De SéguT
« Ma naissance n'a rien de neuf, J'ai suivi la commune règle, Mais c'est vous qui sortez d'un œuf, Car vous êtes un aigle. »
Mme de Genlis, Mémoires, chap. iv. Mme de Genlis faisait des vers de ce genre à douze ans.
dernier trait du régime qui, après avoir dérobé l'homme aux affaires publiques, à ses affaires propres, au mariage, à la famille, le prend avec tous ses sentiments et toutes ses facultés, pour le donner au monde, lui et tous les siens. — Au-dessous de lui, les belles façons et la politesse obligatoire gagnenljusqu'à ses gens, jusqu'à ses fournisseurs. Un Frontin a la désinvolture galante et tourne le compliment*. Une soubrette n'a besoin que d'être entretenue pour devenir une dame. Un cordonnier est un « Monsieur « en noir », qui dit à la mère en saluant la fille : « Ma- « dame, voilà une charmante demoiselle, et je sens mieux « que jamais le prix de vos bontés » ; sur quoi la jeune fille qui sort du couvent le prend pour un épouseur et devient toute rouge. — Sans doute, entre ce louis de similor et un louis d'or pur, des yeux moins novices auraient démêlé la différence. Mais leur ressemblance suffit pour montrer l'action universelle du balancier central qui frappait tout à la même effigie, le métal vulgaire et l'or affiné.
Pour que le monde ail tant d'empire, il faut qu'il ait bien de l'attrait ; en effet, dans aucun pays et dans aucun siècle, un art social si parfait n'a rendu la vie si agréable. Paris est l'école de l'Europe, une école d'urbanité, où, de Russie, d'Allemagne, d'Angleterre, les jeunes gens viennent se dégrossir. Lord Chesterfield dans ses lettres ne se lasse point de le répéter à son fils, et de l pousser dans ces salons qui lui ôteront « sa rouille de « Cambridge ». Quand on les a connus, on ne les quitte
l.Déjà, dans les Précieuses, de Molière, le marquis de Mascarille et le vicomte de Jodelet. — De même, Marivaux, L'épreuve, Les jeux de Vamour et du hasard, etc. — Lesage, Crispin rival de son maître. — Laclos, Les liaisons dangereuses, l" lettre.
plus, ou, SI on est obligé de les quitter, on les regrette toujours. « Rien n'est comparable ', dit Voltaire, à la douce « vie qu'on y mène au sein des arts et d'une volupté « tranquille et délicate; des étrangers, des rois ont pré- « féré ce repos si agréablement occupé et si enchanteur « à leur patrie et à leur trône... Le cœur s'y amollit et s'y « dissout, comme les aromates se fondent doucement à « un feu modéré et s'exhalent en parfums délicieux ». Gustave III, battu par les Russes, dit qu'il ira passer ses vieux jours à Paris dans un hôtel sur les boulevards ; et ce n'est pas là une simple politesse; il se fait envoyer des plans et des devise Pour être d'un souper, d'une soirée, on fait deux cents lieues. Des amis du prince de Ligne « partaient de Bruxelles après leur déjeuner, arrivaient à « l'Opéra de Paris tout juste pour voir lever la toile, et, le a spectacle fini, retournaient aussitôt à Bruxelles, cou- « rant toute la nuit ». — De ce bonheur tant recherché, nous n'avons plus que des copies informes, et nous en sommes réduits à le reconstruire par raisonnement. Il consiste d'abord dans le plaisir de vivre avec des gens parfaitement polis ; nul plaisir plus pénétrant, plus continu, plus inépuisable. L'amour-propre humain étant infini, des gens d'esprit peuvent toujours inventer quelque raffinement d'égards qui le satisfasse. La sensibilité mondaine étant infinie, il n'y pas de nuance imperceptible qui la laisse indifférente. Après tout, l'homme est encore la plus grande source de bonheur comme de malheur pour l'homme, et, dans ce temps-là, la source toujours coulante, au lieu d'amertumes, n'apportait que des douceurs. Non-seulement il fallait ne pas heurter, mais encore il fallait plaire; on était tenu de s'oublier pour les autres, d'ôtre toujours pour eux empressé et dispos, de garder