‹ L'ancien régime (volume 2)Chapitre 113 sur 192 · De Ségur, I · texte numérisé non relu

De Ségur, I

3. Les assemblées du Berry et de la Haute-Guyenne commencent en 1778 et 1779, celles des autres généralités en 1787. Toutes fonctionnent jusqu'en 1789. (Cf. Léonce de Lavergne^ Les assemblées provinciales.)

semblée du Berry, l'abbé de Séguiran, rapporteur, ose dire que « la répartition de l'impôt doit être un partage « fraternel des charges publiques ' », En 1780, les abbés, prieurs et chapitres de la même province offrent 60 000 livres de leur argent, et quelques gentilshommes, en moins de vingt-quatre heures, 17 000 livres. En 1787, dans l'assemblée d'Alençon, la noblesse et le clergé se cotisent de 30000 livres pour soulager d'autant les taillables indigents de chaque paroisse'. Au mois d'avril 1787,1e roi, dans l'Assemblée des notables, parle de « l'empressement « avec lequel les archevêques et évoques ont déclaré ne « prétendre à aucune exemption pour leur contribution « aux charges publiques ». Au mois de mars 1789, dès l'ouverture des assemblées de bailliage, le clergé tout entier, la noblesse presque tout entière, bref le corps des privilégiés , renonce spontanément à ses privilèges en fait d'impôt. Le sacrifice est voté par acclamation; ils viennent d'eux-mêmes l'offrir au Tiers-état et il faut voir dans les procès-verbaux manuscrits leur accent généreux et sympathique. « L'ordre de la noblesse du bailliage de « Tours, dit le marquis de Lusignan', considérant que « ses membres sont hommes et citoyens avant que d'être « nobles, ne peut se dédommager, d'une manière plus « conforme à l'esprit de justice et de patriotisme qui « l'anime, du long silence auquel l'abus du pouvoir mi-

1. Léonce de Lavergne, 26, Ib., 55, 183. Le bureau des impôts de l'Ass. prov. de Tours réclame aussi contre les privilèges en fait d'impôts.

2. Procès-verbaux de l'Ass. prov. de Normandie, généralité d'Alençon, 252. — Cf. Archives nationales. H, 1149 : en 1778, dans la généralilé de Moulins, trente-neuf personnes, la plupart nobles, ajoutent de leur argent 18 950 livres aux 60 000 allouées par le roi pour les routes et ateliers de charité.

3. Archives nationales, procès- verbaux et cahiers des États généraux, T.XLIX, p. 712, 714, (noblesse et clergé de Dijon). T. XVI, p. 183, (noblesse d'Auxerre). T. XXIX, p. 352, 455, 458; (clergé et noblesse du Berry). T. CL, p. 266,- (clergé et noblesse de Tours). T. XXIX; clergé et noblesse de Châteauroux (29 janvier 1789), p. 572 à 582. T. XIII, 765, (noblesse d'Aulun).— Pour l'ensemble, Y. Résumé des cahiers, par Prudhomme, 3 vol.

K nislériel l'avait condamné, qu'en déclarant à ses con- « citoyens qu'elle n'entend plus jouir à l'avenir d'aucun « des privilèges pécuniaires que l'usage lui avait conser- « vés, et qu'elle fait par acclamation le vœu solennel de K supporter dans une parfaite égalité, et chacun en pro- « portion de sa fortune, les impôts et contributions géné- « raies qui seront consenties par la nation». — « Je vous « le répète, dit le comte de Buzançois au Tiers-état du « Berry, nous sommes tous frères, nous voulons parlait ger vos charges.... Nous désirons ne porter qu'un seul « vœu aux États et, par là, montrer l'union et l'harmo- « nie qui doivent y régner. Je suis chargé de vous offrir « de vous réunir à nous pour ne faire qu'un seul cahier.» — « Il faut trois qualités à un député, dit le marquis de « Barbançon au nom de la noblesse de Châteauroux, « probité, fermeté, connaissances; les deux premières se « trouvent également dans les députés des trois ordres ; « mais les connaissances se rencontreront plus géné- « ralement dans le Tiers-état dont l'esprit est exercé aux « affaires». — « Un nouvel ordre de choses se déploie à « nos yeux, dit l'abbé Legrand au nom du clergé de Chà- « teauroux; le voile du préjugé est déchiré, la raison en « a pris la place. Elle s'empare de tous les cœurs fran- « çais, sape par le pied tout ce qui n'était fondé que a sur les anciennes opinions et tire sa force d'elle-mê- « me ». — Non-seulement les privilégiés font les avances, mais ils les font sans effort ; ils parlent la même langue que les gens du Tiers, ils sont disciples des mêmes philosophes, ils semblent partir des mêmes principes. La noblesse de Clermont en Beauvoisis' ordonne à ses députés « de demander avant tout qu'il soit fait une décla-

1. Prudhomme, ib., II, 39, 51, 59. — De Lavergne, 384. En 1788, deux cents gentilshommes des premières familles du Dauphiné signent, conjointement avec le clergé et le Tiers-état de la province, une adresse au roi où se trouve la phrase suivante : « Ni le temps, ni les liens ne peuvent légiti-

LA PROPAGATION DE LA DOCTRINE. 39b

« ration explicite des droits qui appartiennent à tous les a hommes ». La noblesse de Mantes et Meulan affirma a que les principes de la politique sont aussi absolus « que ceux de la morale, puisque les uns et les autres ont « pour base commune la raison. » La noblesse de Reims demande « que le roi soit supplié de vouloir bien or- « donner la démolition de la Bastille ». — Maintes fois, après des vœux et des prévenances semblables, les délégués de la noblesse et du clergé sont accueillis dans les assemblées du Tiers par des battements de mains, « des larmes », des transports. Quand on voit ces effusions, comment ne pas croire à la concorde? Et comment prévoir qu'on va se battre au premier tournant de la route où, fraternellement, l'on entre, la main dans la main?

Ils n'ont pas cette triste sagesse. Ils posent en principe que l'homme, surtout l'homme du peuple, est bon; pourquoi supposer qu'il puisse vouloir du mal à ceux qui lui veulent du bien? Ils ont conscience à son endroit de leur bienveillance et de leur sympathie. Non-seulement ils parlent de leurs sentiments, mais ils les éprouvent. A ce moment, dit un contemporain*, « la pitié la plus active « remplissait les âmes; ce que craignaient le plus les « hommes opulents, c'était de passer pour insensibles ». L'archevêque de Paris qu'on poursuivra à coups de pierres a donné cent mille écus pour améliorer l'Hôtel-Dieu. L'intendant Berthier qu'on massacrera a cadastré l'Ile-de- France pour égaliser la taille, ce qui lui a permis d'en abaisser le taux d'abord d'un huitième, puis d'un quart'- Le financier Beaujon bâtit un hôpital. Necker refuse les appointements de sa place et prête au trésor deux millions

mer le despotisme, Les droits des hommes dérivent de la nature seule sont indépendants de leurs conventions. »

1 . Lacretelle, Hist. de France au dix-huitième siècle, Y, 2.

2 Procès-verbaux de l'Ass. prov. de l'Ile de France (1787), p. 127.

pour rétablir le crédit. Le duc de Charost, dès 1770*, abolit sur ses terres les corvées seigneuriales et fonde un hôpital dans sa seigneurie de Meillant. Le prince de Bauffremont, les présidents de Vezet, de Ghamolles, de Chaillot, nombre d'autres seigneurs en Franche-Comté, suivent l'exemple du roi en affranchissant leurs serfs*. L'évêque de Saint-Claude réclame, malgré son chapitre, l'affranchissement de ses mainmortables. Le marquis de Mirabeau établit dans son domaine du Limousin un bureau gratuit de conciliation pour arranger les procès, et chaque jour, à Fleury, fabrique neuf cents livres de pain économique à l'usage « du pauvre peuple qui se bat à qui en aura' ». M. de Barrai, évêque de Castres, prescrit à tous ses curés de prêcher et propager la culture des pommes de terre. Le marquis de Guerchy monte avec Arthur Young sur les tas de foin pour apprendre à bien faire une meule. Le marquis de Lasteyrie importe en France la lithographie. Nombre de grands seigneurs et de prélats figurent dans les sociétés d'agriculture, écrivent ou traduisent des livres utiles, suivent les applications des sciences, étudient l'économie politique, s'informent de l'industrie, s'intéressent en amateurs ou en promoteurs à toutes les améliorations publiques. « Jamais, dit encore Lacretelle, les Français « n'avaient été plus ligués pour combattre tous les maux « dont la nature nous impose le tribut, et ceux qui pénè- « trent par mille voies dans les institutions sociales. » Peuton admettre que tant de bonnes intentions réunies aboutissent à tout détruire? — Tous se rassurent, le gouvernement comme la haute classe, en songeant au bien qu'ils ont fait ou voulu faire. Le roi se rappelle qu'il a rendu

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