‹ L'ancien Québec, descriptions, nos archives, etc. [microforme]Chapitre 4 sur 37 · L'HONORABLE HONORÉ MERCIER · texte numérisé non relu

L'HONORABLE HONORÉ MERCIER

Le vent est aux biographies, aux compilations des dis ours de nos hommes distingués. Après les discours, sous forme de volumes, de Kir Hector Langevin, de l'honorable M. Chapleau, etc., publiés il y a seulement quelques années, nous venons de recevoir les discours de l'honorable M. Laurier, publiés par M. Ulric Barthe.

Pour aujourd'hui, permettez-moi de vous dire quelques mots d'un autre volume de 811 pages, ayant pour titre l'en-tête de cet article, et publié par M. J.-0. Pelland, avocat, Montréal.

D'après un vieux dicton, l’abondance de biens ne nuit pas, et nous aurions tort de nous plaindre de l'abondance de ces publications, qui ont leur utilité pratique et presque indispensable aux journalistes et à tout homme aimant à se renseigner. Ilest bien vrai que nous avons tous plus ou moins lu déjà les discours que nous offrent les compilateurs ; mais quel est celui qui n’a pas

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besoin d'y avoir recours de temps à autre ? Outre cela, la lecture de ces discours par ordre chronologique renferme l'historique inin:errompu de nos luttes politiques, soit dans l'enceinte législative, soit aux tribuncs électorales, Sous ce double rapport, les volumes en question ont pleinement leur raison d'être, et les compilateurs ont droit à nos remerciments,

Dans la position éminente qu'occupe parmi nous l'honorable M. Mercier, depuis 1887, tout Canadien a intérêt à connaître le passé politique de ce ministre, dont la popularité, chez nous et parmi les nôtres des États-Unis, est et restera peut-être sans exemple. Cette popularité tient du prodige et une de ses causes principales est peut-être l’acharnement féroce de ses ennemis politiques à traîner le nom de cet homme dans la boue, à nous le représenter comme un démagogue assoiffé d'honneurs, ou, comme n'ent pas eu honte de le dire les fanatiques de la Gazette de Montréal :

Un aventurier sans scrupules, qui, pour arriver à ses fins égoistes, n’a has hésité à susciter les haines de religion et de nationalité et à soulever la guerre entre citoyens.

Ni travailler dans les intérêts de notre province et travailler à en maintenir l'autonomie est le fait

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d'un égoiste, il est bien certain que M. Mercier est un égoiste et un grand égoiste par-dessus je marché

Toutes les calomnies de cette nature, venant de la Gazette anglaise de Montréal, de La Presse, du Monde et autres journaux, ont plutot aidé à M. Mercier qu'elles ne lui ont nui. D'un autre côté, pour bien juger de la valeur d'une accusation, il faut se renseigner sur la valeur morale de l’accusateur. C'est ce qu'ont fait des milliers de lecteurs, et c’est ce qui explique la popularité toujours croissante du premier ministre en dépit de cet acharnement d'une certaine meute à le vilipender, à le noircir. La calomnie tue quelquefois Les faibles : elle relève les forts.

Le volume que vient de publier M. Pelland est orné au frontispice du portrait artotypé de M. Mercier Ce portrait, au profil grec, est bien ressemblant : c'est le même que nous avons tous vu déjà sous le toit du riche comme sous celui du pauvre, dans le cœur du pays comme à ses limites les plus reculées. Tous, l'homme de profession, le marchand opulent, l'industriel comme le plus humble laboureur, ont voulu avoir le portrait de cet homme, dont le pays attend sa régénération et son autonomie, HONORÉ MERCIER, pour la vigoureuse, robuste et honnête popula-

tion de nos campagnes, c'est le maintien de notre langue et de nos droits religieux, si brutalement attaqués par les McCarthy et les Meredith d'Ontario ; et rien de surprenant si le portrait du premier ministre se trouve partout dans nos campagnes et en bien des endroits, aux Etats-Unis. Le peuple, qui se trompe rarement, a senti d’instinct que M. Mercier est un enfant du pays avant tout, un Canadien-français par-dessus tout, et que, dans sa poitrine de premier ministre, bat un cœur de patriote. Le peuple qui, Ini, ne fait pas de journalisme, à compris cela, et il ne s'est pas trompe.

Les discours de M. Mercier, publiés par M.

Pelland, commencent en 1873 et finissent à 1890: une période de 17 ans

En parcourant attentivement les 811 pages de ce volume, on se convaincra de ce fait: que l’on trouve dans M. Mercier, chef de l'opposition, le mème homme devenu premier ministre, Ce qu'il voulait avant 1887, il l'a accompli depuis ou il est à la veille de l’accomplir : 11 n’y a d'exception que pour le Conseil Législatif; mais l’on sait que des circonstances particulières et indépendantes de sa volonté l'ont arrêté dans cette voie.

On a dit et répété que les principes religieux de M. Mercier étaient entachés de libéralisme pris

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dans la plus vilaine acception de ce mot. On sait pourtant que le chef du parti national a puisé, dans sa famille et dans l’enseignement du collège, des sentiments religieux qui sont, plus tard, devenus chez l'hoinme mûr des couvictions réfléchies. Notre clergé ne l'ignore pas. Tout en s'inquiétant parfois du libéralisme politique et des alliances de M Mercier, il a toujours compris qu'il avait affaire, en lui, à un catholique sincère, non-seulement à un catholique en théorie ou en paroles, mais à un catholique dans la pratique de la vie et dans la direction de sa famille.

Un prêtre distingué, qui est devenu depuis l'un de nos évêques, a dit un jour, avec raison, que “la cause de la religion et la cause de la nationalité ne pouvaient être placées : n de meilleures mains qu'en celies de M. Merc.er,” et, depuis lors, les événements ont justifié cette vérité que l'esprit de parti s’est trop souvent efforcé d'obscurcir.

Mais voyons par les extraits suivants de ses discours, si notre premier ministre professe le catholico-libéralisme. Sur la question des écoles du Nouveau-Brunswick, M. Mercier, alors député de Rouville, disait le 14 mai 1873 :

Qu'il me soit permis de le dire, M. l'Orateur, et de le dire hautement, en présence de cette assemblés des députés de toutes les provinces : en 1865,

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l'honorable ministre (aujourd’hui sir Hector Langevin) trahissait son pays ; en 1872, 1l trahissait sa religion, et, ce soir, il fait l'aveu de son crime, Qu'a-t-1l fait de ces cent mille catholiques des provinces-sœæurs dont, avec tant de générosité, il se proclamait le sauveur ? Il les a vendus pour conserver le pouvoir ! et, aujourd’hui, il les livre, faibles et sans protection, au fanatisme de la majorité protestante du Nouveau-Brunswick, afin que cette majorité maintienne à Ja tête du pays un gouvernement repoussé par l'opinion publique.

l'lus loin, au même discours, M. Mercier con- {inue :

Je me sens blessé, ce soir, M. l'Orateur, dans mes sentiments religieux, et humilié dans mes susceptibilités nationales ; j'ai honte pour la province de Québec du triste spectacle que l'honorable ministre des travaux publics (sir Hector) a donné ce soir dans cette enceinte aux nationalités étrangères qui composent la majorité de cette Chambre, Mes coreligionnaires du Nouveau- Brunswick ont trouvé une voix éloquente pour défendre leurs droits dans le Parlement anglais, et ils n’ont pu entendre ce soir tomber des lèvres d'un ministre canadien-français et catholique que des paroles de trahison.

L'honorable ministre n’a pas eu le courage de résister aux séductions de son collègue, le premier ministre (sir John); #t, pour un sourire de son chef, il a vendu les cent mille catholiques qu'il

invitait, en 1865, à entrer dans le giron protecteur de la Confédération.

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… À l'avenir, la majorité, dans une paroisse catholique, ne pourra se protéger, car la loi lu frappe d'impuissance ; et, dans les paroisses où les catholiques sont en minorité, ils seront livrés, faibles et sans défense, à une majorité hostile, qui «a reçu le mot d'ordre d'étoufler, ie plus tot possible, dans le cœur de Ja jeunesse, les sentiments nobles et élevés puisés au sein de la famille, sur les genoux d'une bonne mère. Celle-c1 ignorera si son enfant qu'elie embrasse au moment du départ pour l'école, ne reviendra pas, le soir, ennemi de la religion de ses péres et indigne du baiser maternel,

Qu'on lise attentivement les extraits suivants et que l'on nous dise si c’est la le langage d’un catholico-libéral ou celui d'un démagogue, d'un révolutionnaire, ou bien le Jangage d'un catholique romain sincère et convaincu :

En vertu de la loi de 1858, rien n’empéchait les Sœurs grises, ces anges de chaïité, ou toutes autres religieuses, d'enseigner dans les écoles ; les Frères des écoles chrétiennes pouvaient communiquer aux enfants la science qu’ils possèdent ; et le maftre pouvait, sans violer la loi, apprendre aux éleves les prières que l'Eglise met dans la bouche de ses enfants, où placer sous leurs yeux l'image bénie de la Vierge. De fait, la chose se pratiquait, tous les jours, aux yeux de tous et sous la protection de la loi. Aujourd’hui, rien de tel ne serait permis, car l'acte de 1871 autorise le bureau d'éducation à faire des règlements pour la gouverne des écoles communes qui reçoivent une part des deniers publics, et un des premiers règlements

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