‹ L'ancien régime (volume 2)Chapitre 10 sur 192 · Voir note 1 à la Gn du volume · texte numérisé non relu

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leurs avantages, ils ne sont que les débris d'avantages plus grands. Tel évêqtie ou abbé, tel comte ou duc, dont les successeurs font la révérence à Versailles fut jadis l'égal des Carlovingiens et des premiers Capétiens. Un sire de Montlhéry a tenu en échec le roi Philippe I"*. L'abbé de Saint-Germain-des-Prés a possédé quatre cent trente mille hectares de terre, l'étendue d'un département presque entier. Il ne faut pas s'étonner s'ils sont restés puissants et surtout riches; rien de plus stable qu'une forme de société. Après huit cents ans, malgré tant de coups de la hache royale et l'immense changement de la culture sociale, la vieille racine féodale dure et végète toujours. On s'en aperçoit d'abord à la distribution de la propriété *. Un cinquième du sol est à la couronne et aux communes, un cinquième au tiers état, un cinquième au peuple des campagnes, un cinquième à la noblesse, un cinquième au clergé. Ainsi, si l'on défalque les terres publiques, les privilégiés possèdent la moitié du royaume. Et ce gros lot est en même temps le plus riche; car il comprend presque toutes les grandes et belles bâtisses, palais, châteaux, couvents, cathédrales, et presque tout le mobilier précieux, meubles, vaisselle, objets d'art, chefs-d'œuvre accumulés depuis des siècles. — On peut en juger par l'estimation de la part du clergé. Ses biens valent en capital près de 4 milliards'; ils rapportent de 80 à 100 millions,

1. Suger, vie de Louis VI, chap. vin. —Philippe I" ne s'était rendu maître du château de Montlhéry qu'en mariant un de ses fils à l'héritière du fief. Il disait à son successeur : « Enfant, sois bien attentif à conserver cette tour « dont les vexations m'ont fait vieillir, et dont les fraudes et les trahisons « ne m'ont jamais donné paix ni trêve. »

2. Léonce de Lavergne, les Assemblées provinciales, p. 19. — Cf. les procès verbaux imprimés de ces assemblées provinciales, notamment dans les chapitres qui traitent des vingtièmes.

3. Rapport de Treilhard au nom du comité ecclésiastique (Moniteur, 19 décembre 1789). Les maisons religieuses à vendre dans la seule ville de Paris étaient estimées cent cinquante millions. Plus tard (séance du 13 fé-

à quoi il faut joindre la dîme, 123 millions par an, en tout 200 millions, somme qu'il faudrait doubler pour en avoir l'équivalent aujourd'hui, outre cela le casuel et les quêtes *. Pour mieux sentir la largeur de ce fleuve d'or, regardons quelques-uns de ses affluents. Les 399 Prcmontrés estiment leur revenu à plus d'un million et leur capital à 45 millions. Le provincial des Dominicains de Toulouse, accuse pour ses 236 religieux, « plus de 200 000 « livres de rentes de revenu net, non compris leurs couce vents et leurs enclos, et, dans les colonies, des biens « fonds, des nègres et autres effets, évalués à plusieurs « millions. » Les Bénédictins de Cluny, au nombre de 298, ont un revenu de 1 800 000 livres. Ceux de Saint-Maur, au nombre de 1672, estiment à 24 millions le mobilier de leurs églises et maisons, et à 8 miflions leur revenu nel, « sans compter ce qui retourne à MM. les abbés et prieurs ■ commendataires, » c'est-à-dire autant et peut-être davantage. Dom Rocourt, abbé de Clairvaux, a de 300 000 à 400 000 livres de rente; le cardinal de Rohan, archevêque

Trier 1791}, Amelot estimait les biens vendus et à vendre; non compris les bois, à 3700 millions. M. de Bouille estime le revenu du clergé à cent quatre vingts millions. (Mémoires, p. 44).

1. Rapport de Chasset sur les dîmes, avril 1790. Sur les 123 millions, 23 passent en frais de perception ; mais, quand on compte le revenu d'un particulier, en n'en défalque pas ce qu'il paie à ses intendants, régisseurs et caissiers. — Talleyrand (10 octobre 1789) estime le revenu des biens fonds à 70 millions et leur valeur à 2100 millions; mais à l'examen, le capital et le revenu se sont trouvés notablement plus grands qu'au premier aperçu. (Rapports de Treilhard et de Chasset). D'ailleurs, dans son évaluation, Talleyrand laissait à part les maisons et enclos d'bai}ilation, ainsi que le quart de réserve des forêts. Il faut en outre compter dans le revenu avant 1789 les droits seigneuriaux dont jouissait l'Église. Enfin, d'après Arthur Young, la rente foncière perçue par le propriétaire en France était non de 2 1/2 pour 100 comme aujourd'hui, mais de 3 3/4 pour 100. — Quant à la nécessité de doubler les chiffres pour avoir leur valeur en monnaie actuelle, elle est établie par quantité de preuves, entre autres par le prix de la journée de travail qui était alors de dix-neuf sous. (Arthur Young).

de Strasbourg, plus d'un million*. Dans la Franche- Comté, l'Alsace et le Roussillon, le clergé possède la moitié des terres; dans le Hainaut et l'Artois, les trois quarts; dans le Cambrésis, 1400 charrues sur 1700*. Le Yélay presque entier appartient à l'évêque du Puy, à l'abbé de la Chaise-Dieu, au chapitre noble de Brioude et aux seigneurs de Polignac. Les chanoines de Saint- Claude, dans le Jura, sont propriétaires de 12 000 serfs ou mainmortables*. — Par cette fortune du premier ordre, nous pouvons nous figurer celle du second. Comme avec les nobles il comprend les anoblis, et que depuis deux siècles les magistrats, depuis un siècle les financiers ont acquis ou acheté la noblesse, il est clair qu'on y trouve presque toutes les grandes fortunes de France, anciennes ou nouvelles, transmises par héritages, obtenues par des grûces de cour, acquises dans les affaires; quand une classe est au sommet, elle se recrute de tout ce qui monte ou grimpe. Là aussi il y a des richesses colossales. On a calculé que les a{.anages des princes delà famille royale, comtes d'Artois et de Provence, ducs d'Orléans, et de Pen- Ihièvre, couvraient alors le septième du territoire'. Les princes du sang ont ensemble un revenu de 24 à 25 millions; le duc d'Orléans, à lui seul, possède 11 500 000 livres de rente \ — Ce sont là des vestiges du régime féodal ;

1. Archives nationales, papiers du comité ecclésiastique, cartons 10, H, t3, 25.

Bcugnot, Mémoires, I, 49, 79.

Delbos, l'Église de France, I, 399.

Duc de Lévis, Souvenirs et portraits, p. 156.

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