‹ L'ancien régime (volume 2)Chapitre 47 sur 192 · Crébillon flls, La nuit et le moment, IX · texte numérisé non relu

Crébillon flls, La nuit et le moment, IX

2. Horace Walpole's Letlers (25 janvier 1766). — Le duc de Brissac à Lonveciennes, amant de Mme du Barry, et passionnément épris, n'avait devant elle que Tatlitude d'un étranger poli. (Mme Vigée Lebrun^ Souvenirs, I, 165.)

a fort peu; j'entretenais la petite Eugénie que j'aimais « beaucoup; je jouais gros jeu, je faisais ma cour au roi, K et je chassais très-exactement avec lui'. » Du reste, il avait pour autrui l'indulgence dont il avait besoin luiniôme. «On lui demandait ce qu'il répondrait à sa femme « (qu'il n'avait pas vue depuis dix ans), si elle lui écrite vait : Je viens de découvrir que je suis grosse. Il ré- « fléchit et répondit : Je lui écrirais : Je suis charmé que a le ciel ait enfin béni notre union; soignez votre santé, « j'irai vous faire ma cour ce soir. » — Il y a vingt réponses semblables, et j'ose dire qu'avant de les avoir lues on n'imagine pas à quel point l'art social peni dompter l'instinct naturel.

« Ici, à Paris, écrit Mme d'Oberkirk, je ne m'appartiens « plus, j'ai à peine le temps de causer avec mon mari et « de suivre mes correspondances. Je ne sais comment « font les femmes dont c'est la vie habituelle ; elles n'ont « donc ni famille à entretenir, ni enfants à élever? » — Du moins elles font comme si elles n'en avaient pas, et les hommes de même. Des époux qui ne vivent pas ensemble ne vivent guère avec leurs enfants, et les causes qui ont défait le mariage défont aussi la famille. — Il y a d'abord la tradition aristocratique qui, entre les parents et les enfants, met une barrière pour mettre une distance. Quoique affaiblie et en voie de disparaître % cette tradition

1. De Lauzun. 51. — Champfort, 39. — « Le duc de... dont la femme vc^ « nait de faire un scandale, s'est plaint à sa belle-mère : celle-ci lui a ré- « pondu avec le plus grand sang -froid : Eh! Monsieur, vous faites bien du « bruit pour peu de chose. Votre père était de bien meilleure compagnie >■ (Mme d'Oberkirk, II, 135, 241). — a Un mari disait à sa femme : Je vous « permets tout, hors les princes et les laquais. Il était dans le vrai, ces « deux extrêmes déshonorent par leur scandale. ■ (Sénac de Meilhan, Considérations sur les mœurs.) — Un mari surprenant sa femme, lui dit simplement : Quelle imprudence, madame ! si c'était un autre que moi ! » {De Goncourt, La femme au dix-huitième siècle, 201).

2. Voir à ce sujet les types un peu anciens, surtout en province. «Ma mère,

subsiste. Le fils dit « Monsieur » à son père; la fille, respectueusement, vient baiser la main de sa mère à sa toilette. Une caresse est rare et semble une grâce; d'ordinaire, en présence des parents, les enfants sont muets, et le sentiment habituel qui les pénètre est la déférence craintive. Jadis ils étaient des sujets; jusqu'à un certain point, ils le sont encore, et les exigences nouvelles de la vie mondaine achèvent de les mettre ou de les tenir à l'écart. M. de Talleyrand disait qu'il n'avait jamais couché sous le même toit que ses père et mère. S'ils y couchent, ils n'en sont pas moins négligés. «Je fus confié, dit le comte « de Tilly, à des valets et à une espèce de précepteur qui « leur ressemblait à beaucoup d'égards. » Pendant ce temps son père courait. «Je lui ai connu, ajoute le jeune « homme, des maîtresses jusqu'à un âge avancé; il les a adorait toujours et les quittait sans cesse. » Le duc de iiiron juge embarrassant de trouver un bon gouverneur à son fils : c'est pourquoi, écrit celui-ci, « il en con- « fia l'emploi à un laquais de feu ma mère, qui savait « lire et passablement écrire, et qu'on décora du titre de « valet de chambre pour lui donnerplus de considération. « On me donna d'ailleurs les maîtres les plus à la mode ; « mais M. Roch (c'était le nom de mon mentor) n'était « pas en état de diriger leurs leçons ni de me mettre en « état d'en profiter. J'étais d'ailleurs comme tous les en- « fants de mon âge et de ma sorte: les plus jolis habits

« ma sœur et moi, transformées en statues par la présence de mon pere^ nous « ne recouvrions qu'après son départ les fonctions de la vie. » (Chateaubriand, Mémoires,}, 17,28, 130). — Mémoires de Mirabeau I, 53.) Lemau'quis disait de son père Antoine: • Je n'ai jamais eu l'honneur de loucher la joue de cet « homme vénérable... A l'Académie, étant à 200 lieues de lui, son seul sou- « venir me faisait craindre toute partie de jeunesse qui pouvait avoir des « suites un peu dangereuses. • — L'autorité paternelle semble presque aussi âpre dans la bourgeoisie et dans le peuple. [Beaumarchais et son temps, par de Loménie, I 23. — Vie de mon père, par Restif delà Bretonne, passim.

« pour sortir, nu et mourant de faim à la maison', » non par dureté, mais par oubli, dissipation, désordre du ménage; l'attention est ailleurs. On compterait aisément les pères qui, comme le maréchal de Belle-Isle, surveillent de leurs yeux et conduisent eux-mêmes avec méthode, sévérité et tendresse toute l'éducation de leurs fils. — Quant aux filles, on les met au couvent; délivrés de ce soin, les parents en sont plus libres. Môme quand ils en gardent la charge, elle ne leur pèse guère. La petite Félicité de Saint-Aubin * ne voit ses parents « qu'un « moment à leur réveil et aux heures des repas ; » c'est que leur journée est toujours prise; la mère fait ou reçoit des visites ; le père est dans son cabinet de physique ou à la chasse. Jusqu'à sept ans, l'enfant passe sa vie avec des femmes de chambre qui ne lui apprennent qu'un peu de catéchisme « avec un nombre infini d'histoires de revc- « nants. » Vers ce temps-là on prend soin d'elle, mais d'u ne façon qui peint bien l'époque. La marquise sa mère, auteur d'opéras mythologiques et champêtres, a fait bâtir un théâtre dans le château ; il y vient de Bourbon-Lancy et de Moulins un monde énorme; après douze semaines de répétitions, la petite fille, avec un carquois et des ailes bleues, joue le rôle de l'Amour, et le costume lui va si bien qu'on le lui laisse encore pendant neuf mois à l'ordinaire et toute la journée. Pour l'achever, on fait venir un danseur maître d'armes, et, toujours en costume d'Amour, elle prend des leçons de maintien et d'escrime. « Tout l'hiver se passe à jouer la comédie, la tragédie. » Renvoyée après le dîner, on ne la fait revenir que pour jouer du clavecin ou déclamer le monologue d'Alzire, devant une nombreuse assemblée. — Sans doute de tels

1. Saint«-Beuve, Nouveaux lundis, XII, 13. — Comte de Tilly, Mémoires^ \, 12. Duc de Lauzun, 5. — Beaumarchais, par de Loménie, II, 289.

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