Procès-verbaux de Vass. prov. des Trois-Evéchés, p
b. Archives nationales, H, 1422 (Lettre de l'intendant de Moulins, avril 17791.
naulés s'imposent librement et devraient, ce semble, ménager le pauvre, « la plupart des villes, notamment Aix, « Marseille et Toulon*, ne payent leurs impositions » locales et générales, « que par le droit de piquet ». C'est une taxe « sur toutes les farines qui sont et se cona somment sur leur terroir ; » par exemple, sur 254 897 livres que dépense Toulon, le piquet en fournit 233,405. Ainsi, tout l'impôt porte sur le peuple, et l'évêque, le marquis, le président, le gros négociant payent moins pour leur dîner de poisson fin et de becfigues que le calfat ou le portefaix pour ses deux livres de pain frotté d'ail ! Et le pain dans ce pays stérile est déjà trop cher ! Et il est si mauvais que Malouet, l'intendant de la marine, le refuse pour ses employés ! — « Sire, disait en « chaire M. de La Fare, évoque de Nancy, le 4 mai 1789, « sire, le peuple sur lequel vous régnez a donné des « preuves non équivoques de sa patience.... C'est un peu- « pie martyr à qui la vie semble n'avoir été laissée que « pour le faire souffrir plus longtemps. »
« Je suis misérable, parce qu'on me prend trop. On me prend trop, parce qu'on ne prend pas assez aux privilégiés. Non-seulement les privilégiés me font payer à leur place, mais encore ils prélèvent sur moi leurs droits ecclésiastiques et féodaux. Quand, sur mon revenu de 100 francs, j'ai donné 53 francs et au delà au collecteur, il faut encore que j'en donne plus de 14 au seigneur
1. Archives nationales, H, 1312 (Lettres de M. d'Ânthetaan, procureur ffé. néral à la Cour des aides (19 mai 1783) et de l'archevêque d'Aix (15 juin 1783). — La Provence ne produisait de blé que pour sa consommation pendant sept mois et demi.
et plus de 14 pour la dîme*, et, sur les 18 ou 19 franoe qui me restent, je dois en outre satisfaire le rat-de-cavc et Je gabelou. A moi seul, pauvre homme, je paye deux gouvernements, l'un ancien, local, qui aujourd'hui est ab sent, inutile, incommode, humiliant, et n'agit plus que par ses gênes, ses passe-droits et ses taxes ; l'autre," réce nt, central, partout présent, qui, se chargeant seul de io us les services, a des besoins immenses et retombe sur mes maigres épaules de tout son énorme poids. » —Telles sont, en paroles, précises, les idées vagues qui commencent à fermenter dans les têtes populaires, et on les re trouve à chaque page dans les cahiers des Etats généraux.
« Fasse le ciel, dit un village de Normandie ', que le « monarque prenne entre ses mains la défense du misé- « rable citoyen lapidé et tyrannisé par les commis, les « seigneurs, la justice et le clergé. » — « Sire, écrit un o village de Champagne*, tout ce qu'on nous envoyait de ce votre part c'était toujours pour avoir de l'argent. On a nous faisait bien espérer que cela finirait, mais tous les a ans cela devenait plus fort. Nous ne nous en prenions « pas à vous, tant nous vous aimions, mais à ceux que o vous employez et qui savent mieux faire leurs affaires « que les vôtres. Nous croyions qu'ils vous trompaient, et o nous nous disions dans notre chagrin : Si notre bon roi
1. On peut évaluer les droits féodaux au septième du revenu net et la dîme aussi au septième. C'est le chiffre que donne l'Ass. prov. de la Haute- Guyenne (Procès-verbaux, p. 47). — Dans les autres provinces, nombre d'exemples isolés indiquent un chiffre à peu près semblable. — La dîme flotte du dixième au trentième du produit brut, et, ordinairement, se rapproche plus du dixième que du trentième. La moyenne est, à mon avis, du quatorzième, et, comme il faut défalquer moitié du produit brut pour les frais de culture, elle est du septième. Letrosne dit le cinquième et même le quart.