Moreilel, Mcmoirea
rable, cette surabondance d'expression, ce débordement d'images et de logique, ces trouvailles de style, cette mimique qui n'appartenaient qu'à lui, et dont trois ou quatre seulement de ses écrits nous ont conservé l'image affaiblie. Au milieu d'eux le secrétaire d'ambassade de Naples, Galiani, un joli nain de génie, sorte de « Platon « ou de Machiavel avec la verve et les gestes d'arlequin, » inépuisable en contes, admirable bouffon, parfait sceptique, » ne croyant à rien, en rien, sur rien', » pas même à la philosophie nouvelle, défie les athées du salon, rabat leur dithyrambes par des calembourgs, et, sa perruque à la main, les deux jambes croisées sur le fauteuil où il perche, leur prouve par un apologue comique qu'ils « raîrson.'ient ou résonnent, sinon comme des cruches^ du moins comme des cloches, » en tout cas, presque aussi mal que des théologiens. « C'était, dit un assistant, la plus pi- « quante chose du monde; cela valait le meilleur des specs lacles et le meilleur des amusements. »
Le moyen, pour des nobles qui passent leur vie à causer, de ne pas rechercher des gens qui causent si bien ! Autant vaudrait prescrire à leurs femmes, qui tous les soirs vont au théâtre et jouent la comédie à domicile, de ne pas attirer chez elles les acteurs et chanteurs en renom, Jelyotte, Sainval, Préville, le jeune Mole qui, malade et ayant besoin de réconfortants « reçoit en un jour plus « de deux mille bouteilles de vins de toute espèce des diffé- « rentes dames de la cour, » Mlle Clairon qui, enfermée par ordre à For l'Évoque, y attire « une affluence prodi- « gieuse de carrosses, » et trône, au milieu du plus beau cercle, dans le plus bel appartement de la prison ^ Quand on prend la vie de la sorte, un philosophe avec toutes. ses idées est aussi nécessaire dans un salon qu'un lustre
î. Galiani, Correspondance passim.