‹ L'ancien régime (volume 2)Chapitre 74 sur 192 · Le rêve de cTAlembert, par Diderot, passini · texte numérisé non relu

Le rêve de cTAlembert, par Diderot, passini

je n'ai pas besoin d'une monade spirituelle pour expliquer les effets, puisque je tiens la cause. « Voyez cet « œuf, c'est avec cela qu'on renverse toutes les écoles «X de théologie et tous les temples de la terre. Qu'est-ce « que cet œuf? Une masse insensible avant que le germe « y soit introduit. Et après que le germe y est introduit, « qu'est-ce encore? Une masse insensible, un fluide « inerte. » Ajoutez-y de la chaleur, tenez le tout dans un four, laissez l'opération se faire : vous aurez un poulet, c'est-à-dire « de la sensibilité, de la vie, de la mé- « moire, de la conscience, des passions, de la pensée. » Ce que vous appelez l'âme, c'est le centre nerveux auquel aboutissent tous les filets sensibles. Les vibrations qu'ils lui transmettent font ses sensations; une sensation réveillée ou renaissante est un souvenir ; des sensations, des souvenirs et des signes, font toutes nos idées. Ainsi, ce n'est pas une intelligence qui arrange la matière, c'est la matière qui en s'arrangeant produit les intelligences. Mettons donc l'intelligence où elle est, dans le corps organisé; n'allons pas la détacher de son support, pour la jucher dans le ciel, sur un trône imaginaire. Car cet hôte disproportionné, une fois introduit dans notre esprit, finit par déconcerter le jeu naturel de nos sentiments, et, comme un parasite monstrueux, tire à soi toute notre substance*. Le premier intérêt de l'homme sain est de s'en délivrer, d'écarter toute superstition, toute « crainte de puissances invisibles*. » — Alors seulement il peut fonder une morale, démêler « la loi naturelle. » Puisque le ciel est vide, nous n'avons plus besoin de la chcr-

1. « Si un misanthrope s'était proposé de faire le malheur du genre hu- » main, qu'aurait-il pu inventer de mieux que la croyance en un être in- « compréhensible, sur lequel les hommes n'auraient jamais pu s'enten- « dre, et auquel ils auraient attaché plus d'importance qu'à leur propre « vie? » Diderot; Entretien d'un philosophe avec la Maréchale de....

2. Cf. Catéchisme universel, par Saint-Lambert et la Loi naturelle ou Catéchisme du citoyen français, par Volney.

cher dans un commandement d'en-haul. Regardons en bas sur la terre; considérons l'homme lui-même, tel qu'il est aux yeux du naturaliste, c'est-à-dire le corps organisé, l'animal sensible, avec ses besoins, ses appétits et ses instincts. Non-seulement ils sont indestructibles, mais encore ils sont légitimes. Ouvrons la prison où le préjugé les enferme ; donnous leur l'espace et l'air libre ; qu'ils se déploient dans toute leur force, et tout sera bien. Selon Diderot* le mariage perpétuel est un abus; c'est « la « tyrannie de l'homme qui a converti en propriété la pos- « session de la femme. » La pudeur, comme le vêtement, est une invention et une convention ' ; il n'y a de bonheur et de mœurs que dans les pays où la loi autorise l'instinct, à Otaïti, par exemple, où, le mariage dure un mois, souvent un jour, parfois un quart d'heure, où l'on se prend et l'on se quitte à volonté, où, par hospitalité, le soir, on offre ses filles et sa femme à son hôte, où le fils épouse la mère par politesse, où l'union des sexes est une fête religieuse que l'on célèbre en public. — Et le logicien poussant à bout les conséquences finit par cinq ou six pages a capables de faire dresser les cheveux', » avouant luimême que sa doctrine « n'est pas bonne à prêcher aux enfants ni aux grandes personnes. » — A tout le moins, chez Diderot, ces paradoxes ont des correctifs. Quand il peint les mœurs modernes, c'est en moraliste. Nonseulement il connaît toutes les cordes du clavier humain, mais il les classe chacune à son rang. Il aime les sons beaux et purs, il est plein d'enthousiasme pour les har-

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