TRAGEDIE
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ACTEURS DU PROLOGUE DE LA TRAGÈDIe7~ ACTEURS DELA TRAGEDIE
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LES PLAIDEURS. COMt^DIE.
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L'ANCIEiN THEATRE EN POITOC tll
enfin^ en 1752, une tragédie, Annibal^ et le Parasite, comédie (1 ).
Au carnaval de 1754, le père Bérard, professeur de se* conde, fil représenter un poème dramatique de sa composition : Théodose pardonne à la ville (TAntioche^ et le 16 août 1754, à la distribution des prix, on joua /)^m//rîm,tragédiei elle Glorieux, comédie.
Cette représentation marque Tapogée du théfttre oratorien à Niort. Ce jour-là, la salle des actes fut jugée insuffisante pour la foule des invités. Les pères ne craignirent pas de prendre un local hors du collège,et, comme de véritables comédiens professionnels, ils allèrent donner leur spectacle au grand jeu de paume du Mûrier(2).Le chemin à parcourir n*était pas considérable, puisque le jeu de paume s^ouvrait en face de l'entrée du collège; mais cette incursion sur un théfttre pour de vrai n*en était pas moins une grave dérogation aux usages scolaires, un pas dangereux vers le cabotinage. Pour singer jusqu'au bout les acteurs de métier on imprima sur le programme cette recommandation à Tadresse des beaux esprits de Niort, aussi encombrants que les Fâcheux de Molière : « Nous prions instamment les personnes qui feront Thonneur d'assister à notre pièce de ne pas monter sur le théâtre. Il est essentiel que les scènes soient libres. »
Les pères de TOratoire ne furent probablement pas très satisfaits de leur tentative, car on ne trouve pas trace d*un second déplacement dramatique. N'ayant point d'entrées
(i) Plasâeuni de ces pièces figureol^eo lalio ou en fraoçaU. au répertoire des Jésuites de U>ttis-le-Grand : Admâtin (1670), /?r(;cf/#ij ( 1 73 1 )• par le Kde La Siinle ; Lyttmachut (1O77), par le P. de La Hue; Joseph n^ frai rrg wjntiêceni (i^\)t par le P. Le Jay.
(a) Vmr plua loio, chapitre XII.
payantes, comme les Jésuites (l),les frais d'une semblable solennité devaient grever lourdement leur budget. La tragédie fut sacrifiée. On décida de remplacer les pièces dramatiques par de simples exercices académiques. Passant d'un extrême à l'autre, la distribution des prix de 4756 ne mit plus en scène que Jules César et ses capitaines délibérant sur le passage de Rubicon,
Ce jour-là, le procureur des traites, Thomas de Fief- Mauzay, chargé par les pères du discours officiel, se fit l'apologiste du nouvel état de choses :
« La tragédie, une représentation théâtrale, n'est-elle pas indigne d'une congrégation respectable, faite principalement pour l'ornement et la règle des mœurs, d'une congrégation que l'éducation a polie, que la science éclaire, que le sentiment conduit, que les grands exemples aiguillonnent, que les talents décorent, que la vertu anime ?• . . Que l'on compare, si on ose, les vaines douceurs de la tragédie avec les agréments inestimables de l'art oratoire ! Préparez -vous^aimables athlètes, à mériter les lauriers qu'on vous destine, rendez aimable à toute cette assemblée un art contre lequel quelqu'un est peut-être prévenu. Rendezle aimable à ce sexe respectacle qu'un faux préjugé fait regarder comme ennemi du haut goût, des sciences, de la littérature. Mais, ô surprise agréable, ô douceurs, je le vois ce sexe, je le vois déjà promettre à cet exercice toute son attention, toute sa bienveillance (2). »
(i) Les Oratoriens ne prodiguaient pas toujours gratuitement leurs talents et ceux de leurs élèves. En lyS^t le corps de ville paya « à M. Paradis, prestre de TOratoire, faisant tant pour le sieur Pouleau que pour autres ses confrères», la somme de lo livres « pour avoir chanté la Pastorale en chant dédiée à M. Fintendant ». Arch, comm, de Niort, n* 1017.
(2) Archives commanales de Niort , n» 2260.
Je doute, malgré les assurances du galant procureur des traites, que le sexe ainoable ait pris aux plaidoyers, aux discours français et latins, aux exercices de mathématiques^ autant de plaisir qu'aux « vaines douceurs de la tragédie >»• Mais les pères n*en suivirent pas moins la nouvelle voie qu^ils s'étaient tracée. Leurs invités durent se contenter d*exercices académiques ou de petits dialogues moraux, la plupart du temps de la composition des élèves {\).
Cependant les Niortais purent encore assister en 1772 au Helow de Lyais, drame pastoral, accompagné de Chle de la Folief et d*un dialogue de circonstance : De ytortensi arca amplificata et decorata.
L*année suivante, on donna le Bourgeois ffenlUhomme,el le Triomphe de ramilié^ drame en un acte dont le sujet reproduisait Thistoire si connue de Damon et Pythias.
En 1774, les élèves représentèrent encore un drame, /*//i* nocence vengée^ mais en 1777, 1781, 1782, 1783, 1784^ on ne donne que des pastorales ou des entretiens sur les sujets les plus divers : la géographie, les mœurs et le génie des Anglais, les écrivains célèbres nés à Niort, les braves marins mourant pour la patrie, les fabulistes, Thistoire naturelle, la paix, les mœurs des Français, la guerre dernière* Les édiles niortais furent si charmés de la pastorale jouée le 11 décembre 1781, sur la yavfnance du Dauphin^ qu*ils
(i) Lesp^rct «vaieDl foodé daos leur collrjce une « Aeadémie » à Tid»- Ur et celle de Juilly. Les acAdémicieos avaient la plume facile. Daoa les papiers de la famille G&rrau figureot : L écolier ou la pension, comédie eo oo acte, par Garran de Balzan et Garran de G>ulf>n (la sc^neest au collège de rC>raloire) ; te Copiai de Carême, projet d*(»péra (la scène est à Partbr* naj «chez une veuve); Dionée, traf^rdie pasttirale, par M. (lajr; ie Triomphe de la pie ehampétre, projet de diverti «nemenl en vers ; Saint Loaig, purme dramatique etc. (Ravuc d'arch^loi^if poitevine, 1900, p. 3iO). — Il faudrait ajoutera cette liste Phénice, tragédie composée, en 17(17, par Marcellin de Foolanes, frère du grand«maltre de TUniversité.
se rendirent en députation auprès des professeurs pour obtenir le dépôt de la pièce aux archives de la ville et à la bibliothèque publique.
L'année 1785 sembla présager un retour aux traditions dramatiques délaissées. Les petits élèves représentèrent une saynète mêlée de chants, le Voyage à Pocron (1), toute de circonstance ; les grands, quelques scènes de la Mort de César ^ de Voltaire, et des Incommodités de la grandeur ^ du père Du Cerceau.
Mais de 1786 à 1791, les pères remplacèrent définitivement les longues pièces, dont la préparation nuisait aux études, par de courts dialogues à quelques personnages qu'ils désignent sous le nom « d'entretiens ».
Ce ne sont pourtant pas des exercices littéraires ou académiques proprement dits» car leur sujet est purement récréatif, et nous les voyons figurer au programme en même temps que les plaidoyers et les dialogues de rhétorique. Les pères y trouvaient un double avantage : économie de temps et facilité de faire jouer les petits élèves aussi bien que les grands. En 1785, on représenta F Ecole militaire^ de Berquin, r Education du jour ^ C Heureuse rencontre^ et Erastej pastorale de Gessner, Le 11 et le 14 août, les élèves donnèrent même une pièce de leur composition : la Piété filiale, et un plaidoyer : la Prééminence de Paris sur les Provinces.
LEpée, Evandre, l'Indifférent, le Monde tel qu'il est, représentés l'année suivante, sont encore des entretiens. Mais les élèves jouent aussi plusieurs scènes de la Partie de chasse de Henri IV, de Collé, et une tragédie-pantomime
(i) Maison de campagne des Oratoriens, à quelques kilomètres de Niort, près de Surimeau .
en Irois actes, la Mort d'Abel^ où un des principaux rôles était rempli par Louis de La Rochejaqueiein, le futur chef vendéen •
En 1788, nouvelle avalanche de petites pièces : la Répétition^ V Amour filial. Colin" Maillard^ Trifin Je Parisien en province^ et le Déserteur^ de Berquin.
Le choix des divertissements pour Tannée 1789 annonce la Révolution. Les pères de TOratoire faisaient profession d*esprit libéral. Non seulement plusieurs de leurs élèves tinrent une place importante dans la nouvelle organisation politique et sociale, mais eux-mêmes se lancèrent résolument dans le courant révolutionnaire. Ils vinrent spontanément prêter serment à la Constituante, et quelques-uns, comme Frigard, Guérin et Vaillant, se firent remarquer par leurs idées avancées dans les assemblées pohtiques* En attendant, ils faisaient représenter à leurs élèves le Hameau français^ pastorale allégorique précédée d*un prologue de circons* tance : la Cocarde ou le Gage du patriotisme. Pour que nul ne pût se méprendre sur leurs intentions, les pères avaient fait choix de cette pensée de Voltaire : « C'est moins en poète qu*en bon citoyen qu'on a travaillé, » avec cette épigraphe: « Rendre un pur et sincère hommage aux bons citoyens de cette ville est Tunique objet de ce prologue, »
Cette année-là vit encore la représentation du Faux àrave^ de la Musicomanie^ de la Rcùson dans fisle de la Polie ^ et du Bon Seigneur.
En 1790, les petits élèves jouent une dernière berquinade, la Vanité punie^ mais les grands ont un répertoire plus conforme à leur rôle de futurs citoyens. Jx Serf du mont Jura ou r Esclavage détruit accompagne sur TafBche U Ré^ cedd'Epiménidej comédie de M. de Flins, qui venait d^ètre
216 L'ANGIKiN THÉÂTRE EN POITOU
représentée à Paris, sur le théâtre de la Nation, le 1" janvier 1790.
Épiménide dort depuis cent^ans. Il se réveille dans la nouvelle société où tous les abus ont disparu. La censure est suppriinée,lesphilosophes sont re8pectés,les dtmes abolies. Un abbé pleure ses bénéfices disparus; un tailleur s est fait soldat de la garde nationale, un procureur grenadier, un notaire capitaine. Épiménide chante ce couplet:
Maître de ma destinée^ Roi des hommes et des dieux, Si ma course est terminée Que je vive dans ces lieux !
S*il faut qu*encor je sommeille, Exauce au moins mes souhaits ; Fais toujours que je sommeille Au milieu do bons Français!
Au mois de juillet 1791, les jeunes patriotes jouèrent encore le Convalescent de qualité^ de Collin d'Harleville. Puis ils allèrent figurer sur un plus vaste théâtre, en face d'un public moins débonnaire que celui de la salle des actes du collège. La Révolution était commencée (1).
(i) Archives départementales des Deux-Sèvres^ D 2. — Prof^ratnmes divers à la bibliothèque publique de Niort, à la bibliothèque de la Société de statistique, dans les colleclioDs Paul Frappier, Alfred Richard, abbé Largeault, etc.
\y* ihràtre révoluti<iQntire. ^ Représentations en plein air i Niort. — Volani^ à Poitiers. — Antoine Laurioux,dit Saint-Uomain. — Direction MooTÎlle. -^ Le chant du Retard du ftrnph, — Seconde direction Saint- Romain. — Saint-Fois et Hubert, din*cteurs à Niort. — Direction Saiol-Léger. — La société d'amateurs de Parthena^. — Le théiktre militaire à Fonteoay-le-Comte. - Le théâtre de la Société populaire. — Dtrectioa Mérieone.
La liberté des théâtres, proclamée par la Constituante le 13 janvier 1791, provoqua à Paris une vogue incroyable pour les spectacles. Les théâtres sortaient du sol comme par enchantement. Le public sufTisail à tous les programmes. Les directeurs s^enrichissaient en quelques mois. C'était Page d'or du théâtre.
La province prit son temps pour suivre le mouvement. Le théâtre poitevin ne fait pas parler de lui entre 1789 et 1793. Sans doute les annales locales avaient à enregistrer des événements autrement intéressants que les faits et gestes de messieurs les comédiens. Mais cette absence de documents, commune à toutes les villes du Poitou^ est trop complète pour pouvoir être mise sur le compte de recherches mal conduites ou hâtivement poursuivies. Je crois que le mouvement dramatique fut peu actif en I^oitou avant 1793.
Cependant les Poitevins purent applaudir, à la Pm de no* vembre 1790, une des célébrités de la capitale, Tacleur Volanges, qui avait fait courir tout Paris aux Variétés amusantes. Grisé par ses succès, Janot avait voulu dcbuler au.\
Italiens, Loin du boulevard, théâlre de ses succès, son comique d'un genre spécial avait déplu. Forcé à se retirer, il avait pris le parti de voyager, et le hasard de son tour de France Tavait amené à Poitiers. Le 25 novembre, il joua le Sculpteur ou la Femme comme il y en a peu; Rkco ou le Marquis par hasard; Jérôme Pointu ou Pour bien prêcliery il faut prêcher d'exemple ; le lendemain, il donna Arlequin honnête homme et bon père ; le Fou raisonnable ; Boni^ face Pointu et toute sa famille ; enfin, le 27 novembre, le Réveil lïEpyménide à Paris; le Tambour nocturne ou le Mari devin^ par Destouches (1). Le compliment d'ouverture avait été confié à de La Perrière, sans doute Facteur qui jouait un rôle dans le Siège de Poitiers^ en 1785, et que nous retrouverons encore à Poitiers en 1800.
Dans tous les cas, le 9 octobre 1791, ce sont des amateurs qui prennent part aux fêtes de la Publication de la Constitution, à Niort. On avait dressé, ce jour-là, sur la place de la Brèche, ou plutôt sur « le Champ de Mars » , pour lui cotiserver son appellation révolutionnaire, un véritable théâlre en planches, avec rideau, coulisses, colonnades. On y joua différentes pièces de circonstance. Dans la note des frais qui nous a été conservée, il n'est nullement question de gages pour les comédiens, ce qui porte à croire qu'on avait fait appel à des amateurs de bonne volonté (2).
. (i) Je possède les affiches de ces trois représentattoDS. Comme on peut le voir par le fac-similé ci-contre^elles De portent pas de nom de ville. Mais les ayant trouvées dans les collections de B. Fillon, je n'aurais pas hésité à les attribuer à la région de l'Ouest avant même d'avoir découvert le filigrane du papier qui porte « P. F. Ally de Poitikrs »». Les ornements typographiques ressemblent d'ailleurs à ceux employés par Barbier. (2) Voici les sommes déboursées par la commune : Regade, tapissier, pour avoir travaillé au théâtre de la susdite fêle et aux transparents , . 12I io>
L'ANCIEN THÉÂTRE EN POITOU Ml
On jouait aussi à Fonlenay-le- Comte, le 2 mai 1791, et U modeste salle de spectacle était comble, lorsqu*un roem* bre de la Société populaire vint y jeter la première nouvelle des troubles de la Vendée :
M On se réjouit à Fontenay, s'écria-t*il dès Tentrée, et le sang des amis de la Constitution coule dans les campagnes de Saint-Christophe! » A Tinstant^ tout le monde sortit du spectacle en criant : « Aux armes 1 (1) *>
Franchissons quelques années, et transportons-nous à Poitiers, au plus fort de la tourmente révolutionnaire. Le marquis de Nieul, propriétaire de la salle de spectacle, vient d'émigrer. L'immeuble est devenu bien national. Les armes royales ont fait place au bonnet rouge surmonté de la devise : M Liberté^ égalité, fraternité ou la mort, » et dans cette salle, où les plus fougueux patriotes se donnent rendei-vous, vient d'arriver un directeur assez audacieux pour afficher les opinions les plus modérantistes« pour favoriser ouvertement le parti vaincu. Je veux parler d*Antoine Laurioux, dit Saint- Romain, un des directeurs les plus habiles que la province ait jamais possédé.
Le personnage mérite quelques lignes biographiques.
Antoine-Hilaire-Alexandre Laurioux, dit Saint-Romain,
Nicolas Sjre, peintre, pour avoir peiot et décoré des coloooes» rideaux et traospareoU 361
(louquaux rainé, menuisier, pour construction d*un théâtre et aoires édiSces sC3l s*
Etienne Faucher, pour fourniture de clous 7 ji M
{Heçistre de délibérai tont da amseti de In commune^ \, f» 108 et 1 ii»t.
(1) MmciKADU RocuKii. Mémoires (Soi'vsxms et mémoires. Paris, iK S, a* année, p. a40* — L'auteur était un fervent amateur de théAire. Il â\.ii( même eomposé une comédie en trois acir^, en prose, tes \aiuraliiiep, ip.i fol perdoe lors des i^uerres de Vrndfc. I>ans la trémc région, ro i7<«'. U célèbre Pannj de Ileauhamais avait fait rrprésrntrr /» fionr.e Mnr, «c Cobiérea, A son château des Roches- Barttaud.
est né à Cissé, près de Poilicrs, le 20 juillet 1767. Ses parents, Antoine Laurioux et Anne-Marie Chauvel Jouissaient d'une certaine aisance. Antoine Laurioux était sacristain ; il voulut voir son fils curé, et réussite le faire entrer au séminaire de Poitiers.
Je ne serais pas étonné que Tenfanl ait passé auparavant par le collège de Sainte-Marthe, où, malgré l'expulsion des Jésuites, les exercices dramatiques étaient encore en honneur. C'est là qu'il aurait puisé, avec un bagage littéraire dont il put apprécier les avantages au cours de sa carrière tourmentée, un goût pour le théâtre singulièrement nuisible à une vocation religieuse. Antoine Laurioux [n'attendit pas l'ordination. Il quitta le séminaire pour suivre une troupe de comédiens. Par respect pour la pieuse maison qu'il venait d'abandonner, ilprit un nom de théâtre : Saint-Romain (1).
Dès 1793, la Révolution le trouva à la tête d'une petite troupe d'acteurs, qu'il s'empressa d'amener à Poitiers pour montrer son savoir-faire à ses compatriotes. C'est du moins ce que rapporte un article nécrologique de la Gazelle des théâlres^ où l'erreur et la vérité se mêlent dans une prodigieuse confusion (2).
Saint-Romain, dit son biographe, déplorait les actes de violence des terroristes « et les crimes qu'ils commettaient au nom de la liberté et de la fraternité ». 11 aurait ainsi sauvé la vie à plus d'un malheureux. M"® Delille, ancienne actrice de vaudeville, était condamnée à mort par le tribunal révolutionnaire, lorsque Saint-Romain parvint à l'arracher à l'échafaud. Il fit également évader de prison le
(i) Ce départ est antérieur au 4 août 179 1, date de la fermeture du grand et du petit Séminaire.
(2) Gazette des théâtres, i4 février i833.
LANCIEX THÉATHE EN POITOU M8
comlede Bcauvolliers, gt>nôral vendéen qu'on allail fusiller.
Non conlenl de ces actes de dévouement envers des victimes du fanatisme style de 1830;, il entra en lutte ouverte avec la municipalité, l-e 21 janvier 1793, jour de Texéculion de Louis XVI, au lieu de représenter une pièce palrioliquc comme il en avait reçu Tordre, il aflicha Cnlax^ sous U rubrique : la Mort du jnste^ drame en 4 actes de Lemière d*Argy, substituant ce titre de circonstance à celui de Calât oti le Fanatis-mr^ donné à la pièce par son auteur. Cette manifestation, Imp significative, souleva contre lui la colère des officiers municipaux. I*our éviter un emprisonnement, et peut être un jugement s(»mmaire, Saint-Homain fut oblige de se cacher quelques jours, et de quitter Poitiers à la dérobée. Il se réfugia dans les rangs vendéens, où il resta quatre ans.
F^ar malheur pour des états de service aussi glorieux, je ne crois pas qu'il f.iille prendre à la lettre toutes ces actions d'éclat En admettant qu'un comédien, ouvertement réac. tionnaire, ait eu asi*ez d'influence pour faire reldcher une actrice sur laquelle ne pesaient pas sans doute de bien lourdes charges, on peut se montrer plus sceptique quand il s'agit d'un personnage tel que le comte de Heauvolliers, [prisonnier que les autorités républicaines avaient tout intérêt à bien garder. Quant au séjour dans l'armée vendéenne, je pense aussi que nous devons en r.ibatlre. Saint-Romain ne figure pas sur les Etats de sernre des Vr/o//T/if, dressé pir le duc de La Trémoille par ordre de Louis XVIII. S'il eût vraiment pris part au M)ulèvement royaliste, il n'eût pas manqué de s'en prévaloir, à uvx moment où tant de gens qui avaient pas>é la Révolution dans une cave ou dans un gre* nier se vantaient d'avoir (on:lallu a\tc Us Vendit n^.
Ce qui est tout à fail certain, c'est que Saint-Romain se trouvait à Tours avec sa troupe pendant l'hiver 1793-1794.11 écrivit de celte ville à la municipalité de Poitiers pour retenir la salle de spectacle (1), et débuta dans son pays natal au mois d'avril 1794. Les représentations eurent lieu sans encombre. Mais le conseil de la commune, qui se défiait du civisme de Saint-Romain, se fit communiquer le répertoire afin d'en « bannir tout ce qui pourrait blesser la délicatesse d'un républicain ». En même temps, on lui imposa un règlement de police intérieure.
Chaque soir une garde de huit hommes devait veiller au maintien du bon ordre. A la porte d'entrée, une sentinelle e mpêchait de faire du bruit dans la rue ; une autre, au bureau de location, veillait à ce que chacun passât bien aux places indiquées sur les billets; une troisième, enfin, ne laissait monter sur la scène que les officiers de police, les officiers de garde, les pompiers et le chirurgien delà troupe. 1^ spectacle devait commencer à six heures précises. Les acteurs étaient invités à mettre le moins de temps possible aux entr'actes et aux changements de décors. En revanche, les spectateurs devaient observer le plus grand silence, se tenir avec la décence de vrais républicains, s'abstenir de siffler les acteurs, et céder les premiers rangs aux dames.
Saint-Romain parait s'être conformé de bonne grâce aux exigences, comme on le voit assez modérées, de la municipalité. Mais il se montra moins docile quand la Société populaire voulut lui imposer certaines mesures égalitaires, telles que la suppression des premières loges. Notre direc-
(i) Un autre directeur, nommé Farget, avait adressé sans succès une 'demande analogue le 4 février 1794» Je ne sais si ce personnage a quelque rapport avec Boulin, dit Farget, maître de pension à Niort en 1800. Voir plus loin, p. 407.
L'ANCIEN THEATRE EN POITOD MB
leur en référa au conseil de la commune, qu*il savait hostile au parti terroriste, et, grftce à ce conflit habilement provoqué, il continua à n*en faire qu*à sa tète. Je pense néanmoins que celtelutte ouverte avec les sans-culottes poitevins ne fut pas très avantageuse aux affaires delatroupe, car, dès Tautomne 1794, un autre directeur prend possession du théfttre.
Quel était ce Monville, qui se chargeait d*une succession aussi redoutable? Je Tignore, et mes recherches ne m*ont rien appris sur ce directeur ni sur sa troupe. Le 21 octobre 1 794, il donnait une représentation pour les pauvres, et la recette de 418 livres 10 sols arrivait à point pour soulager la misère publique portée à son comble par la cherté des subsistances. Croirait-on que, cet hiver-là, les représentation durent être réduites à cinq par décade, en raison de la pénurie de chandelle? Il est vrai que la Société populaire trouva un moyen ingénieux d*économie, en supprimant les représentations du ci-devant dimanche, dangereux souvenir d*un culte proscrit. Mais le directeur, qui avait ses raisons pour tenir aux anciens jours fériés, en appela au conseil de la commune. Toujours disposée à faire échec à Tex-parti terroriste, rassemblée municipale vit dans les exigences de la Société populaire une atteinte au droit de propriété, et laissa au directeur toute liberté de régler ses jours de spectacle comme il Tentendrait.
En revanche, elle prit un arrêté qui ne manque pas d'originalité : « Considérant que Tinsouciance qu*apporlent certains artistes à exécuter leurs engagements, en se présentant devant le public sans savoir leurs nMes, est une muse très fréquente de tumulte, arrête que tout artiste qui se présentera en scène sans être parfaitement sûr de son rôle sera puni selon la rigueur des lois u fâ6 janvier I795j.
226 L'ANCIE;N théâtre en POITOU
Malheureusement pour Monville, il se trouva bientôt en face de dirHcullés plus sérieuses que les défaillances de mémoire de ses acteurs. De Paris, la réaction thermidorienne avait gagné la province : les théâtres étaient devenus de véritables arènes où les moindres allusions déchaînaient des colères soudaines, où, sur un mot, sur un geste, la salle éclatait en applaudissements, en imprécations furieuses, où, de la rencontre des partis, naissaient parfois des querelles sanglantes. Le conseil avait essayé de prévenir Torage en ordonnant que le spectacle fût ouvert chaque décadi par Thymne de la liberté, afin que les bons citoyens pussent unir leurs voix à celle des artistes « dans ces refrains chéris des Français ». Mais le 9 mars 1795 un membre du conseil, consterné, vint apporter une stupéfiante nouvelle. A la demande réitérée des spectateurs, le directeur venait de faire effacer du rideau lés mots « ou la mort » et le bonnet rouge révolutionnaire.
Quelques mois plus tôt, Monville eût payé cher son incartade, mais il faut croire que le vent soufflait du côté du modérantîsme, ou que les intentions de la majorité du con seil se trouvaient devancées par ce coup de pinceau audacieux. Notre directeur ne fut blâmé que pour la forme : on s'inclina devant le fait accompli. Le bonnet aux trois couleurs remplaça le bonnet rouge, et le mot «justice » le terrible final révolutionnaire.
Cette politique de balancier n'empêcha pas Torage d'éclater.
Le 22 mai 1795, au lever du rideau, un spectateur jeta sur la scène la chanson duBéveU du peuple^ et lepublicdemanda î\ grands cris au directeur de la faire entendre. C'était une rude revanche des airs patriotiques que cette carmagnole
thermidorienne, chantée depuis deux mois à Paris, p.ir les muscadins, avec accompagnement de coups de gourdin.
A Poitiers, ces couplels prenaient une terrible signification au moment où les anciens membres du comité révolutionnaire, dans ce revirement de toutes les lAchetés qui marque les époques de réaction, succombaient sous les cris de vengeance de leurs victimes. Qui avait lancé ces couplets sur la scène? qui avait demandé au directeur de les faire chanter? Tout le monde et personne. On arrêta plus tard un certain Boulet, comme auteur présumé du tumulte, on désigna parmi les plus ardents Bellegarde et Chevallier, mais si Ton avait voulu punir tous les coupables, il aurait fallu arrêter la moitié de la salle.
Impuissant à faire cesser un tel tumulte, Monville voulut prendre Pavis des deux membres du conseil, Dessaux et Hichard, chargés de la police dans la salle, mais il n*en Fut guère plus avancé. Ces deux édiles poitevins, mAtinés de Normands, refusérenl Tautorisation : non pas tant pour le sujet de la chanson « que parce qu*il y avait dans la salle deux partis bien opposés, et qu*il était de leur devoir de faire respecter chaque 0|>inion »».
Un peu plus d'énergie n'eût pas élé superflu.
Naturellement ces paroles de conciliation ne content»*rent personne. Le tumulte augmenta, et. comme les mode* rantisles étaient en majorité d^ins la salle ou qu'ils av;iieiit à leur service les meilleurs poumons, ils obtinrent gain de rauî^e : un acteur >e mit à chanter le Héreil ilu /teu/sle. Il n'en était pas au second couplet que des cris « .\u feu, au feu! », lancés par les jacobins, Tobligtsiii^nt à s»*arréter.
A ce moment, la rixe devenait inévitable. I)»s>aux e-^^.iva
vainement de gagner du temps en promettant que la chan-
son serait chantée à la prochaine représentation. Sa voix se perdit dans le bruit. La chanson, saluée par les acclamations du parti vainqueur, fut recommencée au milieu d*un tumulte indescriptible.
Cette affaire eut un retentissement considérable. Le conseil général du département de la Vienne s'émut, et chargea le district de Poitiers d'une enquête qui valut une lettre de blâme à la municipalité :
« Nous regrettons que des officiers municipaux n'ayent pas, les 4 et 5 de ce mois, arrêté, dès le principe, le tumulte qui a éclaté à la comédie, à l'occasion d'une chanson anticivique, jetée imprudemment sur le théâtre. Nous voyons même avec douleur, d'après les renseignements pris dans cette affaire, que quelques-uns soient directement inculpés pour l'avoir, prétend-on, approuvée après l'avoir lue, et permis à un artiste de la chanter (1). »
Le 13 juin 1795, Dessaux et Bertrand furent révoqués, sans que cette mesure rigoureuse pût mettre un terme à l'agitation des esprits.
De guerre lasse, le conseil s'en prit aux vétérans chargés de monter la garde. Après avoir acquis la conviction que, loin de maintenir le bon ordre, ils portaient eux-mêmes le trouble, et ne se présentaient pour la plupart qu'en parfait état d'ivresse, l'assemblée écrivit au commandant pour le
(i) L'agitation s'étendit à toutes les salles de spectacle. Une lettre de notre collection, datée du 3o pluviôse (i8 février), sans indication d'année, mais qui semble se rapporter à 1795, contient ce passage curieux : « Les repas, les concerts, les bals sont en grand train, malgré la multiplicité des impôts. Plusieurs salles de comédie s'ouvrent. Il y a eu du tapage à celle de la place d'Armes (les Augustins). On n'a pu jouer. On a cassé les ais des boutiques de la halle, les chaises, jeté les vétérans qui y faisaient la garde dans la boue. Les petites actrices ont été barbouillées. On en a ri, mais on dit que l'on poursuit les moteurs. Il y en a un qui s'appelle Doucin. » Lettre de Trichet à ton nevea.
L'ANCIEN THfUTRE EN l'OITUU 229
prévenir du mécontentement géuéral. Celui-ci, pour toute réponse, retira ses hommes : le 3 octobre, le spectacle se trouva sans garde.
On conçoit la colère du conseil qui enleva le service du théâtre aux invalides pour en charger le T régiment de chasseurs, en garnison à Poitiers. Malheureusement le remède fut pire que le mal. Les militaires firent cause commune avec les manifestants : chaque soir, le tumulte recommença à rentrée en scène de Tacteur chargé de chanter r hymne patriotique (1).
Naturellement les officiers se gardaient bien d'intervenir.
Le 3 mars 1796, aussitôt la première pièce finie, le parquet et le parterre, garnis en majorité de jeunes gens et de militaires, réclamèrent à grands cris f Allemande^ qu'un chasseur du 7* avait dansée deux jours auparavant avec beaucoup de succès. Le membre du conseil chargé de la police fit en vain observer que YAUenumde ne figurait point sur Taffiche, et que le militaire amateur n*était pas ce soir-là au théâtre. Le tumulte continuant, le directeur n*obtint un instant de répit qu*en promettant que Tacteur Durancy et M"* Boilevin satisferaient au désir du public après la seconde pièce.
On attaqua la MarteUiaise. A peine Lancelini Facteur en scène, eut-il chanté les premières mesures, que du parterre, du parquet, et même des premières et des secondes loges, les huées et les cris : « [AUetnande^ C Allemande! • reprirent de plus belle, couvrant Torchestre et la voix de Tucleur. Comme par hasard, les chasseurs de garde furent
(i) L.e 4 janvier 1796, le Dircclwre vcnail d'interdire Vmtr homicide dit it Bioeti du peuple t et de pre»crtre le cbaul d«.' /< Murjrtii utr Mire lc« deux ;'i'cc% iI'J s^^ccUcIr.
introuvables, quand on réquisitionna la force armée.
C'eslainsi quefinilladirection Monville, une des plus orageuses que Poitiers ait jamaiseue. Delà troupe et du répertoire nous n'avons rien à dire. Les seuls noms d'acteurs connussont ceux de Lancelin,deDurancy(l)etdeM'"^ Boilevin; les seuls titres de pièces représentées, ceux de la soirée pour les pauvres du 15 février 1796 : Fénelon on les Retigiemes de Cambrai^ par M.-J. Chénier ; C ange ou le Commissionnaire de Lazare, par Gamas. Cette représentation produisit 54 livres 4 sols en numéraire, et 1720 livres en assignats.
Nous sommes mieux renseignés sur la seconde direction de Sainl-Romain,qui débuta à Poitiers le l^r (octobre 1797, après un séjour indéterminé à Blois. Son répertoire, soumis à la censure, comprenait les plus jolis opéras-comiques de l'époque : Sylvain, r Epreuve villageoise^ de Grétry ; A^lexis et Justine, Biaise et Babet, de Dezède ; le Secret^ de Solié; le Devin du village, de Rousseau ; le Déserteur, de Monsigny. Il faut y ajouter deux comédies r le Souper imprévu ou le Chanoine de Milan, par A. Duval ; la Petite Nanette, par BeCTroy de Rigny.
Avec un répertoire aussi inofTensif, on pouvait espérer que Saint-Romain allait vivre en bonne intelligence avec le pouvoir. C'était bien mal connaître le personnage ! Dès la première représentation, la municipalité sut à quoi s'en tenir. Un certain nombre de spectateurs ayant réclamé la Marseillaise, le membre du conseil de service invita Saint- Romain a chanter l'hymne national. 11 s'excusa sur un gi(»s rhume. L'administrateur se rabattit sur un des comédiens : il fallut copier les couplets. La Marseillaise ne figurait pas au répertoire !
(i) DuniDcy fit partie de la troupe d'Aogers en 1799.
Aux représentations suivantes, Suint-Fiomain refusa tout net (le laisser chanter Phymne national : la lutte était ouverte avec la municipalité. Elle ne dura pus longtemps.
De toutes les pièces que Sainl-Romain avait soumisi'sau conseil, ta censure n*en avait retenu que deux : Biaise et Babel^ où un seigneur de Tancien régime était représenté avec des sentiments trop généreux, et la Petite \an^((p^ pi»*ce réactionnaire du Ta ucux cousin Jacques, déjà inler* dite au théâtre Feydeau. Saint-Romain promit de se conformer au désir du conseil^ mais il n*en afficha pas moins la Petite Manette^ et Biaise et Babet^ où, circonstance aggravante, il chanta le rôle du seigneur sans cocarde (ricoiore au chapeau I Représentation tumultueuse, tempête de sif* flets et d'applaudissements chaque fois que le dialogue amenait le mot « monseigneur », fermeture de la salle par ordre du conseil : Saint-Romain fut contraint de faire amende honorable.
Il vint présenter au conseil des excuses accompagnées d*une profession de foi républicaine plus ou moins sincère. Je pense qu*il n*est pas téméraire de preter]une certaine iro* nie à Saint-Romain, quand il promet à Tavenir de supprimer de ses pièces toutes les expressions qui pourraient choquer des oreilles républicaines, et de remplacer par le mot « maître »> ce malencontreux « monseigneur » qu*il nViit pas imaginé capable d*exciter un tel courroux (I).
Le conseil se conlenta-t-il d*un si bon billet? Il est permis d*en douter^ car Saint-Romain plia bagage quelques
(i) Arrk. romm» de Poitiers, Reiç. des dèlibêratioon du conn^l i^forral
de la commuoe: 4 ^év., a8 mnrn, 7, 9, 27, 2H, 3o mai, 2 juio, 19, 33f)cL,
i DOT., aS décrmbre 1794; 4t '^ j*nv., 9 m«n«, ^3, 7\, 7%, 79 mai, 1, 6,
% *^» i4ioÎQ» 4 juillet, 21, 22, 23, 2) août, a4 ^pt. \ «t.. \ déc. 1790 ;
16 fév. 4 nuni, 8oct. 1796:9, ioocl.«3 nov. 1797.
jours plus tard, et dit aux Poitevins un adieu définitif. Nous le retrouverons à Niort avec sa troupe, sur un théâtre plus modeste, mais qui fut pourtant Torigine de sa réputation de directeur et de sa surprenante fortune.
Comme celle de Poitiers, la salle de spectacle de la seconde ville du Poitou avait été quelque peu délaissée pendant les premières années de la Révolution. Le club révolutionnaire niortais s'y était installé sans autre cérémonie. (( C'est dans la salle de comédie que nous tenons nos séances depuis longtemps, » écrivait un de ses membres, le 7 décembre 1793(1). Mais dès les premiers jours de 1794 une troupe dramatique vint s'y installer.
Elle était dirigée par deux associés : François Trouillet, dit Saint-Fois, et Etienne Dubrocq, dit Robert. Le premier, à peine âgé de 27 ans, était originaire de la Rochelle ; le second, né à Orlé ins, semble appartenir à une famille de danseurs acrobates qui fit, au xviiP siècle, les délices de la foire Saint-Laurent (2).
A rinverse de beaucoup de leurs confrères, les deux directeurs professaient des sentiments du plus pur patriotisme. Ils écrivaient à la Société populaire :