De Tocqueville
2. Archives nationales, H, 612, 614 (Lettres de M. de la Bove, 11 septembre et 2 décembre 1774, 28ium 1777).
double d'aujourd'hui. « Un turbot, sorti de la côte de « Harfleur et arrivé en poste, paye d'entrée onze fois sa « valeur ; partant, le peuple de la capitale est condamné à « ne pas manger de poisson de mer*. » Aux portes de Paris, dans la mince paroisse d'Aubervilliers, je trouve « des droits excessifs sur le foin, la paille, les grains, lo « suif, la chandelle, les œufs, le sucre, le poisson, les « fagots, le bois de chauffage*. » Compiègne paye toute sa taille au moyen d'un impôt sur les boissons et sur les bestiaux*. « Dans Toul et Verdun, les charges sont si pe- « santés qu'il n'y a guère que ceux qui y sont retenus par « leurs offices et par d'anciennes habitudes, qui consen- « tent à y rester*. » A Goulommiers, « le marchand et le « peuple sont si surchargés qu'ils répugnent à faire des « entreprises. » Partout, contre les octrois, les barrières et les commis, la haine populaire est profonde. Partout l'oligarciiie bourgeoise songe à elle-même avant de songer à ses administrés. A Nevers et à Moulins*, « tous les « gens riches trouvent moyen de se soustraire à la collecte « par différentes commissions ou par le crédit qu'ils ont « auprès des élus, de sorte qu'on prendrait pour de vrais « mendiants les collecteurs de Nevers de cette année et « de l'année précédente; il n'y a point de petits villages « dont les collecteurs ne soient plus solvables, puisqu'on « y prend des métayers. » A Angers, « indépendamment a des jetons et de la bougie qui consomment le fonds « annuel de 2127 livres, les deniers pubHcs se dissipent « et s'emploient au gré des officiers municipaux en dé- « penses clandestines. » En Provence, où les commu-