Y. ci-dessus, livre I, p
rigueur excessive, la féodalité relâchée comme la monarchie trop tendue. Toutes les institutions semblent d'accord pour multiplier ou tolérer les fauteurs de désordre, et pour préparer, hors de l'enceinte sociale, les hommes d'exécution qui viendront la forcer.
Mais leur effet d'ensemble est plus pernicieux encore; car, de tant de travailleurs qu'elles ruinent, elles font des mendiants qui ne veulent plus travailler, des fainéants dangereux qui vont quêtant ou extorquant leur pain chez des paysans qui n'en ont pas trop pour euxmêmes. « Les vagabonds, dit Letrosne*, sont pour la « campagne le fléau le plus terrible ; ce sont des troupes « ennemies qui, répandues sur le territoire, y vivent à «discrétion et y lèvent des contributions véritables.... Ils « rôdent continuellement dans les campagnes, ils exami- « nent les approches des maisons et s'informent des per- « sonnes qui les habitent et des facultés du maître. — « Malheur à ceux qui ont la réputation d'avoir quelque « argent!... Combien de vols de grand chemin et de vols « avec effraction ! Combien de voyageurs assassinés, de « maisons et de portes enfoncées ! Combien d'assassinats « de curés, de laboureurs, de veuves qu'ils ont tour- « mentes pour savoir où était leur argent et qu'ils ont « tués ensuite ! » Vingt-cinq ans avant la Révolution , il n'était pas rare d'en voir quinze ou vingt « tomber « dans une ferme pour y coucher, intimider les fermiers, « et en exiger tout ce qu'il leur plaisait. » — En 1764, le gouvernement prend contre eux des mesures qui témoignent de l'excès du maP : « Sont réputés vagabonds et « gens sans aveu, et condamnés comme tels, ceux qui, « depuis six mois révolus, n'auront exercé ni profession