‹ L'ancien régime (volume 2)Chapitre 155 sur 192 · Procès-verbaux de Vass. prov. d^ Auvergne · texte numérisé non relu

Procès-verbaux de Vass. prov. d^ Auvergne

gies*. <« Il est peu de paroisses, écrit un intendant, où 11 « n'existe de ces employés, et l'on en voit dans plusieurs « jusqu'à deux ou trois ^ » Un maître de poste est exempt de taille pour tous ses biens et facultés, et même pour ses fermes jusqu'à concurrence de cent arpents. Les notaires d'Angoulême sont affranchis de la corvée, de la collecte, du logement des gens de guerre, et ni leurs fils, ni leurs premiers clercs ne tirent à la milice. Lorsque dans les correspondances administratives, on examine de près le grand filet fiscal, on découvre à chaque instant quelques mailles par lesquelles, avec un peu d'industrie ou d'effort, passent tous les poissons moyens ou gros ; le fretin seul reste au fond de la nasse. Un chirurgien non apothicaire, un fils de famille de quarante-cinq ans, commerçant, mais demeurant chez son père et en pays de droit écrit, échappent à la collecte. Même immunité pour les quêteurs des religieux de la Merci et de l'Étroite Observance. Dans tout l'Est et le Midi, les particuliers aisés achètent cette commission de quêteur moyennant un louis ou dix écus, et mettent trois livres dans un bassin qu'ils font promener dans une paroisse quelconque* : dix habitants dans une petite ville de la montagne, cinq habitants dans le seul village de Treignac ont de cette façon obtenu leur décharge. Par suite, « la collecte « retombe sur les pauvres, toujours impuissants, sou- « vent insolvables », et tous ces privilèges, qui font la ruine du contribuable, font le déficit du Trésor.

1. Boivin-Champeaux, Doléances de la paroisse de Tilleul-Lambert (Eure). « Une quantité de sortes de privilégiés, MM. des élections, MM. les « maîtres de poste, MM. les présidents et autres attachés au grenier au sel, « tous particuliers qui possèdent de grands biens, ne payent que le tiers ou « la moitié des impôts qu'ils devraient payer. »

2. De Tocqueville, 385. — Procès-verbaux do l'ass. prov. du Lyonnais, p. 56.

3. Archives nationales, H, 1422 (Lettres de M. d'Aine, intendant, et du receveur de l'Élection de Tulle, 23 février 1783).

Encore un mot pour achever le tableau. C'est dans les villes qu'on se réfugie, et, en effet, comparées aux campagnes, les villes sont un refuge. Mais la misère y suit les pauvres ; car, d'une part, elles sont obérées, et, d'autre pai't, la coterie qui les administre asseoit l'impôt sur les indigents. Opprimées par le fisc, elles oppriment le peuple, et rejettent sur lui la charge que leur impose le roi. Sept fois en quatre-vingts ans*, il leur a repris et revendu le droit de nommer leurs officiers municipaux, et, pour payer « cette finance énorme », elles ont doublé leurs octrois. A présent, quoique libérées, elles payent encore ; la charge annuelle est devenue perpétuelle ; jamais le fisc ne lâche prise ; ayant sucé une fois, il suce toujours. « C'est pourquoi, en Bretagne, dit un intendant*, « il n'y a aucune ville dont la dépense ne dépasse les re- « venus ». Elles ne peuvent raccommoder leur pavé, elles ne peuvent réparer leurs chemins, « leurs approches sont « presque impraticables. » Comment feraient-elles pour s'entretenir, obligées, comme elles le sont, à payer après avoir payé déjà? Leurs octrois accrus en 1748 devaient fournir en onze ans les 606 000 livres convenues ; mais, les onze ans écoulés, le fisc soldé a maintenu ses exigences, si bien qu'en 1774 elles ont déjà versé 2 071 052 livres et que l'octroi provisoire dure toujours. — Or, cet octroi exorbitant pèse partout sur les choses les plus indispensables à la vie, et de cette façon l'artisan est plus chargé que le bourgeois. A Paris, ainsi qu'on l'a vu, le vin paye par muid 47 livres d'entrée ; au taux où est l'argent, c'est le

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