Lucas de Montigny, Mémoires de Mirabeau, I
l'amuen régime. 29
4k50 L'ANCIEN RÉGIME.
Bormais, « ce village donne de grands coups de chapeau, « avec une physionomie bien riante. » — « En effet, ils ne sont pas habitués aux bienfaits ; pâtir est le lot de tout ce pauvre monde. « Ils croient inévitable, comme la « pluie et la grêle, la nécessité d'être opprimés par le « plus fort, le plus riche, le plus habile, le plus accré- « dite, » et c'est ce qui leur imprime, « s'il est permis de a parler ainsi, un caractère de souffre-douleur. »
En Auvergne, pays féodal, tout couvert de grands domaines ecclésiastiques et seigneuriaux, la misère est égale. A Clermont-Ferrand", «il y a des rues qui, pour la «c couleur, la saleté et la mauvaise odeur, ne peuvent se « comparer qu'à des tranchées dans un tas de fumier. » Dans les auberges des gros bourgs, « étroitesse, misère, « saleté, ténèbres. » Celle de Pradelles est « l'une des « pires de France. » Celle d'Aubenas, dit Young, « serait « le purgatoire d'un de mes pourceaux. » En effet, les sens sont bouchés : l'homme primitif est content dès qu'il peut dormir et se repaître. Il se repaît, mais de quelle nourriture ! Pour supporter cette pâtée indigeste, il faut ici au paysan un estomac plus coriace encore qu'en Limousin ; dans tel village où, dix ans plus tard, on tuera chaque année vingt ou vingt-cinq porcs, on n'en mange que deux ou trois par an^ — Quand on contemple la rudesse de ce tempérament intact depuis Vercingétorix et, de plus, effarouché par la souffrance, on ne peut se défendre de quelque effroi. Le marquis de Mirabeau décrit « la fête vo- « tive du Mont-Dore, les sauvages descendant en torrents « de la montagne*, le curé avec étole et surplis, la justice « en perruque, la maréchaussée, le sabre à la main, gar- « dant la place avant de permettre aux musettes de corn-