LOI DES TERRES
9o. L'opposition à fait beaucoup de tapage au sujet des 30 mois accordés aux marchands de bois pour couper le bois marchand sur les lots du colon ; mais les colons eux-mêmes, au témoignage de Mgr Labelle, qui s'y connaît, sont satisfaits de cette loi telle que modifiée. À l'époque où cette loi fut passée par l'Assemblée Législative, on n'accordait pas ce droit aux marchands de bois, bien qu'il fat entendu qu'ils auraient ce droit. Le Conseil Législatif modifia la loi nouvelle dans ce sens, s'appuyant sur certains droits acquis conférés aux marchands de bois par la loi de 1882-83.
Le fait est que les colons ont besoin des marchands de bois, auxquels 1ls vendent leur bois, et pour le compte desquels ils travaillent dans les chantiers; de sorte que la loi actuelle sert également les intérêts des deux parties intéressées ; elle rend justice aux deux. L’'honorable M. Ross, lui-même, au Conseil Législatif, avait
déclaré qu'il ne fallait pas tout donner au colon et rien au marchand de bois.
L'essentiel est que le gouvernement est hien disposé à protéger, dans la mesure de ses forces, le colon. Dans l’ancienne loi abrogée, le gouvernement s'était réservé un droit perpétuel sur /out le bois de pin, sur les lots des colons, même apres l'émission de leurs lettres patentes : c'était injuste et vexatoire, et l’on a fait abolir cette réserve aux applaudissements du pays.
L'ancien gouvernement avait pratiquement fermé à la colonisation d'immenses étendues de terre, duns la vallée de l'Outaouais, malgré les réclamations de Mgr Labelle et des sociétés de colonisation. Le gouvernement-Mercier a rouvert tout ce pays à la colonisation.
Unautre point important résrlé par la loi actuelle c'est la question du colon sans titre ou squatter. On traitait celui-ci, autrefois, comme on traiteun paria: on le dépossédait. Nes droits, aujourd'hui, sont reconnus.
L'octroi de lettres patentes offrait, autrefois, de grandes diflicultés. La loi actuelle décrète que le ministre des Terres de la Couronne est tenu d'accorder tout de suite un billet de location ou promesse de vente à tout colon qui en fait la demande [lne reste à celui-ci qu'à se conformer aux dispositions de la loi, qui exige certains travaux de défrichement, une construction de certaines dimensions, ete.
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Un autre point qui a fixé l'attention du gouvernement, c'est la question du bois et de sa conservation sur le lot du colon. Une clause de Ja loi nouvelle établit une réserve de 20 acres sur ce lot au profit du colon, et cela en vue d'empècher l’'imprevoyance de celui-ci, qui, souvent, détruit tout le bois de son lot et est obligé, plus tard, d'aller chercher son bois de chauffage à de grandes distances,
En outre, le colon, d’après cette loi, a droit à tout le bois de son défrichement., Disons par exemple, qu'il défriche 10 ou 15 acres de son lot: il a droit à tout ie bois de ces 10 ou 15 acres et le marchand de bois n'a pas le droit d'y toucher. La loi, outre ce défrichement, réserve en faveur du colon 10 acres que le marchand de bois ne peut pas plus toucher.
La grande question qui domine tout dans ce projet de colonisat ion,c'est l'abolition des anciennes réserves, «bolition demandée à grands cris par le elerge et les sociétés de colonisation de Québec et de Montréal. I fallait émanciper le colon du joug des marchands ou seigneurs de nos forêts : c'est ce qu'a fait le gouvernement-Mercier däns la mesure du possible.
On comprend que je ne fais que résumer ici Les principaux traits de cette loi célèbre et bienfaisante, et qui à fait tant de bruit dans la presse.
100. Enfin, un autre projet auquel Je gouvernement actuel a donné son attention comme ques: tion éminemment nationale, c'est la colonisation du Nord-Ouest canadien au moyen d’uneémigration de langue française C’est un des buts des voyages de Mgr Labelle, en Europe. Le gouvernement fait preuve en cela d'esprit vraiment #alional. Le Nord-Ouest est la elef de voute de la confédération des provinces ; il faut y aider notre ele. ment national à s'y fortifier, s'y développer et surtout à s’y maintenir, afin de pouvoir y garde le terrain conquis si péniblement par ls travaux héroiques de nos missionnaires éanadiens et francais: il ne fant pas délaisser cette partie importante de l'héritage national. Ceux qui s'opposeraient à cette œuvre patriotique feraient prenve d'étroitesse et d'esprit et de vue. L'œuvre des Provencher, des Latlèche, des Taché, des Grandin, des Lacombe, de Cartier, en un mot, ne doit point périr. L'élément canadien-français à besoin d'être fortifié, dans le Nord-Ouest, si l’on ne veut pas qu'il soit completement noyé sous les flots de l'immigration anglaise, scandinave, isiandaise, allemande, ete. Le gouvernement actuel accorde toutes ses syinpathies à cette grande œuvre, étant certain que c'est le meilleur moyen de fortifier notre nationalité, En se mettant pour tout de oon à cette œuvre, il agirait comme agit un bon
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général qui porte les secours aux points faibles de la défense, qui y masse ses soldats: c'est de la boune stratégie militaire ; car, actuellement, le Nord-Ouest est le point faible de notre édifice national ; c'est là que les coups de l'ennemi portent avec le plus de violence: abolition de la langue française, des écoles séparées, ete. c'est l'édifice, ce sont les assises mêmes de l'édifice national qui sont battus en brèche par l'ennemi.
Nous avons trop négligé déjà ce point de la défense ; au lieu de laisser écouler par l’'émigration aux États-Unis la moitié de notre population de race française, il eùt fallu songer à diriger vers l'Ouest, dès 1867, la masse des émigrants de notre province, donner l'éveil en France et en Belgique. Malheureusement, Mgr Taché semble avoir péché par un excès de confiance dans les Anglais. D'une loyauté à toute épreuve, luimême, d'une condescendance exagérée pour l'élément anglais de sa province, en vue peut-être d'éviter des représailles, ce digne et grand archevêque à perdu une chance unique, qui ne reviendra qu'après de longues années, et peut-être jamais. [lest vrai qu'il a eu à lutter contre des obstacles presque insurmontables : l'apathie des gouvernement: conservateurs d'Ottawa et de Québec pour l’émigration des nôtres vers l'Ouest. Les Sauvages et les Métis ont absorbé l'attention
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du clergé de l'Ouest au détriment du véritable élément colonisateur : les Canadiens-français
Lorsque, vers 1875-76, l'élément métis ent accéléré son exode vers les prairies lointaines de la Siskatchonanne, (1) Mgr Taché jeta les veux sur notre province et y envoya le P. Lacombe activer l'immigration canadienne vers Manitoba, mais on était de dix ans en retard, Il eut fallu, dès 1867- 6$, s'emparer des meilleures terres et y établir des Canadiens de Québec et des États-Unis. Le grand malheur, c'est que Mgr Taché a eu un aveuglement d'affection pour ses Métis, et que, à un moment donné, ceux-ci, formant presque tout son peuple, lui firent faux bond en s’écoulant en nasse vers l'Ouest et le laissant presque seul avec l'élément canadien clair-semé, impuissant et en lutte avec l'Orangisme importé d'Ontario.
Quant au rapatriement des Canadiens des États- Unis, soit dans Québec ou au Nord-Ouest, ce projet tient beaucoup au cœur du gouvernement- Mercier, et 1l a déjà fait des efforts généreux dans ce sens, quoique les derniers résultats ne soient
(1) Je sais que les Anglais écrivent ce mot Saskatchewan. Les Sauvages et les Métis du Nord-Ouest le prononcent, cependant, comme nous l'écrivons : Siskatchouanne. Quelle raison y at-il de mutiler l'orthographe de ce nom d'origine purement sauvage ? Serait-ce 2ncore la singerie anglaise qui nous y engagerait !
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pas très encourageants, les rapports des derniers agents chargés de missions officielles aux États- Unis semblant conclure à l’inutilité des efforts
tentés dans ce sens ; mais le dernier mot n'est peut-être pas encore dit à ce sujet ; espérons-le du moins.