Mme Vigée-Lebrun. Ij Ib lo
« et se réveillent pour se les dire ». A Mauperluis, chez M. de Montesquieu, à Saint-Ouen, chez le duc de Nivernais, à Saint-Germain, chez le maréchal de Noailles, à Genevilliers, chez le comte de Vaudreuil, au Raincy, chez le duc d'Orléans, à Chantilly, chez le prince de Condé, ce ne sont que fêtes. On ne peut lire une biographie, un document de province, un inventaire du temps, sans entendre tinter les grelots de l'universel carnaval. A Monchoix*, chez le comte de Bédée, oncle de Chateaubriand, « on faisait de la musique, on dansait, on chas- « sait, on était en liesse du matin jusqu'au soir, on man- « geait son fonds et son revenu ». A Aix et Marseille, dans tout le beau monde, chez le comte de Valbelle, je ne vois que concerts, divertissements, bals, galanteries, théâtres de société avec la comtesse de Mirabeau pour première actrice. A Châteauroux, M. Dupin de Francueil entretient « une troupe de musiciens, de laquais, de cui- « siniers, de parasites, de chevaux et de chiens, donnant « tout à pleines mains, au plaisir et à la bienfaisance, « voulant être heureux et que tout le monde le soit au- « tour de lui », sans vouloir compter et jusqu'à se ruiner le plus aimablement du monde. Rien n'étoufle cette gaîté, ni l'âge, ni l'exil, ni le malheur; en 1793, elle durait encore dans les prisons de la République. — Un homme en place n'est point alors gêné par son habit, raidi par son emploi, obligé de garder l'air important et digne, astreint à cette gravité de commande que l'envie démocratique nous impose comme une rançon. En 1753 *, les parlementaires, qu'on vient d'exiler à Bourges, arrangent trois théâtres de société, jouent la comédie, e\ l'un d'eux, M. DuprédeSaint-Maur, trop galant, se bat à
1. Chateaubiiand, I. 34. — Mémoires de Mirabeau, passim. — George Sand, I. 59, 76.