Gcffroy, ib. l
bourg, de Groy, pensent et écrivent de même. « Le pouvoir « absolu, dit l'une d'elle, est une maladie mortelle qui, « en corrompant insensiblement les qualités morales, fi- « nit par détruire les États... Les actions des souverains « sont soumises à la censure de leurs propres sujets com- « me à celle de l'univers... La France est détruite, si l'ada ministration présente subsiste »'. — Lorsque, sous Louis XVI, une nouvelle administration avance et retire des velléités de réformes, leur critique demeure aussi ferme. « Enfance, faiblesse, inconséquence continuelle, écrit a une autre', nous changeons sans cesse et pour être « plus mal que nous n'étions d'abord. Monsieur et M. le « comte d'Artois viennent de voyager dans nos provinces, « mais comme ces gens-là voyagent, avec une dépense « affreuse et la dévastation sur tout leur passage, n'en « rapportant d'ailleurs qu'une graisse surprenante : Mon- « sieur est devenu gros comme un tonneau ; pour M. le « comte d'Artois, il y met bon ordre par la vie qu'il mène ». — Un souffle d'humanité en même temps que de liberté a, pénétré dans les cœurs féminins. Elles s'intéressent aux pauvres, aux petits, au peuple; Mme d'Egmont recommande à Gustave III de planter la Dalécarlie en pommes de terre. Lorsque paraît l'estampe publiée au profit des Calas, « toute la France, et même toute l'Europe, s'em- « presse de souscrire, l'impératrice de Russie pour 5 000 « livres »'. « L'agriculture, l'économie, les réformes, la a philosophie, écrit Walpole, sont de bon ton, même à la « cour ». — Le président Dupaty ayant fait un mémoire pour trois innocents condamnés à la « roue, on ne parle plus que de cela dans le monde » ; « ces conversations de
1. Geffroy, ib., l, 267, 281. Lettres de Mme de Boufflers (octobre 1772 juillet 1774).
2. Ibid. I, 285. Lettres de Mme de la Marck (1776, 1777, 1779).
3. Bachaomont, III, 14 (28 mars 1766. — Walpole^S octobre 1775).
« société, dit une correspondante de Gustave III «, ne sont « plus oiseuses, puisque c'est par elles que l'opinion pu- « blique se forme. Les paroles sont devenues des actions, a et tous les cœurs sensibles vantent avec transport un « mémoire que l'humanité anime et qui paraît plein de ta- « lent, parce qu'il est plein d'âme». Lorsque Latude sort de Bicètre, Mme de Luxembourg, Mme de Boufflers et Mme de Staël veulent dîner avec Mme Legros l'épicière, qui « depuis trois années a remué ciel et terre » pour délivrer le prisonnier. C'est grâce aux femmes, à leur attendrissement, à leur zèle, à la conspiration de leurs sympathies, que M. de Lally parvient à faire réhabiliter son père. Quand elles s'éprennent, elles s'engouent : Mme de Lauzun, si timide, va jusqu'à dire des injures en public à un homme qui parle mal de Necker. — Rappelez-vous qu'en ce siècle les femmes étaient reines, faisaient la mode, donnaient le ton, menaient la conversation, par suite les idées, par suite l'opinion *. Quand on les trouve en avant sur le terrain politique, on peut être sûr que les hommes suivent : chacune d'elle entraîne avec soi tout son salon.
Une aristocratie imbue de maximes humanitaires et radicales, des courtisans hostiles à la cour, des privilégiés qui contribuent à saper les privilèges, il faut voir dans les témoignages du temps cet étrange spectacle, ail « est de principe, dit un contemporain, que tout doit être « changé et bouleversé* ». Au plus haut, au plus bas, dans