De Tilly, Mémoires, l
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« très-pressé. » Sur quoi, « riant démesurément, » il remonte en voiture. « Ah, monsieur, disait Lacroix encore « tout chaud de sa mésaventure, l'affreuse distance que « l'orgueil et les préjugés mettent entre les hommes! » — Soyez sur que chez Marat, chirurgien aux écuries du comte d'Artois, chez Robespierre, protégédel'évêqued'Arras, chez Danton, qui signe d'Anton, même en écriture publique, chez tous les autres, en vingt rencontres, l'amourpropre avait saigné de même. L'amertume concentrée qui pénètre les mémoires de Mme Roland n'a pas d'autre cause. « Elle ne • pardonnait pas à la société la place in- « férieure qu'elle y avait longtemps occupée *. » Grâce à Rousseau la vanité, si naturelle à l'homme, si sensible ehez un Français, est devenue plus sensible. La moindre nuance, un ton de voix semble une marque de dédain. • Un jour* que l'on parlait devant le ministre de la guerre « d'un officier général parvenu à ce grade par son mérite : « Ah, oui, dit le ministre, officier général de fortune ! » — « Ce mot fut répété, commenté, et fit bien du mal. » Les
1. Paroles de Fontanes qui l'avait connue et l'admirait (Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, VIII, 221.
2. Mémoires de Mme Roland, passim. A quatorze ans, présentée à Mme de Boismorel, elle est blessée d'entendre appeler sa grand'maman « maëemoiselle. » — Un peu après, dit-elle, « je ne pouvais me dissimuler que je
• valais mieux que Mile d'Hannaches dont les soixante ans et la généalogie
• ne lui donnaient pas la faculté de faire une lettre qui eût le sens commun
• ou qui fût lisible. » — Vers la même époque, elle passe huit jours à Versailles chez une femme de la Dauphine, et dit à sa mère : « Encore quelques
• jours et je délesterai si fort ces gens-là que je ne saurai plus que faire ■ de ma haine. — Quel mal te font-ils donc? — Sentir l'injustice et contem-
• pler à tous moments l'absurdité. «> — Au château de Fontenay, invitée à iîner, on la fait manger, elle et sa mère, à l'office, etc. — En 1818,* dans «ne petite ville du nord, le comte de..., dinant chez un sous-préfet bourgeois et placé à table à côté de la maîtresse de la maison, lui dit en acceptant du potage : « Merci, mon cœur. » Mais la Révolution a donné bec et ongles à la felite bourgeoise et, un instant après, elle lui dit avec son plus beau soujire : « Voulez-vous du poulet, mon cœur? »