Boivin-Champeaux
3. Doléances de la communauté de Culmon (Élection de Langres).
« le savait!... Nous sommes accablés d'impôts de toute a sorte; nous vous avons donné jusqu'à présent une paro tie de notre pain, et il va bientôt nous manquer si cela o continue.... Si vous voyiez les pauvres chaumières que « nous habitons, la pauvre nourriture que nous prenons, « vous en seriez touché ; cela vous dirait mieux que nos « paroles que nous n'en pouvons plus et qu'il faut nous « diminuer.... Ce qui nous fait bien de la peine, c'est que « ceux qui ont le plus de bien payent le moins. Nous « payons les tailles et tout plein d'ustensiles, et les ecclé- « siastiques et nobles, qui ont les plus beaux biens, ne « payent rien de tout cela. Pourquoi donc est-ce que ce « sont les riches qui payent le moins et les pauvres qui a payent le plus? Est-ce que chacun ne doit pas payer « selon son pouvoir? Sire, nous vous demandons que cela « soit ainsi, parce que cela est juste.... Si nous osions, « nous entreprendrions de planter quelques vignes sur « les coteaux; mais nous sommes si tourmentés par les « commis aux aides que nous penserions plutôt à ar- « racher celles qui sont plantées; tout le vin que nous fe- « rions serait pour eux, et il ne nous resterait que la « peine. C'est un grand fléau que toute cette maltôte- « là, et, pour s'en sauver, on aime mieux laisser les terres a en friche.... Débarrassez-nous d'abord des maltô tiers et « des gabelous ; nous souffrons beaucoup de toutes ces a inventions-là; voici le moment de les changer; tant que « nous les aurons, nous ne serons jamais heureux. Nous « vous le demandons, sire, avec tous vos autres sujets qui « sont aussi las que nous.,.. Nous vous demanderions en- « core bien d'autres choses, mais vous ne pouvez pas a tout faire à la fois. » — Les impôts et les privilèges, voilà, dans les cahiers vraiment populaires, les deux ennemis contre lesquels les plaintes ne tarissent pas *.
1. Boivia-Champeaux, 34, 36, 41, 48. — Paris {Doléances des paroisses
« Nous sommes écrases par les demandes de subsides.... « nos impositions sont au delà de nos forces.... Nous ne « nous sentons pas la force d'en supporter davantage.... a nous périssons terrassés par les sacrifices qu'on exige « de nous.... Le travail est assujetti à un taux et la vie « oisive en est exempte.... Le plus désastreux des abus « est la féodalité, et les maux qu'elle cause surpassent de « beaucoup la foudre et la grêle.... Impossible de subsis- « ter, si l'on continue à enlever les trois quarts des moisce sons par champart, ferrage, etc Le propriétaire a la
» quatrième partie, le décimateur en prend la douzième, « le moissonneur la douzième, l'impôt la dixième, sans « compter les dégâts d'un gibier innombrable qui dévore « la campagne en verdure : il ne reste donc au malheu- « reux cultivateur que la peine et la douleur. » — Pourquoi le Tiers paye-t-il seul pour les routes sur lesquelles la noblesse et le clergé roulent en carrosse? Pourquoi les pauvres gens sont-ils seuls astreints à la milice? Pourquoi ce le subdélégué ne fait-il tirer que les indéfendus et « ceux qui n'ont pas de protections ? » Pourquoi suffit-il d'être le domestique d'un privilégié pour échapper au service ? — Détruisez ces colombiers qui n'étaient autrefois que des volières et qui maintenant renferment parfois jusqu'à 5000 paires de pigeons. Abolissez les droits barbares de « motte, quevaise et domaine congéable, sous a lesquels plus de cinq cent mille individus gémissent « encore en Basse-Bretagne. » « Vous avez dans vos arec mées, sire, plus de trente mille serfs franc-comtois » ; si l'un d'eux devient officier et quitte le service avec une pension, il faut qu'il aille vivre dans la hutte où il est né; sinon, lorsqu'il mourra, le seigneur prendra son pécule. Plus de prélats absents, ni d'abbés commendataires. t Ce
rurales de F Artois, 301, 308). — Archives nationales, procès-verbaux et i^iers des États-Généraux, t. xvii, p. 12 (Lettre des habitants de Dracy-le- VUeux).
« n'est point à nous à payer le déficit actuel, c'est aux « évoques, aux bénéficiers; retranchez aux princes deTÉ- « glise les deux tiers de leurs revenus. » — « Que la féo- « dalité soit abolie. L'homme, le paysan surtout, est ty- « ranniquement asservi sur la terre malheureuse où il « languit desséché.... Il n'y a point de liberté, de pros- « périté, de bonheur, là où les terres sont serves.... « Abolissons les lods et ventes, maltôte bursale et non a féodale, taxe mille fois remboursée aux privilégiés. « Qu'il suffise à la féodalité de son sceptre de fer, sans « qu'elle y joigne encore le poignard du traitant*. » — Ici, et déjà depuis quelque temps, ce n'est plus le villageois qui parle; c'est le procureur, l'avocat qui lui prête ses métaphores et ses théories. Mais l'avocat n'a fait que traduire en langage littéraire les sentiments du villageois.
1. Prudhomme, Résumé des Cahiers,^in, passim et notamment de 317 à 340.