Correspondance, par Mélia; II, 245 (18 novembre
2. Julien, Histoire du Théâtre de Mme de Pompadour. Ces représentations durent sept ans et coûtent, pendant le seul hiver de 1749, 300 000 livres. — De Luynes, X, 45. — Mme du Hausset, 230.
3. Mme Gampan, I, 130. — Cf. avec précaution les mémoires très-arrangé« et très-suspects de Fleury. — De Concourt, 114.
et de Yaudreuil, la comtesse de Guiche, la chanoinesse de Polignac. On trouve un théâtre chez Monsieur ; il y en a deux chez le comte d'Artois, deux chez le duc d'Orléans, deux chez le comte de Clermont, un chez le prince de Condé. Le comte de Clermont tient les rôles « à manteaux sérieux ; » le duc d'Orléans représente avec rondeur et naturel les paysans et les financiers •. M. de Miromesnil, garde des sceaux, est le Scapin le plus fin et le plus délié; M. de Vaudreuil semble un rival de Mole; le comte de Pons joue le Misanthrope avec une perfection rare *. « Plus « de dix de nos femmes du grand monde, écrit le prince « de Ligne, jouent et chantent mieux que tout ce que j'ai « vu de mieux sur tous nos théâtres. » — Par leur talent, jugez de leurs études, de leur assiduité et de leur zèle; il est évident que, pour beaucoup d'entre eux, cette occupation était la principale. Il y avait tel château, celui de Saint-Aubin, où la dame du logis, pour avoir une troupe suffisante, enrôlait ses quatre femmes de chambre, faisait jouer Zaïre à sa fille âgée de dix ans, et, pendant plus de vingt mois, ne faisait pas relâche. Après sa banqueroute et dans son exil, le premier soin de la princesse de Guéménée fut de mander les tapissiers pour leur faire dresser un théâtre. Bref, de même qu'à Venise on ne sortait plus qu'en masque, de même ici l'on ne comprenait plus la vie qu'avec les travestissements, les métamorphoses, les exhibitions et les succès de l'histrion.
Dernier trait, plus significatif encore, je veux parler de la petite pièce. Véritablement, pour ce beau monde, la vie est un carnaval aussi libre et presque aussi débraillé qu'à Venise. D'ordinaire le spectacle finit par une parade empruntée aux contes de la Fontaine ou aux farces des bouffons italiens, non-seulement vive, mais plus que leste,
1. Jules Cousin, Le comte de Clermont, p. 21. — Mme de Genlis, Mémoires, chap, 3 et 11. — De Concourt, 114.
et parfois si crue, « qu'on ne peut la jouer que devant de « grands princes ou des filles* »; en effet, un palais blasé se dégoûte de l'orgeat et demande du rogomme. Le duc d'Orléans chante sur la scène les chansons les plus épicées, joue Bartholin dans Nicaise et Biaise dans Joconde. Le mariage sans curé, Léandre grosse, L'amant poussif, Léandre Étalon, voilà des titres de parade « composés par <' Collé pour les plaisirs de son Altesse et de la cour. » Contre une qui a du sel, il y en a dix bourrées de gros poivre. A Brunoy, chez Monsieur, elles sont si grivoises * que le roi se repent d'y être venu ; « on n'avait pas l'idée « d'une telle licence ; deux femmes qui étaient dans la « salle sont obligées de se sauver, et, chose énorme, on « avait osé inviter la reine. « La gaieté est une sorte d'ivresse qui puise jusqu'au dernier fond du tonneau, et, après le vin, boit la lie. — Non-seulement dans leurs petits soupers et avec des filles, mais dans le beau monde et avec des dames, ils font des folies de guinguette. Tranchons le mot, ce sont des polissons, et ils ne reculent pas plus devant le mot que devant la chose. « Depuis cinq ou « six mois, écrit une dame en 1782*, les soupers sont suivis « d'un colin-maillard ou d'un traine-ballet et finissent « par une polissonnerie générale. » On y invite les gens quinze jours d'avance. « Cette fois, on renversa les tact blés, les meubles; on jeta dans la chambre vingt ca- « rafes d'eau ; enfin je me retirai à une heure et demie, « excédée de fatigue, assommée de coups de mouchoir.
1. Bachaumont, III, 343 (23 février 1768) et IV, 174, III, 232. — Journal de Collé, passim. — Collé,Laiijon,Poinsinet sont les principaux fouinisseurs de ces parades ;. la seule bonne est La vérité dans le vin. Dans cette dernière pièce, au lieu de « Mylord » il y avait d'abord • l'évêque d'Avranches », j', la pièce fut jouée ainsi à Villers-Cotterets, chez le duc d'Orléans.
2. Mme dOberkirk, II, 82. — Sur le ton des meilleures sociétés, voir Correspondance, par Métra. I, 20, III, 68, et Bezenval (Ed. Barrière) 387 à 394.