‹ L'ancien régime (volume 2)Chapitre 52 sur 192 · George Sand, I · texte numérisé non relu

George Sand, I

« Être toujours gai , dit un voyageur anglais en 1785*, voilà le propre du Français », et il remarque que cela est d'obligation, parce qu'en France tel est le ton du monde et la seule façon de plaire aux dames, souveraine? de la société et arbitres du bon goût. Ajoutez l'absence des causes qui font la tristesse moderne et mettent audessus de nos têtes un pesant ciel de plomb. Point de travail âpre et précoce en ce temps-là ; point de concurrence acharnée ; point de carrières indéfinies ni de perspectives infinies. Les rangs sont marqués, les ambitions sont bornées, l'envie est moindre. L'homme n'est pas habituellement mécontent, aigri, préoccupé comme aujourd'hui. On souffre peu des passe-droits là où il n'y a pas de droits ; nous ne songeons qu'à avancer, ils ne songent qu'à s'amuser. Au lieu de maugréer sur l'annuaire, un officier invente un travestissement de bal masqué ; au lieu de compter les condamnations qu'il a obtenues, un magistrat donne un beau souperr A Paris, dans l'allée de gauche du Palais-Royal, toutes les aprèsmidi, « la bonne compagnie en fort grande parure se « réunit sous les grands arbres »; le soir, « au sortir « de l'Opéra, à huit heures et demie, on y revient, et « l'on y reste souvent jusqu'à deux heures du matin ». On y fait de la musique en plein air, au clair de lune. Garât chante et le chevalier de Saint-Georges joue du violon*. A Morfontaine, « le comte de Vaudreuil, Lebrun « le poëte, le chevalier de Coigny, si aimable et si gai, « Brongniart, Robert, font toutes les nuits des charades

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