Uachaumont, III, 93 (1766), II
avec toutes ses lumières. Il fait partie du luxé nouveau; on l'exporte. Les souverains, au milieu de leur magnificence et au plus fort de leurs succès, l'appellent chez eux pour goûter une fois dans leur vie le plaisir de la conversation libre et parfaite. Lorsque Voltaire arrive en Prusse, Frédéric II veut lui baiser la main, l'adule comme une maîtresse, et plus tard, après tant d'égratignures mutuelles, ne peut se passer de causer par lettres avec lui. Catherine II fait venir Diderot, et, tous les jours, pendant deux ou trois heures, joue avec lui le grand jeu de l'esprit. Gustave III, en France, est intime avec Marmonlel, et reçoit comme un honneur insigne une visite de Rousseau *. On dit avec vérité de Voltaire qu'il a dans la main « son brelan de rois quatrième, » Prusse, Suède, Danemark, Russie, sans compter les cartes secondaires, princes et princesses, grands ducs et margraves qu'il tient dans son jeu. — Visiblement, dans ce monde, le premier rôle est aux écrivains ; on ne s'entretient que de leurs faits et gestes ; on ne se lasse pas de leur rendre hommage. « Ici, écrit Hume à Robertson ^ je ne me nour- « ris que d'ambroisie, ne bois que du nectar, ne respire « que de l'encens et ne marche que sur des fleurs. Tout « homme que je rencontre, et encore plus toute femme « croirait manquer au plus indispensable des devoirs, si « elle ne m'adressait un long et ingénieux discours à ma « gloire. » Présenté à Versailles, le futur Louis XVI âgé de dix ans, le futur Louis XVIII âgé de huit ans et le futur Charles X âgé de quatre ans, lui récitent chacun un compliment sur son livre. — Je n'ai pas besoin de conter le •etour de Voltaire, son triomphe", l'Académie en corps enant le recevoir, sa voiture arrêtée par la foule, les