lui servant de résidence (quoique situé sur la rue Saint-Vallier, il faisait partie de la Haute-Ville) ; le Palais ISpiscopal (sur le site du Parlement détruit par le feu, en 1883) ; le Séminaire de Québec ; les Jésuites ; les Récollets ; les Hospitalières (l'Hôtel-Dieu) ; et les Ursulines, et les habitations ou feux indiqués au cours de ces articles.
Les limites de la Basse-Ville étaient, d'un côté, depuis le pied de la Côte de la Canoterie jusqu'à l'extrémité sud du Cul-de-Sac, et, de l'autre côté, depuis le pied du cap jusqu'au fleuve.
Saint-Jean commençait, comme aujourd'hui, en dehors de la porte de ce nom » t courait, dans la direction de l'ouest, du nord et du sud, ne dépassant point de beaucoup le coteau Sainte-G-eneviève, au delà duquel ne se trouvaient que trois ou quatre habitations.
A cette époque, les mots la paroisse et la cathé* drale étaient synonymes. Il y avait une chapelle succursale, (à la Basse-Ville),- érigée en 1688. En 1690, elle prit le nom de Notre-Dame-de -la- Victoire, en commémoration de l'insuccès de Phipps devant Québec, cette même année.
En 1*711, l'amiral anglais "Walker remontait le fleuve avec 84 bâtiments et 9,500 hommes, pour s'emparer de Québec. Une partie de sa flotte alla se briser sur les récifs de l'Ile-aux-Œufs, d'où il rebroussa chemin. Cette facile victoire sur un ennemi puissant, considérée comme une intervention miraculeuse, valut à la chapelle de la Basse- Ville l'appellation de Notre-Dame-rfes-Fi7;frnres. En 1759, au dernieT siège de Québec, sous le régime français, elle fut détruite par les batteries de Wolfe érigées sur les hauteurs de Lévis. EH-Ten-
fermait, entre autres souvenirs précieux, le drapeau qu'une des batteries de la Basse- Ville avait fait tomber à la mer et appartenant au vaisseau amiral (celui de Phipps). Ce drapeau fut enlevé à l'ennemi par un soldat canadien qui, sous le feu de la flotte anglaise, alla s'en emparer à la nage et à une grande 'distance du rivage. On prétend qu'une partie des murs de cette ancienne relique appartient à l'église actuelle, située au même lieu, sur la rue Notre-Dame.
Quant à l'église de la paroisse ou la cathédrale, devenue la Basilique, ce ne fut, en premier lieu, qu'une chapelle construite, à quelques pieds près, sur le même site, par Champlain, en 1633, ou deux ans avant sa mort. Elle reçut le nom de Notre- Dame-de-Recouvrance, en action de grâces de ce que Québec avait été restitué à la France par le traité de Saint-Germain-en Laye, en 1632. Par ce traité, l'Angleterre remettait à la France le Canada et l'Acadie
Notre-Dame-de-Recouvrance, ou l'église paroissiale, fut détruite par le feu, en 1640, rebâtie, et détruite encare, en 1759.
En 1716, M. Thomas Thiboult était le curé de Québec, et M. G-oulvin Calvarin, son vicaire. M. Thiboult fut supérieur du Séminaire de Québec, grand pénitencier du chapitre, etc. et mourait à
l'Hôtel-Dieu de cette ville, en 1724. Il était venu au pays en 1710.
M. Calvarin était Breton et arrivait à Québec en 1701. De 1705 à 1708, il desservit la cure de Saint-Thomas, nommé, alors, Pointe-à-ta- Caille. En 1712, il devint chanoine, et il mourait en 1722.
A propos du traité de Saint-G-ermain-en-Laye, un mot et j'ai fini cette esquisse historique et topographique.
Québec tombait au pouvoir des frères Kertk, le 16 de juillet 1629 et fut remis à la France par le traité ci-dessus. Pendant ces 3 années d'occupation anglaise, de 1629 à 1632, combien y eut-il de familles françaises qui demeurèrent au pays ?... Cinq seulement, d'après les meilleures autorités : la veuve de Louis Hébert (celui-ci mort en 1627) remariée à Guillaume Hubou, le 16 mai 1629 ; G-uillaume Couillard, marié, en 1621, à Guillemette Hébert, fille de Louis ; Pierre Desportes, Nicolas Pivert et Abraham Martin, formant en tout 21 âmes, sans compter les domestiques.
Abraham Martin dit l'Ecossais mérite une mention spéciale.
Marié à Marguerite Langlois, il eut 10 enfants, et il mourut à Québec, en 1664. Il était pilote royal en la Nouvelle-France. Il eut l'honneur
de léguer son nom au terrain où se rencontrèrent les armées de Montcalm et de "Wolfe et sur lequel se décida le sort du pays : les Plaines d'Abraham. Il a aussi donné son nom à une côte bien connue : la Côte d'Abraham.
" Il est digne de remarque, dit Mgr Tanguay, que Mgr Taché, évêque de la Rivière-Rouge, compte à la fois parmi ses ancêtres, en ligne directe, les trois premiers propriétaires de Québec : Louis Hébert, Guillaume Couillard et Abraham Martin."
Le neuvième enfant d'Abraham Martin, Charles-Amador, fut le deuxième prêtre canadien. Il fut baptisé par le P. Le Jeune, le 7 de mars 1648 ; il eut pour parrain Ckarles-Amador de Saint- Etienne, Sieur de la Tour, qui se rendit célèbre par sa bravoure et sa fidélité à la France, dans les guerres de l'Acadie. Ce fut ce deuxième prêtre canadien qui bâtit à Beauport, en 16*72, la première chapelle de pierre pour remplacer l'ancienne qui était de bois. Après avoir été curé de cette paroisse jusqu'à 1677, il passa à la cure de la Sainte-Famille, lie d'Orléans ; fut fait chanoine du chapitre de Québec, à sa création, en 1684, et fut nommé curé du Château-Richer, en 1685. En 1698, il était curé de Notre-Dame de Foye, où il mourait le 19 de juin 1711, âgé de 63 ans.
Le premier prêtre canadien fut Germain Morin, fils de Noël Morin et d'Hélène Desportes, veuve de Guillaume Hébert, qui était le fils aîné du premier habitant de la Haute-Ville, en 1617, comme nous l'avons déjà vu.
Je ne saurais terminer cette étude sans indiquer les sources auxquelles j'ai puisé les renseignements qu'elles renferme : Dictionnaire Généalogique de Mgr Tanguay et son Répertoire du clergé ; Charlevoix ; Relations des Jésuites ; quelques maDuscrits des Archives de Québec ; le recensement de 1716, transcrit et publié par M. l'abbé L. Beaudet, il y a 8 ans, etc.
M. l'abbé A. Rhéaume, du Séminaire, m'a fourni aussi plusieurs renseignements précieux.
Pour la partie topographique, je me suis servi largement des anciennes cartes de Québec, formant partie de la collection du major Roy, dont il est parlé dans ce livre, sous le titre : Fortifications du Canada.
Je dois aussi, pour cette partie, des remercîments à M. Geo. Saint-Michel et à M. L.-P. Vallerand, tous deux dessinateurs au Département des Travaux Publics, à Québec.