Souvenirs manuscrits de M
3. Le compère Mathieu, par Dulaurens (1766). « Nous ne devons nos « malheurs qu'à la façon dont nous avons élé élevés, cest-a-dire à l'état de « société dans lequel nous sommes nés. Or, puisque cet état est la source t de tous les maux, sa dissolution ne peut être que celle de tous les biens. »
4. Le Tableau de Paris, par Mercier (12 vol.), est la peinture la plus exacte et la plus abondante des idées et des aspirations de la classe moyenne de 1781 à 1788.
&. Corresp., par Metra, XVII, 87 (20 août 1784).
« avait un dîner de quarante ecclésiastiques de cam- « pagne chez le curé d'Orangis, à cinq lieues de Paris. Au « dessert et dans la vérité du vin, ils sont tous ccnve- « nus qu'ils étaient venus à Paris voir le Mariage de Fi- « garo.... Il semble que jusqu'ici les auteurs comiques « ont tpujours eu l'intention de faire rire les grands aux « dépens des petits; ici au contraire ce sont les petits qui « rient aux dépens des grands. » De là le succès de la pièce. — Tel régisseur d'un château a trouvé un Raynal dans la bibliothèque, et les déclamations furibondes qu'il y rencontre le rayissent à ce point que, trente ans après, il les récitera encore sans broncher. Tel sergent aux gardes françaises brode la nuit des gilets pour gagner de quoi acheter les nouveaux livres. — Après la peinture galante de boudoir, voici la peinture austère et patriotique : le Bélisaire et les Horaces de David indiquent l'esprit nouveau du public et des ateliers*. C'est l'esprit de Rousseau, « l'esprit républicain'^^; il a gagné toute la classe moyenne, artistes, employés, curés, médecins, procureurs, avocats, lettrés, journalistes, et il a pour aliments les pires passions aussi bien que les meilleures, l'ambition, l'envie, le besoin de liberté, le zèle du bien public et la conscience du droit.
Toutes ces passions s'exaltent les unes par les autres. Rien n'est tel qu'un passe-droit pour aviver le sentiment de la justice. Rien n'est tel que le sentiment de la justice pour aviver la douleur d'un passe-droit. A présent
1. Le Bélisaire est de 1780, le Serment des Horaces est de 1783.
2. Geffroy, Gustave III et la cour de France. « Paris, avec son esprit ré- • publicain, applaudit ordinairement ce qui est tombé à Fontainebleau. (I*U toe de Mme de Staël, du 71 septembre 1786.)
que le Tiers se juge privé de la place qui lui appartient, il se trouve mal à la place qu'il occupe, et il souffre de mille petits chocs que jadis il n'aurait pas sentis. Quand on se sent citoyen, on s'irrite d'être traité en sujet, et nul n'accepte d'être l'inférieur de celui dont il se croit l'égal. C'est pourquoi, pendant les vingt dernières années, l'ancien régime a beau s'alléger, il semble plus pesant,' et ses piqûres exaspèrent comme des blessures. On en citerait vingt cas pour un. — Au théâtre de Grenoble, Barnave enfant > était avec sa mère dans une loge que le duc de Tonnerre, gouverneur de la province, destinait à l'un de ses complaisants. Le directeur du théâtre, puis l'officier de garde viennent prier Mme Barnave de se retirer; elle refuse; par ordre du gouverneur, quatre fusiliers arrivent pour l'y contraindre. Déjà le parterre prenait parti et l'on pouvait craindre des violences, lorsque M. Barnave, averti de l'affront, vint emmener sa femme et dit tout haut ; « Je sors par ordre du gouverneur. » Le public, toute la bourgeoisie indignée s'engagea à ne revenir au spectacle qu'après satisfaction, et en effet le théâtre resta vide pendant plusieurs mois jusqu'à ce que Mme Barnave eût consenti à y reparaître. Le futur député se souvint plus tard de l'outrage, et dès lors se jura « de « relever la caste à laquelle il appartenait de l'humilia- « tien à laquelle elle semblait condamnée. » — Pareillement Lacroix, le futur conventionnel », poussé, à la sortie du théâtre, par un gentilhomme qui donne le bras à une jolie femme, se plaint tout haut. — « Qui êtes- « vous? » — Lui, encore provincial, a la bonhomie de défiler tout au long ses nom, prénoms et qualités. — « Eh bien, dit l'autre, c'est très-bien fait à vous d'être « tout cela; moi, je suis le comte de Chabannes et je suiâ
1. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, II, 24. (Étude sur Barnave.)