Lelrosne, De l'Admin. des Finances
4. Archives nationales, H, 426 (Mémoires des fermiers généraux. 13 janvier 1781, 15 septembre 1782). H, 614 (Lettre de M. de Coetlosquct, du 2â avril 1777). II, 1431, Rapport par les lermiers généraux, du 9 mai's 1787.
« ses par la faim, ils rapportent promptement chez leurs « maîtres. » — Vers ce métier si lucratif, les vagabonds, les désespérés, les affamés accourent de loin comme une meute. « Toute la lisièfê de Bretagne n'est peuplée que « d'émigrants, la plupart proscrits de leur patrie, et qui, « après un an de domicile, jouissent de tous les privi- « léges bretons : leur unique occupation se borne à « faire des amas de sel pour les revendre aux faux-saul- « niers. » On aperçoit comme dans un éclair d'orage ce long cordon de nomades inquiets, nocturnes et traqués, toute une population mâle et femelle de rôdeurs sauvages, habitués aux coups de main, endurcis aux intempéries, déguenillés, « presque tous attaqués d'une gale « opiniâtre, » et j'en trouve de pareils aux environs de Morlaix, de Lorient et des autres ports, sur les frontières des autres provinces et sur les frontières du royaume. De 1783 à 1787, dans le Quercy, deux bandes alliées de soixante à quatre-vingts contrebandiers fraudent la ferme de quarante milliers de tabac, tuent deux douaniers et défendent, fusil en main, leur entrepôt de la montagne; il faudrait pour les réprimer des soldats que les commandants militaires ne donnent pas. En 1789', une grosse troupe de contrebandiers travaille en permanence sur la frontière du Maine et de l'Anjou; le commandant militaire écrit que « leur chef est un bandit intelligent et « redoutable, qu'il a déjà avec lui cinquante - quatre « hommes, qu'il aura bientôt avec lui un corps embar- « rassant par la disposition des esprits et la misère;» il serait peut-être à-propos de corrompre quelques-uns de ses hommes, et de se le faire livrer puisqu'on ne peut le prendre. Ce sont là les procédés des pays où le brigandage est endémique. — Ici en eflet, comme dans les Calabres, le peuple est pour les brigands contre les gen-
1 . Archives nationales, H, 1453 (Lettre du baron de Bezenval , du 1 9 j uin 1 789) .
darmes. On rappelle les exploits de Mandrin en 1754', sa troupe de cent cinquante hommes qui apporte des ballots de contrebande et ne rançonne que les commis, ses quatre expéditions qui durent sept mois à travers la Franche-Comté, le Lyonnais, le Bourbonnais, l'Auvergne et la Bourgogne, les vingt-sept villes où il entre sans résistance, délivre les détenus et vend ses marchandises; il fallut, pour le vraincre, former un camp devant Valence et envoyer "îooo hommes; on ne le prit que par trahison, et encore aujourd'hui des familles du pays s'honorent de sa parenté, disant qu'il fut un libérateur. — Nul symptôme plus grave : quand le peuple préfère les ennemis de la loi aux défenseurs de la loi, la société se décompose et les vers s'y mettent. — Ajoutez à ceux-ci Içs vrais brigands, assassins et voleurs. « En 1782*, la jus- « tice prévôtale de Montargis instruit le procès de Hulin « et de plus de 200 de ses complices qui, depuis dix ans, « par des entreprises combinées, désolaient une partie « du royaume. » — Mercier compte en France « une ar- « mée de plus de 10000 brigands et vagabonds, » contre lesquels la maréchaussée, composée de 3756 hommes, est toujours en marche. « Tous les jours on se plaint, dit « l'assemblée provinciale de la Haute-Guyenne, qu'il n'y a ait aucune police dans la campagne. » Le seigneur absent n'y veille pas; ses juges et officiers de justice se gardent bien d'instrumenter gratuitement contre un criminel insolvable, et « ses terres deviennent l'asile de «tous les scélérats du canton». » — Ainsi chaque abus enfante un danger, la négligence mal placée comme la
1. Mandrin, par Paul Simian, psissim. — Histoire de Beaune, par Rossignol, p. 453. — Mandrin, par Ch. Jarrin (1875). Le commandant Fischer, qui attaque et disperse la bande, écrit que la chose était urgente ; car sinon, « en remontant du côté du Forez, ils auraient trouvé deux ou trois cents « vauriens n'attendant que le moment de se joindre à eux » (p. 47).