‹ L'ancien théâtre en PoitouChapitre 18 sur 31 · LIBERTÉ, ÉGALITÉ OU LA MORT · texte numérisé non relu

LIBERTÉ, ÉGALITÉ OU LA MORT

Niort, le i4 ventôse Tan 2^ de la République.

Citoyens, Les citoyens Saiiit-Fois et Robert, directeurs du spectacle de cette ville, n'ayant en vue que le plaisir d*être utile à leurs concitoyens,

(1) Lettre de Dauphin à Morisset. Bibliothèque publiçae de Niort. — Augustin-Aimé Dauphin, professeur à TEcoIe centrale de Niort, a laissé eo manuscrits sept tragédies en vers : Philoméla, Frédégonde, la Mort de Néron f Jeanne cTArc, Rome libre ou Bratas,le8 Templiers, Brunehaat. Ces pièces sont conservées à la Bibliothèque publique de Niort.

(2) Gamparoon. Les Spectacles de la foire. Pari», 1877, iaS^, I, p. 277 et suiv.

d*&près la demande qu'on leur a faite de souliers pour leurs frères d'armes, ils ont élé à St-Jean d'Angély» décady passé, pour chercher des souliers. Ilsen ont trouvé deux paires et une paire de guêtres qu'ils offrent à la Société, et la prie de les accepter et de croire qu'ils DO négligeront rien pour être utile A la République et 4 leurs frères d'armes .

<"est dans ces sentimens qu'il vous prie de les croire vos frères et concitoyens, etc. (I). •

Les deux associa? n'eurent pas à re^çretler de s'Mre montras si bons patriotes. Comme la plupart des membres de la Société populaire faisaient en mi^me temps partie du conseil de la commune, leur bienveillance se traduisit en subventions pour des spectacles gratuits à la fête du Dix Août et à celle de la Délivrance du territoire. De plus, quand Toccasion s*en présenta, la commune exonéra Saint-fois et Robert de quelques-unes de ces charges indirectes qui sont la terreur des directeurs, telles, par exemple, que le paiement des gardes nationaux de service :

« Considérant que celte garde est prise dans les différents postes où chaque homme est tenu de faire le service, et que le service pour la comédie est comme Tautre, pour mesure de sûreté... le conseil général estime qu*il ne doit rien être exigé pour les gardes qui vont à la comédie. »

En revanche, le règlement défendit toute représentation les jours où il y aurait séance à la Société populaire, lexpérience ayant sans doute démontré aux orateurs du club le péril d*une telle concurrence.

Nous sommes assez mal renseigné sur le répertoire de Sajut-Fois et Hobert. Nous ne connaissoub que ('harles et Caroline^ par Figault-Lebrun, joué le U janvier 17U4 avec

(i) Archioes communaitM Ue \tori. Doft^irr de U Sooirlé |K)pulairr, et des délibéraùous du cooseil de là commune, aux dates in<ii€|uées.

l'Heureux quiproquo^ par Patral, au bénéfice de Marc- Antoine Coignaud el de Martial ; Guillaume Tell^ par Lemière, représenté à la fête du Dix-Août ; la Parfaite Égalité et les Tu ou les toi^ par Dorvigny, suivi de Y Heureuse décade^ par Barré, Rosières et Léger, qui composaient le spectacle gratis de la fête de la Délivrance du territoire.

Les détails sont un peu plus précis sur la composition des troupes dirigées par les deux associés. Celle de l'hiver 1794 comprenait, entre autres actrices, Chambly La Crousille, Yercq, Victoire Michaud-Ranson, Jeanne Charbonnelle, et, comme acteurs, Marc-Honoré Coignaud et Martial (1). Celle de la saison 1795-1796, Marins Brun, Pierre Latour et sa femme, Charles Mion (1).

En outre, à la même époque, on constate la présence à Niort de plusieurs artistes des deux sexes qui ont pu faire partie des troupes de Saint-Fois et Robert: Gabriel Bottier, Jean-François Troussaint, Louis Simonnel, Dominique Calcinât, Victoire Albert, Paul-Louis Gabé dit Roseroon et sa femme Marie-Jeanne Garande (3).

La dernière mention d'Etienne Dubrocq, dit Robert, est

(i) Les registres de délivrance des passe-porls donnent les indications suivantes sur ces personnages : François Trouillet, dit St-Fois, né A la Rochelle, 27 ans ; Ëtienne-Charles Dubrocq» dit Robert, né à Orléans, 3o ans ; Chambly La Crousille, née à Paris, 21 ans; Yercq, née à Poitiers, 21 ans; Victor MichaudRanson,néeà Charbonnières (Charente-Inférieure), 27 ans ; Jeanne Charbonnelle, née à Paimbœuf, 23 ans ; Marc-Honoré Coignaud, 21 ans.

(2) Passeports deMarius Brun, né à la Grenade, 20 ans; Pierre Latour, né à Nancy, 5o ans ; Charles Mion, femme Latour, née à Nancy, 46 ans ;

(3) Passeports de Gabriel Bottier, 3i ans ; Jean-François Troussaint, né à Niort, 26 ans ; Louis Simonnet, né à Paris, 17 ans , Dominique Calcinât, né à Niort, 32 ans ; Victoire Albert, née à Niort, 23 ans ; Paul-Louis Gabé, né à Niort, 4 2 ans ; Marie- Jeanne Garande, femme Paul Gabé dit Rosemon, née à Tours, 26 ans.

L'ANCIEN THÉÂTRE EN POITOV «Ci

du 25 décembre 1796, ce qui donne une durre de trois ans au séjour des associés dans la région. En même temps que les spectacles de Niort, ils exploitaient ceux de Saint- Jean-d'Angély, de Fontenay-le-Comte, et sans doute aussi de la Hocliellc et de Hocherort.

Les artistes qui leur succédèrent pendant l'hiver 1796-

1797 étaient sous la direction d*un certain Saint-Léger, peut-être ancien pensionnaire de Saint-Fois et de liobert, car il habitait Niort avec sa femme, Marie Berthclier, depuis trois ans. La troupe comptait des sujets de réelle valeur dont plusieurs se firent applaudir dans la suite sur des scènes de plus grande importance. C*élaient François Folly, premier grand rôle du théâtre de Nantes en 1797-

1798 et d*Angers Tannée suivante ; Claude Oalliard, applaudi deux ans de suite à Angers; Jacques Folly, p<*re. Du côté des dames, la charmante Kosalie (iarnier, qui lit tourner toutes les têtes à i^oitiers et à Reims ; Anne Chauvigni Garnier; Jeanne Holland, femme Folly. Le machiniste 8*appelait Jacques-Philippe Davau (1).

L^'s autres villes de la région nVtaient pas aussi favorisé»»s. Mais la bonne volonté des amateurs suppléait à Tabs*>nce (le comédiens professionnels. La comédie bourgeois»» remplarait les troupes sédentaires, et le zrW* [>atriotique des acteurs suffisait à satisfaire un public indulgent.

A Châtellerault, pour la frle décadaire du 20 floréal an II '9 mai 1791], dos membres de la Société populair*» représentèrent une petite pièce patriotiipu^. La nu^»*

0) PansepirlH de Saint-Lêifer, iiô i Mrl/. :»\ a(i<i ; M.irir H.tiIicIi«t, femme Sainl-Lriçrr, nrc à l'aria, a.i «iih ; Kr4ii«;.>i4 Follv, iif j IVni-». jj «ni; (Uaiidr (jalliani, Dr» à (Ihamt»rry, J*» ms ; J.i<*i|U(*4 I «illy pM»», ne a Paris, 8i ans ; Ho^alie (larnier, oée à Vrrs.MllfH, iii an^ ; Aime l.haiiviiçoi (larnier, oée a Paimb4euf, 'S\ aun ; Jeanne H<>laii<i. femme K<>1!v.

en scène en avait été confiée au citoyen Buisson (1).

A Parthenay, la Société d'amateurs eut son heure de célébrité. Elle avait fait construire une salle de spectacle à son usage, où, tous les jours de décadi, elle offrait à ses concitoyens un spectacle gratuit, suivi de bal.

La première fois qu'il est question de la société, c'est à une séance de Tadministralion municipale de Parthenay. Malheureusement, en faisant savoir à ses collègues la représentation du 31 octobre 1798, le président a oublié de donner la composition du programme. Mais le décadi 10 novembre suivant, il annonce le Sourd ou r Auberge pleine^ par Desforges-Choudard, et la Jeune Indienne^ par Champfort.Le 21 janvier 1799, fêle de « TAnniversairç de la juste punition du dernier roi des Français », on fit choix d'une pièce de circonstance : BrutuSy par Voltaire (2).

11 faut croire que les tragédies de l'illustre auteur de Mérope n'étaient pas également propres à rehausser l'éclat des cérémonies civiques, car les amateurs se virent refuser, quelques jours plus tard, l'autorisation déjouer Zaïre. La lettre que le président de la société, J.-V. Biget aîné, écrivit au ministre de l'intérieur, François de Neufchâteau, pour faire lever l'interdiction, est vraiment curieuse :

A Parthenay, le 19 nivôse an VII de la République française une^ indivisible.

Respectable ministre^

Les maux que nous avons soufferts dans la malheureuse guerre de la Vendée où nous avons perdu pères, mères, frères, sœurs et enfants, et plus des trois quarts de nos fortunes, n'a fait que nous

(i) Registre de la SociéU populaire de Châlellerault , — Communiqué par M. A. Labbé.

(-2) Arch. comm, de Parthenay . Heq. des délibérations du conseil générai de la commune, aux dates indiquées.

niflêrmir dans notre patriotisme. En consAqaenoe, nous avonn fait bâtir une salle de spectacle où nous jouons des picVes de coin<^ die tous les jours de di'^cade, gratis à nos concitoyens, et donnons bal aprfts les représentations. En réjouissance des fétea de la Repu* blique et de son calendrier, nos acteurs, citoyen ministre, seraient désireux de jouer la pièce de Zafre, de Voltaire. Mais comme il y a beaucoup de passages où on se sert des mots de c roi s, ils no veulent point la mettre sur le théâtre sans en avoir une permission supérieure. Comme étant le directeur du spectacle, ils m*ont chargé de vous prier de leur en donner la permission, en vous assurant que le mot c roi » n*est prononcé parmi nous que du bout des livres, et notre cœur n*y a aucune part. Et s'il était possible de les voir, on verrailautour, gravés en gros caractères:» Républicains français et enfants d'obéissance au gouvernement républicain...»

J.-V. BiGiT aîné.

A la réception de cette lettre, le ministre se fit adresser un rapport par ses bureaux. Les conclusions furent loin d*r*(re favorables à la pauvre pièce : « Non seulement parce que Zaïre est rempli de détails agréables aux « chevaliers français », mais parce que la religion chrétienne est le nœud de la tragédie... Si Zaire pouvait c^lre jouée sans inconvénient, ce ne serait pas dans le département des Deux- Sèvres, foyer du fanatisme à peine éteint. »

Le 16 février 1799, le ministre répondit à la Société d*araateurs par un refus motivé : « Le spectacle ne doit pas seulement amuser, mais instruire. Il faut donc en écarter tous les ouvrages qui pourraient nuire au progrès de Tesprît public, et dans les circonstances présentes Zaïre est de ce nombre. Je vous invite à ne point oublier ces principes dans le choix des pièces que vous vous proposez de faire jouer (1). »

Heureux temps où Ton se passionnait pour ou contre les

(i) ArrhineM nationalet^V 17, t7ijnu 3.

tragédies de Voltaire ! Heureux républicains dont le patriotisme, ne prononçait le raot « roi )» que du bout des lèvres (1)!

Les patriotes de Parthenay sont pourtant bien loin d'égaler en civisme les sociétaires du « théâtre de l'Egalité », qui donnait ses représentations à Fontenay-le-Comte, en 1794 en pleine insurrection vendéenne. Les acteurs étaient des militaires de la garnison, auxquels s'étaient joints quelques amateurs fontenaisiens des deux sexes. Les pièces, entièrement de leur composition, mettaient en scène des traits de patriotisme ou parodiaient les ridicules de la noblesse et du clergé. Le programme de la représentation du 23 avril 1794, donnée au profit des blessés de l'armée, comprenait les Vertus d'un sans-culotte^ pièce en 5 actes, par le cit. Parmentier, et la Man/uise amoureuse, un acte, par le cit. Mervaud.

Il eût été curieux de retrouver le texte de ces deux compositions dramatiques, qui s'ajoutent à la liste, relativement considérable, des pièces inspirées par les guerres de Vendée (2). Mais la distribution des rôles suffit à donner une idée du sujet. Les Vertus d'un sans-culotte ont pour personnages principaux Jean-Jacques Lefranc, l'inévitable volontaire républicain; son père, vieux laboureur patriote; le général Mounier ; Passepoil, sergent; Coupe-Jambe, chirurgien; Massacre, brigand de l'armée de Charette; l'abbé Cagot, prêtre réfractaire. Les rôles de femmes se réduisent

(i) 11 est vrai que deux ans plus tard, à la fin de mars 1801, les mêmes jeunes gens représentèrent sur leur théâtre : les Précepteurs , de Fabre d'Eglantine, et qu*un des associés, Ardouin fils, intercala au 4^ acte des vers de circonstance à la louange de Bonaparte. — Journal officiel des Deux-Sèvres, 10 germinal an IX.

(2) Clouzot. Les Guerres de V^endée dans le théâtre révolutionnaire. (Revue d'art dramatique, 1899}.

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à Jnlie^ évidemment promise à Lefranc; Framboise (?\ une vieilie ci-devartt, ^1 la mrre Cocarde, peul-elre canlinière.

Quant à la Meu'çuUe amoureuse^ Tarfiche ne lui donne que trois personnages : La Glef-des-cœurs, Muscadin, la marquise de Biaux-Appas. Mais, avec des noms aussi parlants, la scène se reconstitue d'elle-mAme. La CleF-desca*urs ne pouvait manquer de soufflera Muscadin la main de la marquise, pour la plus grande gloire du troupier français.

Les acteurs de ces pièces étaient Mervaud et sa femme, Massot, Journée, Coflin et sa femme, Vandier, Lejay, Létoile, Moreau, François, Janvier; les citoyennes Termeau, Hémonit).

Le succès du théâtre de TÉgalité engagea les membres de la Société populaire de Fontenay à introduire les représentations dramatiques dans le programme de leurs fêles décadaires. Le 10 mai 1794, un membre exposa qu'en vue de propager Tesprit révolutionnaire on devrait jouer des pièces patriotiques et républicaines, pour épurer les mœurs, développer Tamour de la patrie et la haine de la tyrannie. La proposition fut acclamée et le théâtre de la Société populaire fondé d'enthousiasme.

Naturellement, les acteurs ne pouvaient être que des amateurs. Fontenay venait de subir toutes les horreurs de la guerre civile. Le moment eût été mal choisi pour faire venir des comédiens professionnels. D'ailleurs, le but de la Société était de créer un thédtre « pour le peuple et par le peuple M. Il fallait donc bien s'adresser aux patriotes de

(i) Birru?!. Bévue du Bas l'oiloUi iH<j<jy no i, d*apr«s de« reotei^^ roeou Beoj. Filluo.

bonne volonté. Le choix des acteurs fut assez facile. Les citoyens Guillet, Boulheron, Isidore Lemercier, Tronsson, Saint-Céran, Turin, Poey d'Avant, Durand, Victor Denfer, Magué, Dillon, Noël, Martinet, Gauly, Verdon, Fayau jeune, Boraard, Gallet, Pigeau, Godet jeune, Tillier, Barbedette, Bias Mercier reçurent leur emploi de bonne grâce (1). Mais les dames montrèrent plus d'hésitation k affronter les feux de la rampe. Cependant la Société ne fut pas obligée, comme celle d'Auch, à employer la réquisition militaire. Un certain nombre de bonnes républicaines finirent par accepter des rôles. C'étaient les dames Raison, Tillier, Poey d'Avant, Giraud, Dubois, Lecomte, Gallet, Phelippeau, Latouche, Bouron, Vinet La Naulière, Arnaud, Pigeau, Coyaud (de la Chataigneraye), veuve Thomas, Latouche mère, Boutin, Fleury, Martineau, Godet (de Sainte- Hermine), Chambonneau.

Un règlement sévère assura le maintien de la décence, et les critiques les plus médisants furent désarmés en présence des dix-sept articles élaborés par la Société.

Les pièces étaient censurées par un comité qui y faisait tous les changements commandés par la politique et la morale ; tout acteur qui se permettait le moindre geste, le moindre propos susceptible de blesser les mœurs et la décence était exclu des représentations ; la mère, dont la fille tenait un rôle, le père, en l'absence de la mère, pouvaient seuls prendre place dans les coulisses ; les répétitions

(i) S'il ne se fût rangé déjà dans le parti vendéen, il est probable qu'on aurait vu figurer parmi ces amateurs Antoine-Léon Franger, professeur au collège de Fontenay, en 1790. Il avait composé plusieurs pièces de théâtre, entre autres : le Baptême républicain. Fillon. Recherches historiques et archéologiques sur Fontenay, 1. 1^^, p. 374» note.

se faisaient à huis clos, et les jours de représentation les loges étaient réservées « aux citoyennes » , le sexe fort ne pouvant y pénétrer qu^autant quMI resterait des places va*

cantes.

On dressa le théâtre dans une salle de danse appartenant à Tarchitecle Caldelar. Il fallut y mettre les maçons et les vitriers. Malgré tout, le local parut si incommode que la Société se décida à faire aménager, sans retard, Pancienne église du collège des Jésuites.

En attendant, les rôles furent distribués, les répétitions poussées rapidement, et, le 8 juin 1794, jour de la tHe de r£tre suprême, deux comédies purent être offertes au public par la troupe improvisée. On ne connaît malheureusement pas les titres des pièces représentées, mais Benj. Fitlon avait recueilli les comptes de recettes et dépenses des fêtes décadaires de la Société. J*ai pu y puiser de curieux renseignements.

L'entrée était gratuite, mais des receveuses, à Pentrée de la salle, recueillaient « les offrandes volontaires ». A la comédie du 18 juin, elles versèrent à la caisse 104 livres 2 sols; le 28 juin, 1151.17 s.3d.; le 18 juillet, 601.; le 28 juillet 107 I. Mais les frais étaient considérables* Le bal qui suivait le spectacle et pour lequel la Société fournissait gracieusement les rafraîchissements, grevait fortement le budget. Le bal u des hommes de couleur » du 22 août 1794 coûta 36 1. pour les seules bougies. En outre^ Belliard fournit 200 I. de pièces de théfttre, Guery, 64 I. 5 s. ; Cran* ger et Lacour reçurent 38 I. pour copier les rôles ; Taménagement de la salle du collège absorba près de 900 K Bref, au mois de février 1795,1a caisse de la Société eut à combler un déficit de 908 1. L'expérience parut suffisante. Le théâtre

bourgeois fut dissous avant, d'avoir pu prendre possession de sa nouvelle salle.

Ce Tut Saint-Fois, directeur des spectacles de Niort, qui vint en faire l'inauguration le 23 juin 1795. Le succès

répondit, sans doute, assez mal à son attente, car ce déplacement à Fontenay fut le seul qu'entreprit notre directeur. Les amateurs de spectacle, pour ne pas etrp privés de leur divertissement favori, furent rédpits comme autrefois à monter eux-mêmes sur les planches .

Le 29 mars 1796, une nouvelle société d'amateurs, auxquels s'étaient joints quelques militaires, adressa une pétition à la municipalité pour être autorisée à jouer des pièces patriotiques. Elle demandait la jouissance de la salle du collège, et faisait valoir complaisamment les ressources artistiques dont elle disposait :

« Nous observons que nous avons toute espèce de goût, ayant dans le bataillon de la Dordogne une très bonne musique^ qui doit arriver sous quelques jours, ainsi que des danseurs, notre intention n'étant que de représenter des pièces patriotiques et de donner des concerts ou des bals. »

La municipalité accueillit favorablement leur demande, et l'administration départementale, prenant en considération l'état de dégradation de la chapelle du « ci-devant collège » par suite des aménagements qui y avaient été faits précédemment pour l'établissement d'un théâtre, arrêta qu'elle serait affermée dans les formes prescrites par la loi, sauf aux pétitionnaires à s'en rendre adjudicataires et à y former l'établissement proposé.

Il n'est resté aucune trace de ce nouveau théâtre bourgeois. Rien ne prouve même qu'il ait mis à profit l'autorisation si libéralement accordée. Il faut arriver à l'été de 1798

pour avoir à parler de représentations et d'acteurs. Celte année-là, la modeste salle de spectacle fonlenaisienne était occupée par un directeur qui se Faisait appeler Mérienne, bien que son véritable nom fût Jorreau. C'était, nous l'avons vu à Niort et h I^oiliers, Tépoque où les partis politiques se donnaient rendez-vous au tbédtrc. Jacobins et muscadins prenaient le parterre pour champ clos. Certains couplets, bissés par la réaction thermidorienne, déchaînaient la fureur des anciens clubistes révolutionnaires.

Tout porte à croire qu*à Fontenay Tesprit public suivit le mAme cours, et que Mérienne, peu réfractaire à un scandale favorable à sa caisse, ne se fit pas faute de remplacer /a Marseillaise par des couplets réactionnaires. La mise en demeure que lui adressa la municipalité le 8 juin 1798 semble le prouver :

Noos TOUS aojoignons de prévenir votre orchestre qu*il ait à jouer, les jours de représontations, des airs patriotiques et d'ouvrir principalemeot le spectacle par ces airs, comme il est rigoureusement prescrit par Tarrélé du Directoire exécutirsur les spectacles.

Vous voudrez bien tenir fortement la main à l'exécution do cette mcsore, et nous vous avertissons que, faute par vous de vous conformer à la présente injonction, nous ferons de suite fermer votre théâtre (I).

La réponse ne se fit pas attendre. L*acteur G. Testu, dit Belidor, parlant au nom du directeur, appela de cette décision au conseil du département en termes respectueux, mais assez fermes pour faire comprendre qu*il se sentait soutenu par de sérieuses protections :

Les principes du citoyen directeur sont connus et les nôtres M)ot à l'abri de tout soupçon d*incivisme; mais j'avoue qu'ils ne sont

(I) Arrhit*f9 communales de Fonienaf^t^CtmttclKeiô'^lrt^ de coiTe»|MiwdMDCt de la muoicipalile (i7ip-i8iMi].

pas à la hauteur de ceux de la municipalité de Fontenay, qui veut réduire le programme du thi^àtre à des pièces et à des airs de circonstance.

Que dans les intermèdes l'orchestre fasse entendre des morceaux de musique chers aux cœurs français, cela se conçoit, mais il n'est jamais entré dans la pensée du Directoire exécutif, en réglementant les représentations théâtrales, de proscrire d'un seul coup le répertoire tout entier de notre scène, qui compte tant de chefsd'œuvre. Les œuvres des Corneille, des Molière, des Regnard, des Voltaire, sont faites pour faire aimer les vertus du citoyen et de l'homme privé autant que celles que la Révolution a produites. . .

Je ne doute pas, citoyens administrateurs, que vous n'usiez de votre influence sur la municipalité pour lui faire retirer l'épée de Damoclès suspendue sur nos tètes, puisqu'elle a menacé de faire fermer le théâtre si nous n'obtempérons pas à son injonction (1).

Il n'y a^ dit-on, que le premier pas qui coûte.

Cette première bataille gagnée, Mérienne éleva plus haut ses prétentions. Le 18 août 1798, il réclama au conseil de la commune le droit de donner des représentations « le cidevant jour de dimanche, fondé sur ce qu'il est sans ressources, et qu'il a un besoin pressant de faire des fonds qui le mettent à même de satisfaire aux divers engagements qu'il a contractés avec les artistes qui composent sa troupe» • Que les recettes de notre directeur aient été plus que maigres, on peut l'en croire sur parole. Mais, dans la circonstance, l'intérêt de la caisse n^était pas seul en cause. La discussion orageuse qui s'en suivit au sein du conseil prouva que Mérienne jouait un rôle dans une scène préparée à l'avance, et que la véritable question en litige était le rétablissement des fêtes proscrites. Deux conseillers, Desayvre et Fillon« se firent les défenseurs officieux du dimanche.

(i) Archives départementales de la Vendée, Publi. : Fillon. Archives manuscriies de lu ville de Fontenay-le-Comte.

L'ANCIEN TilÉATRË EN H)ITOl' S4S

Le maire Goichet soutint les principes de Ih Révolution, mais ss défaite fut complète. Il n'eut que la mince consolation de faire voter la transcription du débat au registre des délibérations. Le directeur fut autorisé à Jouer tous les jours indistinctement, « à la charge par lui de représenter avec exactitude tous les décadis et jours defStes nationales (l)». Au printemps de 1800, le préfet de la Vendée répondait & une circulaire ministérielle interdisant Athatie • qu'il n'y avait aucun directeur dans son arrondissement » .

(i) Areh. comm. de Fonlenag-lt-Comle. tttgitirt dei dilibiratioiu dm coMiil de la eommune, anx dUM iDdûiuéM.

Saint-Romain à Niort et à Fontenay-le-Comte. — Théâtre d'amateurs à Niort. — MHe Rolandeau. — Saint-Romain et le curé Fillon. — Lettre de Boieldieu. — Louise Contât, — M. et Mme Fay. — Rosalie Garnicr à Poitiers. — Direction Saint-Fois. — Second passage de Volanges. — Rapport du préfet Cbéroo sur Tétai des spectacles en 1806.

Nous avons laissé Saint-Romain, au mois de novembre 1797, sur la route de Poitiers à Niort. Il quittait sans regret sa ville natale, qui, pour ne pas faire mentir le proverbe, ne l'avait guère traité en prophète. C'était un adieu définitif qu'il disait aux rives du Clain, car il allait trouver dans la nouvelle région où l'appelait sa carrière vagabonde la réputation et la fortune qui l'avaient fui jusqu'alors.

L'itinéraire des troupes ambulantes ne s'était guère modifié depuis deux siècles. Chaque directeur parcourait une région de l'importance de deux ou trois de nos départements, et ce terrain était respecté par ses confrères avec un scrupule qu'explique la crainte de se rencontrer deux troupes à la fois dans la même ville. Saint-Romain avait essayé de la tournée Tours, Blois et Poitiers. 11 allait maintenant exploiter La Rochelle, Rochefort, Saint-Jean d'Angély, Niort etFontenay-le-Comte.

Son premier séjour à Niort fut assez court. Le 21 décembre toute la troupe prenait ses passeports pour Rochefort. Au lieu de s'attarder plusieurs mois dans chaque ville, comme faisaient ses prédécesseurs, Saint-Romain ne donnait qu'une quinzaine de représentations, et pliait bagage

avant d'avoir lassé son public. Avec une régularité parfaite, on le voyait arriver au moment des foires : à Fontenay, en juin et octobre, à Niort, en novembre, février, et mai.

En 1797, au moment où il se mettait en route pour exploiter son nouveau domaine, sa troupe se composait de François Melchior Micallef et de sa femme Anne Nivelette ; d'Adrien Boulanger et de sa femme Jeanne Bourgueil ; de Dominique Lancelin et de sa femme Anne Javot; de Barbe ou Charles Mion, femme Latour, et sans doute aussi de son mari; d'Alphonsine [Porcher -Préville, de Marie Chastener, de Jeanne-Françoise Conclès, femme Belot, et d'Aimé-Guillaume Petitain (1). Plusieurs de ces artistes ne manquaient pas de valeur, et brillèrent plus tard sur des scènes parisiennes. Mais Tétoile de la troupe était à coup sûr Reine-Françoise Duhuin, la toute jeune femme de Saint-Romain.

Par quel concours étrange de circonstances cette jeune fille d'un pâtissier traiteur de Valenciennes se trouvait-elle dans la troupe de Saint-Romain, à l'autre bout de la France? C'est un mystère qui cache certainement un roman d'amour. Reine avait alors dix-sept ans (2j, une figure char-

(i) PasH«port9 de François Melchior Micallef, né h Paris, af» ans; Anoe Nirelelle, femme Micallef, née à Tours, a4 ans; Adrien lioulani^r. ne à Beauraia, 36 ans; Jeanne Bourgtieil, femme Boiilan^rr, nér à lours, 3.) ans; Oominique Lancelin, né à Rennes, 4^ ans; Anne Javot. femme Lancelin, oéc â Saint-Mal<), 49*ns; Barbe Mion, femme Latour, née à Nancj, 49 ans; Alpbonaine Porcher-Préville, née à Paris, a4 ans ; Marie Chastener, née â Bennes, 44 *ns; Jeanne- Françoise r.onrlrA, frmme Belol^ née à Paria, 36 ans ; Aimé-Guillaume Petitain, né à Trévoux, 3(i ans.

(a) Extrait des registres paroissiau.r de Sfiint^jticf/ties^ à Vntenrien* nés. — L*an mil sept cent quatre -viiii^t, Ir douze mars, je, cure tous^iinié, ai baptisé la fille née le jour précédent à cinq heures du soir en légitime manai^ de Jean-Bapliate Duhuin, pâtissier traiteur de sa profession, et de 'ie-Joseph Uemarctx, ses )>ére et mère, habitans de cette paroisae, à la-

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mante, une des plus jolies voix qu'on puisse imaginer. Elle était l'âme de ce gracieux répertoire d'opéra-comique de Délia Maria, de Grétry, de Solier, de Gavaux, de Dalayrac, deBoieldieu, où Saint-Romain puisaità pleines mains. Pendant dix ans, elle charma les amateurs de Niort, de La Rochelle, de Rochefort, de Fontenay, et le succès l'accompagna à Ârras, à Laon, à Douai, à Cambrai, à Boulogne, à Valenciennes, partout où elle se fit entendre, jusqu'à son triomphe final à la Porte-Saint-Martin.

Après le départ de Saint-Romain, la salle de spectacle niortaise servit plusieurs fois à des représentations d'amateurs. Les acteurs de ce théâtre bourgeois appartenaient aux meilleures familles de la ville. C'étaient Jean-Baptiste Rouget de Gourcez et les dames Rouget de Gourcez; Valade, C. Guérineau, Quéray, Louis-Auguste Palustre de Boismé; les dames E. Poudret de Sevret et Quéray. En l'an Vil (1798-1799), on joua, au profit des pauvres de l'hôpital, les Châteaux en Espagne^por Collin d'Harleville, et Céphise ou V Erreur de l'esprit. Le 23 septembre 1800, anniversaire de la fondation de la République, eut lieu une reprise des Châteaux en Espagne, avec M"** Leblois, MM.Valade, Agier, Juin, Vincent Molinière et Leblois fils. Enfin, le 31 mars 1801, à l'occasion de la paix de Lunéville, les mêmes amateurs jouèrent deux comédies dont je ne connais que la distribution: M"" Leblois, MM. Hugueteau- Challier, Chauvin, Agier frères. Juin, Peux, Vincent Molinière et Leblois : le théâtre bourgeois cessa d'exister. Les

quelle oa a imposé le nom de Reine-Françoise; le parrain et la marraine furent François Girard et Marie -Reine- Joseph Lemaire, tous deux de la paroisse de Saint-Géry, le père et le parrain ont signé, la marraine a dit ne savoir écrire (suivent les signatures). — M. Lemattre» à Valenciennesi à qui je dois communication de cet acle de baptême, possède un reçu du 3i octobre 1788, signé : « Dubuin, receveur des spectacles de cette ville. »

Niorlais se Irouvèrenl amplement dédommagés par les troupes que leur amena Saint-Romain (1).

Le 18 octobre 1800 l'imprésario était à Fontenay-le- Comte, où, pour acquitter sa patente de Tan VIII, il versait au receveur le produit de la représentation du Collatéral ou la Diligence deJo'u/ny^ par Picard, et de Adolphe et Clara ou les Deu.c prisonniers^ opéra de Dalayrac. La foire de novembre le ramenaà Niort. Le 1*' décem.bre,les artistes donnèrent la Nuit champêtre ou les Méprises villaf/eoises^ par Magne de Saint-Aubin, et F Opéra comique^ paroles de Ségur et Dupaty, musique de Délia Maria. Le lendemain, le drame de Fenouillot de Falbaire : fHonniUe cr'uninel ou le Galérien par vertu s'accompagna du Secret^ paroles d'HolTman^ musique de Solié. On entendit aux représentations suivantes les Voisins, par Picard, f Impertinent^ la Piété filiale^ paroles de Demoustier, musique de Gavaux. La troupe partit au milieu de décembre pour la Rochelle et Rochefort.

Au printemps suivant, Saint-Romain revint avec ses artistes proGter de raiHuence d*étrangers amenés par la Foire de mai. Le 10 mai, ses pensionnaires donnèrent la Piété filiale^ et Raoul liarbe-bleue, paroles de Sedaine, musique de Grétry. Quelques jours plus tard, la célèbre cantatrice du théâtre Feydeau, M"* Rolandeau, vint en représentation extraordinaire. Du 17 au 28 mai, les Niortais eurent le bonheur d^applaudir cette artiste incomparable, dont la fin

(i) FnArriBfi. Mémoires de la Société de Matisliiiue, f^* «iérie, I. X, p. 67. — Journal ofKciel de» l>€ux-SévreH. — Vrr» U même é|KXjue de» aouiteurt jouèreni nous uue i^raoï^e» à CliMiii|HJeaier», la Mui-t de f.'fsar, par Voltaire. Dupin. Stali»ltque du dé(Mrteiueul des lieux-Sèvrcs. p. aoS.

*>ji;ï

tragique attrista, quelques années plus tard, la France entière (1).

Ce fut pendant dix jours une avalanche de bouquets, de compliments, de petits vers. Un amateur, Th. Olivier, composa la fable du Rossignol vaincu; H. Main écrivit un quatrain pour le portrait de Tartiste dans le Petit matelot^ de Gavaux; un troisième glissa sous son couvert ce compliment galant :

Ce matin le dieu de Cylhèrc

Est venu me dire en secret :

« Ami, je t*appt*ends à regret

(( Que celte jolie étrangère,

« Dont la voix divine et légère

« A fait retentir dans ces lieux

c Les gais accents de la folie

« Et les chants célestes des dieux,

« Retourne aux bosquets d*Idalie.

ce De sa touchante mélodie,

— Dit le fripon malicieux,

«c Si ton âme fut attendrie,

« Moi j'ai surpris dans les beaux yeux

« D'une mpttrcsse assez jolie,

ce Le dépit et la jalousie.

« Tes serments de Taimer toujours,

c( Infidèle, tu les effaces I

€ Hais en changeant ainsi d'amours,

<K C'est demeurer fidèle aux Grâces. »

L'année 1801 vit l'inauguration du nouveau théâtre construit, sur l'emplacement de l'ancien couvent des Carmélites, par l'ingénieur Demetz et le peintre Bernard d'Agescy (2), Le 20 octobre, Saint-Romain eut enfin une salle spacieuse, une scène digne de ce nom. Son répertoire se composa

(i) Dans sa loge le feu prit à ses vétements^et elle pérît dans les flammes sans qu*on pût lui porter secours.

(2) Voir plus loin, chapitre xii.

cel hiver-là, de MaUon à vendre^ Léon ou te Château de y

MontenerOy de Dalayrac; du Calife de Bagdad^ de BoïeU dieu; de VIrato ou V Emporté, de Claudine de Florian, de Pigault-Lebrun ; de la Petite ville, de Picard ; de Cœlina ou V Enfant du mystère, de Ducray-Duminil.

Le f 8 février 1802, les artistes représentèrent une petite comédie en un acte et en vers : CeH le même ou le Triple ronsentement y œuvre d*un auteur niortais. Un jeune officier aspire à la main de Julie, mais Julie veut pour époux un poète, son pfere n'entend lui donner qu'un chasseur, et sa mère un politique. Le jeune homme se présente tour à tour devant ces trois personnages avec le titre qui flatte leur manie particulière, et la pièce finit par le mariage obligé. On s'accorda généralement à trouver cette petite intrigue un peu usée, mais le style était agréable, les vers bien tournés; à la fin de la pièce on réclama l'auteur. Le nom seul de M. de Brémond fut annoncé : Tauleur ne voulut pas paraître (i).

Cette année-là, Saint-Bomain vint, avec sa troupe, jouer à Fontenay-le-Comte pendant la foire de la Saint-Jean, l^s registres de Tétat-civil du 13 juin constatent la venue au monde d'une future reine de théâtre, fille de Jean-Dieudonné Marcillac et de Gabrielle- Anne- Marguerite Doré, tous deux artistes dramatiques. Heine, elle Tétait déjà, cette petite fille, de par sa marraine, Reine Duhuin, la jeune et charmante femme du directeur, qu'assistait pour la circon*

(i) JotnïVAL officiel des Deux Sèvres. — Je pen»e qu*il s'aipt de Jacques- Charles- Alexandre, marquis de Brémond, oé à Niort le 9 août ijOt, décédé dans cette ville le i6 mars 1837. Ancien oTficier de Laral*t)rairon«, il a Tait été nommé sous-préfet par la Restauration, [..es Afjirhes dn l**>i^ f'*«f du \S novembre et du s3 décembre 1784 publient deux piêcesde poésie lé^re de sa eompoailion.

2o4 L'ANCIEN THÉÂTRE EN POITOU

slunce un aulre arlisle de sa troupe, Jacques-Bernard- Augusle Lintener (1).

Il paraît qu'à l'église le curé ne trouva pas de son goût la profession des répondants, car il refusa tout net de baptiser l'enfant si on ne lui amenait des parrain et marraine plus décents. On juge de la colère de Saint-Romain, qui ne parlait rien moins que de remporter l'enfant, et d'attendre pour le baptiser le moment où il aurait trouvé un ministre plus raisonnable. Mais il s'en tint, par bonheur, aux paroles. Le préfet était absent. Un scandale public eût élé fâcheux, et l'opinion à Fontenay aurait donné tort à notre comédien. Saint-Romain attendit une occasion de prendre sa revanche.

Il crut l'avoir trouvée quelques mois plus tard.

Le clergé fontenaisien, qui décidément ne brillait pas par la tolérance, refusa l'entrée de l'église à la dépouille mortelle de Nicolas Tronsson, pharmacien, un des anciens acteurs de la Société populaire (2). Saint-Romain apprit l'événement à Rochefort, et, sans perdre un instant, il écrivit à l'évêque de la Rochelle pour en demander réparation.

(i) Extrait des registres de V état-civil de Fontenay-le-Comte, — Du 24 prairial an X . — Acte de naissance do Reine, née le jour d'avant hier, vingt-deux du courant, à six heures du soir, fille légitime du citoyen Jean- Dieudonné Marcillac, artiste dramatique, et de la citoyenne Gabriel le-An ne- Marguerite Doré, de présent en cette commune. Le sexe de renfant a été reconnu être féminin. Premier témoin le citoyen Jacques-Bernard-Auguslc Lintener, artiste dramatique, âgé de vingt-huit ans. Second témoin, la citoyenne René-Françoise Duhuin, épouse du citoyen Saint-Homain,artisle dramatique, âgé de vingt-trois ans, de présent en cette ville. Sur la réquisition à nous faite par ledit Marcillac et ont sign6 (Suivent les signatures).

(2) Intermédiaire des chercheurs et curieux, XXIV, ^1^0,5^^, C4i, 733 ; XXXV,i46. — Nicolas -Michel- Léonard Tronsson, pharmacien, filsde Nicolas Tronsson, procureur à Chartres, avait été un des acteurs du théâtre de la Société populaire. Il avait épousé Louise Dehureau, sans doute fille de la citoyenne Dehureau, qui avait accepté les fonctions de receveuse du spectiicle. Il n'avait en mourant que vingt-sept ans (21 septembre 1802).

Nalurellemenl il joignit le refus de baptême au refus de sépulture, et Taffront qu'il avait sur le cœur à celui dont rinforluné Tronsson n*avail garde de se plaindre. Pour corser sa vengeance, il en 6t part à son ennemi le curé :

Rochefort» 6 bramaln an XI.

Monsieur le curé de Saint-Jean, Pontenay-le-Peuple.

La conduite scandaleuse que vous aves tenue en refusant la sépulture aai restes inanimés de Tinforluné Tronçon» el le l>apiéme i l'en* fani d*un comédien^ en renvoyant contre le bon sens et sous le plus spéeieui prétexte que le parrain et la marraine étaient des cornédtieni, mérite d*étre connue et sévèrement réprimée.

Le Journal officiel nous snnonce aujourd*huy le châtiment infligé au curé de Saint-Roch» qui, méconnaissant, comme vous, les devoirs de son ministère, a fait fermer la porte de Téglise à msdemoiselle Ctiameroy, artiste du théâtre des Arts. Je vous préviens, monsieur^que pour obtenir réparation des outrages faits par vous à rbuménilé, je ferai connaître à toute la France, par la voie des journaux, votre conduite, contraire aux principes de TEvangila et aux lois du Concordat, que, malgré qu*tl >ous ait tiré du néant voos méconnaisse! déjà .

J'instruis H. révéque de la Rochelli* des faits cy-dessus énoncés, et j*espère de sa vraie religion et de sou équité qu'il vous rappellera aux vrais principes de vos devoirs.

SAnT'HoMAl.N,

directeur da spectacle.

Par malheur, Saint-I\omain sYlait trompé de curé. Ce n^était pas celui de Saint-Jean qui avait refusé les prières de rÊglise aux restes de Tronsson. Sur les représentations du maire de F*onlenav, Sainl-Iiomain dut reconnaître ses torts, mais il le fil en des termes qui aggravaient encore Toutrage :

N'aimant pas i laisser peser sur un innocent une injuste

aoeosation, je m'empresse de rétraclor celle que j'ai répandue contre vous» monsieur le curé, et de dcVlarer que je rrgretle d'avoir été

mal renseigné dans cette malheureuse circonstance en vous aUrtbuanl la faute d'un de vos collègues. Mais, monsieur le curé, si vous n'êtes pas coupable de cette mauvaise action, je ne puis me dispenser de vous dire que vous n'en avez pas moins manqué aux règles de la charité chrétienne, à la morale évangélique et aux lois de la République, lorsque vous avez refusé d'accepter pour parrain et marraine de l'enfant d*un comédien un citoyen honnête et une femme respectable, mon épouse légitime (1), parce qu'aussi eux sont comédiens....

Vous nous avez fait un affront public, sans nous connaître, sans vous dire qu'il y a des braves gens dans tous les métiers, parmi nous autant que parmi les artisans, les prélats, les campagnards ou les bourgeois, et qu'un comédien honnête homme vaut mieux qu'un bigot fanatique et ignorant.... (2).

J'ignore si Saint-Romain vint jouer à Niort au cours de Tété 1802. On ne reconnaît pas, dans les pièces représentées pendant les mois de juin et de juillet, le répertoire habituel de notre directeur. Il est à croire que la salle de spectacle fut occupée par une troupe de passage. Le public entendit successivement le Petit Poucet ou VOrphelin de la forêt, de Cuvilier et Hapdé ; le Pèlerin blanc; la Forêt Noire; Geneviève de Bradant. Les connaisseurs protestèrent, mais Œdipe à Colone, de Marmontel, s'étant joué devant des banquettes vides, les artistes continuèrent à servir au public des plats de son goût.

Au printemps 1803, Saint-Romain fît entendre à ses abonnés un artiste en renom, Antoine Bianchi. « Il signor Bianchi, premier chanteur italien attaché à la cour de

(i) Saint- Romain n'est pas tout à fait de bonne foi quand il parle de son épouse cf légitime » . En réalité, il n*épousa Reine Duhuin qu*à Boulognesur-Mer, le 4 janvier i8og, après qu'elle lui eût donné cinq enfants: Julie, née à Rochefort, le 5 mars 1798; Marie-Sophie, née à la Rochelle, le 4 janvier 1800; Enlnlie, née à la Rochelle, le 3i mars 1801 ; Biaise- Camille- Honoré, né à Rochefort, le i4 février i8o5; Reine- Françoise, née à Valenciennes, le 4 septembre 1808. — Bégis. Intermédiaire des chercheurs. XL, 844.

(2) Publ. : FiLLON. Arch. hist. de Fontenay-le-Comle.

P ruspe, et sortant de rOpéra-BoufTe de Paris n «donna quelques représentations à Niort, au mois de Février, et suivit sans doute Saint-Romain à Fontenay, quand il y transporta sa troupe le mois suivant (i).

C*est là que notre directeur reçut cette jolie lettre de Boïeldieu qui prouve en quelle estime il était tenu dans le monde des arts:

!f nurt 1803.

Je n'ai rien à vous refuser, mon cher ami, du moment qu'il ta pour vous et vos camarades de la réussite de votre campagne. Je vous autorise à inscrire à votre répertoire la Dot de Suiette, Beniowski, Zorafmeet Zulnare^ et le Calife de Bagdad. L'autorisation ne peut aller, quant à présent, jusqu'à Ma tante Aurore, dont le privilAge appartient au théâtre Feydeau. Adretsez-vous au directeur i qui je dirai un mot en votre faveur.

Vous êtes bien inspiré de m'écrire dans ce moment; quinze jours plus tard, votre lettre me trouvait parti pour la Russie avec Ijimarre et un autre de mes amis. Vous n*ètes pas sans savoir la cause de cet exil volontaire. Quand on est imprudemment tombé dans une fiMse avec une béte carnassière, il est encore préférable de se sauver par la première corde venue que de s*y laisser périr.

La seule recommandation que je vous fasse est de veiller à ma réputation. Que les mélomanes de Fontenay-lo-Peuple ne trouvent pas ma musique trop mauvaise en passant par le gosier de vos acteurs, je ne puis demander mieux. Un compositeur tient à Tappro* tiation de tous les publics, en province comme i Paris.

Vous vous moquez, mon cher Saint-Romain, déparier de droits

(i) Les peoftioonats de Niort vîoreni à plusieurs reprises donner des re* présenUtions dans la salle de la rue de la Juiverie. l^ 7 mai i8oo,les élèves de Boulin, dit Parget, y jouent la pastorale àEratte^ avec A«jrn<ir ini ia Vertu récumpenâée, \jt 11 avril 1800, les pensionnaires de l'école centrale j refirésenleni CHeureiiMe journée ou la Pni.r^ A-propos sar la paix de L«unéville, par Aui^uste Peux» surveillant de l'Kctile. Le lendemain, les élèves de Robin jouent (irètjuire ou le Fun.r dur de Hourtjntjne, 1^ 18 août i8o3, r Enfant pnutitjue^ du père ï>u Orcesu, et te Surtilèije nalum ret^ de Berquin A Funtenay. le directeur de rKritle secondaire, G. (Mmereao, fit jouer par ses pensionnaires plusieum pièces de sa cnnipcmiiion : te Jeune yo/iear, comédie ; Darius on tes tlourtitant puma, drame (3 1 août iHo4); te Sit^ge de nattytone, drame avec ch<eurs (3i aoùl iHik'i),

d'auteur. Je me suis trop habitué à tirer peu de profit de mes œuvres pour être exigeant avec mes amis, et je serais mal venu d'exiger un salaire en échange du petit service que je vous rends. Vous avez trop généreusement agi envers M"« Lamarre pour que je ne saisisse pas avec empressement cette occasion de vous indemniser quelque peu de vos nombreuses avances.

Bonne chance, mon cher ami; n'oubliez pas Texilé.

BO1ELD1B0 (1).

L'autorisation de jouer Ma tante Aurore se fil un peu attendre, mais le 22 mars 1804, les Fontenaisiens purent voir afficher le gracieux opéra-comique avec Michel-Ange^ et la Fausse magie ou les Bohémiens, de Grélry (2).

En attendant, Saint-Romain s'assura le concours d*une étoile de première grandeur. Après une reprise malheureuse de Calas, de M.-J. Chénier, qui faillit soulever des querelles comme aux beaux jours de la révolution, Saint-Romain engagea, pour quelques représentations, Louise Contât, la célèbre soubrette du Mariage de Figaro. Elle joua sur le théâtre de Niort du 17 au 24 février 1804.

L'enthousiasme fut au comble. L'exquise artiste se fit applaudir successivement dans ses meilleurs rôles du Théâtre français : les Fausses confidences^ le Legs ^ de Marivaux; la Femme jalouse^ de Desforges ; Auguste et Théodore ou les Deux pages, de Dezèdeet Mantaufeld; le Mariage de Figaro, la Mère coupable^ de Beaumarchais ; les Femmes, de Demoustier; les Trois sultanes^ de Favart; le Vieux célibataire^ de Collind'Harleville; la Gageure imprévue ^ de Sedaine ; le Cercle ou la Soirée à la mode^ de Poinsinet; Claudine de Floinan^ de Pigault-Lebrun.

 la représentation d'adieux, on jeta sur la scène un bouquet d'immortelles avec ces vers d'un poète niortais:

(i) Publ. : FiLLON. Arch. hist. de FoDtenay-]e-Comie.

H'inneor du théâtre français, y

Contât, ô nouvelle Thalie,

Toi, qu*à nos (heureux) Niortais

Aujourd'hui Paris même envie;

Semblable à la Divinité,

En tous lieux tu répands la vie.

Et jusques dans notre cité

Tu veux bien que Ton apprfeie •

Le naturel, la vérité,

Qui font la bonne comédie.

On t* admire, on est enchanté.

Et Pon t*aimo à l'idolâtrie....

Mais, de nos cœurs reconnaissans,

Pour t'offrir le tribut fidelie,

Nous n*avons ici queTenceos

Ou la fleur qu'on nomme immortelle

Prends donc, prends ce simple bouquet :

Il piMut le souvenir aimable,

Et d'un talent inimitable,

Et du plaisir qu'il nous a fait.

Je ne trouve rien à citer dans les années qui suivirent. Saint-Romain continua à venir périodiquement distraire les Niortais êl les Fonlenaisiens. A la Gn de décembre 1805, il offrit à ses abonnés : Vhle déxerUy traduite de Métastase a par un habitant de Niort ». La pièce fut peu goûtée. La musique composée par Langlet la sauva seule d'un désastre.

Le 8 juin 1806 parut le décret de Napoléon réglemen* tanlles théâtres dans toulle royaume, suivi, le 25 avril 1807, d*un règlement du ministre de Tintérieur, Champagny. La nouvelle loi désignait toutes les villes de THmpire qui pouvaient entretenir des troupes permanentes, et celles qui ne pouvaient soutenir un spectacle qu'une partie de Tannée. Ces villes secondaires étaient réparties en vingt-cinq arron-

dissements dont Texploitation était confiée pour trois ans & un directeur privilégié.

Ce règlement n'entra en activité qu'au renouvellement de Tannée théâtrale, c'est-à-dire au mois d'avril 1808. En attendant, les préfets furent chargés d'assurer une organisation provisoire dans leurs départements. Saint-Romain conserva le privilège des spectacles dans les Deux-Sèvres, la Vendée, la Charente-Inférieure. Il y joignit même le département de la Charente qu'il n'avait pas encore exploité.

Pour ses adieux au public, il engagea M. et M"' Fay, du théâtre Feydeau. Les deux célèbres artistes chantèrent Guinareou F Esclave persane^ Alexis ou t Erreur d'un bon père^ de Dalayrac ; Raoul Boî^be-bleuey le Calife de Bagdad^ de Boïeldieu ; les Prétendus, de Gaviniès; le Médecin turc ou le Fou supposé, de Nicolo ; Aline, reine de Golconde, de Berton ; Œdipe à Colone^ de Grétry ; la Belle Arsène, de Monsigny (1).

En janvier 1808, la protection du comte Regnault de Saint-Jean d'Angély lui fit obtenir la direction du 21' arrondissement, comprenant le Pas-de-Calais, le Nord, l'Oise et l'Aisne. Au mois d'avril, il abandonna cette région du Poitou et des Charentes qu'il avait parcourue quinze ans, et qui lui avait permis, avec des alternatives de déboires et de succès, d'amasser de notables économies et de se faire un renom mérité de directeur habile (1).

(i) Au mois de janvier et de février 1808, la troupe des Jeunes artistes, sous la direction de Mme Luat, donna des représentations à Niort et à Fontenay. Elle se composait d^enfants de dix à quinze ans, qui jouèrent les Maris garçons y Une folie, la Nuit champêtre, les Petits Savoyards, la Contribution militaire (Affiches de la Rochelle, la février 1808).

(a) Clouzot. Saint-Romain, comédien de province et directeur de la Porte-Saint-Martin . Revue d'art dramatique, oct. et nov. 1900.

Revenons maintenant de quelques années en arrière, et voyons ce qu'était devenue la scène poitevinei depuis le moment où l'avait délaissée Saint^Romain.

Après ce départ, en 1797, le thé&tre de Poitiers fut plongé dans le marasme. Plusieurs directeurs firent de vaines tentatives pour s'y maintenir. EnBn, au mois de juillet 1799, des artistes plus courageux rouvrirent le speclade, et n'eurent pas lieu de s'en repentir.

Un petit journal littéraire, le Portefeuille des darnes^ rédigé par Briquet et Tabart, s'est fait l'historiographe de cette saison théâtrale sans lendemain.

Jamais Poitiers n'avait vu une telle pléiade d*artistes. Nous y retrouvons la charmante Rosalie Garnier, devenue tt citoyenne » Garnier-Josse. Comme à Niort, elle est l'étoile de la troupe, et le Portefeuille des dames en trace un portrait flatteur :

« .... Dans le drame une sensibilité douce et attachante, la manière la plus vraie, de la noblesse dans les mouvements, de la science dans le maintien, une figure embellie par les pleurs ; dans l'opéra, un jeu plein de finesse et de vivacité, une voix faible, à la vérité, mais conduite avec un goût exquis, partout la connaissance du théâtre, toujours un organe flexible et touchant: voilà ses droits aux applaudissements qui lui ont été prodigués à chaque scène. »

Ajoutons que, excellente musicienne, elle avait assez de talent pour exécuter en scène une sonate de Pleyel ou l'ouverture de Panurge^ quand la pièce appelait un morceau de piano.

Une aussi charmante artiste ne pouvait manquer d*ëtre coquette. La chronique médisante eut plusieurs escapades

à lui reprocher, et le Portefeuille des dames ne se fil pas faute d*en amuser ses lecteurs:

« La citoyenne Garnier-Josse a répandu ces jours derniers le deuil au théâtre de cette commune. Elle venait de jouer dans la pièce célèbre de Paméla où se trouve ce vers que la vertueuse fille d^Andreuss doit prononcer avec feu :

Permettez qu'à l'écart j'aille cacher mon trouble.

« Nous avons bien entendu dire que les grands acteurs s'identifiaient avec leurs rôles, et que Lekain, quand il jouait une tragédie, traitait en roi ses camarades étonnés jusque dans les coulisses : mais que, pour aller cacher son trouble^ on fasse un écart de Poitiers à Sainte-Maure, jamais on ne vit écart aussi écarté. Il faut que M"* Josse ait eu un grand trouble à cacher (16 septembre 1799). »

Comme les bons mots n'ont jamais corrigé personne, cette pointe du Portefeuille des\dames n'empêcha pas, quelques mois plus tard, un nouvel écart de Rosalie Garnier. Mais comme le journal en avait encore fait des gorges chaudes, l'amour-propre de l'artiste s'émut. Il fallut des excuses en vers pour fléchir son courroux, et lui faire reprendre sa résolution d'abandonner le théâtre:

Quoi 1 cette Gulnare charmante.

Qui par mille nouveaux talens

A répandu dans tous nos sens

Un feu brûlant qui nous tourmente;

Cette esclave si séduisante,

Dont les yeux, le geste, la voix,

A DOS cœurs ont dicté des lois,

Nous menace dans sa colère

De nous dire adieu pour jamais !

Si tu nous quittes, Rosalie,

Hélas I qui nous consolera

De cette Clara si jolie ?

Si la pars, eh ! qui noos rendra L^intéressaotc Paméfa, Cette Suianne si naïve Qai par sa gaité francheet tîto.

Fait contraster si joliment Le ton bourra de son amant; DePlorian, Thumble Claudine; Cette Miller dont la douleur Pénètre et déchire le coMir; Et la sensible Caroline Et cetera, et cetera ?

A cdlé de la gracieuse transfuge, on applaudissait les citoyennes Desjardins-Michel, Moulin, Saint-Hilaire Duval(l), Brunessault; les citoyens Bellemont, Lesage, Hénique, André, Sainti, de La Perrière, Laroareil, et surtout Cochëse, grand premier rôle, dont les succès inspirèrent la Muse poitevine :

De ton juste courroux contre ton infidèle.

Tu fais également partager les transports :

Ce qu'on attend de toi, ton talent le décrie ; Auftsi vois-tu toujours couronoer tes efforts. Au besoin cet air froid, ce sombre caractère; Ce que tu dis à Tàme en pardonnant en père; Tant d*art, tant de moyens captivent les esprits. Et jVn pr<*nds à témoins tous les coeurs attendris. Ce n'est pas tout : bientôt la scène est différente. Si Menau fait pleurer, Orette m'époavante* Dans tes yeux, tes n^rds, dans tous tes traits enfla Jusqu'au fond de ton cœur on voit un assassin. . • Et ces remords affreux auxquels tu t'abandonne,

(i) Celait, je peoM, U directrice de la troupe. Rlle evploîuit depuis deux ■•a le tbéAire d*Aoii^ni, avec un certain Noipiret, dit IVvilliert.La Utmpe comprenait drjà plusieura des artistes de Poitiers: Pierre (x>ch^ae,Ktienoe- .Marie Galliot-l^esai^, Monique et sa femme et Rosalie tiamier, qui eut rbouoear de présenter une couronne au irèneral Kellermann,i la repre«^nla« lioo dtt 10 novembre 1798. V^usauAU LAMsaiB, Notice sur le theAlre d'Ao» géra. Ançerg^ 1889, in-8, p. i53et suiv.

Autorisent Téloge et les pleurs qu'on te donne. Mais ailleurs quel es-tu ? quel adroit corrupteur Saisit avec plus d'art le ton d'un séducteur ? Oui, ton jeu provoquant en moi la défiance, Je crains de condanjner Geneviève en souffrance ; Et je sais bien pourtant qu'en ton lâche courroux Tu me trompe et m'abuse ainsi que son époux.

Je finis : qu*on se garde eu ce qu'on vient de lire De croire que c'est là tout ce que tu m'inspire. Gochèse, le public ne sera point surpris S*il apprend que c'est toi que vantent mes écrits. Les Muses de mes vers ne seront point blessées. Je dirais à celui qui fronde mes pensées :

Ainsi que la beauté, la verve a ses travers, Les talens sont bien faits pour inspirer des vers.

Par le citoven Doré fils atné.

Cette longue tirade donne idée des pièces jouées à Poitiers pendant la saison théâtrale 1799-1800. Le répertoire, fort varié, embrassait à la fois Topéra-cômique^ la comédie, le vaudeville, le mélodrame.

Les artistes représentèrent le Petit Matelot^ de Gavaux ; le Secret^ de Solié; Alexis ou f Erreur cTun bon père^ Ambroise ou , Voilà ma journée^ Adolphe et Clara ou les Deux prisonniers^ Gulnare ou V Esclave persane^ les Petits Savoyards^ de Dalayrac; le Tableau parlant, Lisbeth^ de Grétry; le Prisonnier ou la Ressemblance, de Délia Maria; la Dot de Suzette, de Boïeldieu.

Les Deux amis, Eugénie, la Mère coupable, de Beaumarchais ; les Châteaux en Espagne, le Vieux célibataire, de Collin d'Harleville; la Femme jalouse, de Desforges; Clémentine et Desorme, de Monvel ; Charles et Caroline, Claudine deFlorian, de Pigault-Lebrun; les Deux frères, de Rochefort ; Pamèla ou la Vertu récompensée, de François de Neufchâteau.

LANCIEN THKA THB EN POITOU iSS

Im Rencontre en voijaye^ île Pujoulx el Bruix ; Il faut un état ou la Iterue de fan V/, de Léger, Charzel el huliau ; le Mariaye du Capucin, de Pellelier-Volmeranges.

fp/iiffénie en Tauride, de Guymond de la Touche.

La Forfit périlleuse ou les liriyonds de la Calahre, de Loaisel-Tréogale; Genevih*e de Brahant; Marianne ou la Tendresse maternelle, Eléonore ou t Amour con/ut/al, d<* Bouilly.

J'allais oublier Misanthropie et repentir^ la célèbre pii*ce de Kotzebue^ adaptée par M*' Mole, dont le succès à Poitiers scandalisa les pères de famille :

<t En vérité, citoyens, écrivait Tun d*eux« vous jouez comme des anges, mais vous nous donnez des pièces, il faut le dire, très démoralisantes... On court voir Misanthropie et repentir, la Mère coupable, et puis on se rend, on s'écrie : « Oh ! quelle vertueuse femme que M** Muller, que cette comtesse Almaviva ! Leur repentir est édifiant. comme elles réparent leur faute! » On a Tair de vouloir pécher pour avoir un aussi superbe moment de contrition. • . Déjà nos dames secoifTent au repentir ou & ta Huiler, et nous, apparemment, seront coiffés ii\i pardon ou à ta Menau. »

A la fin de janvier 1800, Leroux, pensionnaire de TAcademie impériale de musique, vint en représentation à l\)itiers. Il se fit entendre dans Œdipe à Colone; les Prétendus ; la Caravane et les Deux billets.

Deux auteurs locaux, le mtme hiver, tentèrent la fortune des planches.

1^ premier, officier supérieur de séjour k Poitiers, Ht jouer, le 29 octobre 1799, un mélodrame en vtTS inlilulé Adélaïde et Adrien. 11 obtint un succès de fnu rire sur

266 L'ANCIEN THÉATAfi EN POITOU

lequel il ne comptait guère. Un railleur composa une parodie de la pièce sous le titre de Colombine et Arlequin^ et les rieurs s'en donnèrent de meilleur cœur encore.

Cet insuccès n'empêchapas un second amateur démettre à la scène un drame en quatre actes : Alexis et Clairette ou la Maisonnette dans les bovt. La curiosité y attira une foule de spectateurs; la salle était pleine; on s'y pressait^ on s'y portait, les dames surtout s'y disputaient le terrain» La montagne accoucha d'une souris. Le sujet était tiré, et quelquefois copiée du roman du même nom. C'était le mer*veilleuxà la mode du jour : des cavernes, des souterrains, des tombeaux, des vengeances, des poignards, des sentences, des voleurs, et... des sifflets (15 février 1800).

Après cette saison 1799-1800, nous perdons notre guide fidèle, le Portefeuille des Dames. Au premier rayon de soleil« le petit journal disparut. Désormais, sur le terrain dra-matique poitevin, nous n'allons plus avoir que de maigres glanes à récolter.

Le 7 juillet 1800 on jouait Calas^ de Chénier, le grand succès de 1793. Mais les temps sont changés. On se pressait jadis aux représentations. On retenait des loges dès la veille, on négociait les billets comme des effets de corn» merce : « Maintenant, dit le Journal de Poitiers^ le vide est dans la salle de spectacle ; on abandonne des acteurs de talent pour se ruer aux portes des bateleurs. >» Les artis* tes ne purent lever la toile.

La troupe de l'hiver 1801-1802 avait à sa tête François Trouillet, dit Saint-Fois, l'ancien directeur des spectacles de Niort, Fontenay, Saint-Jean d'Angély, La Rochelle et Rochefort (1). Au mois de juin, la veuve Hénique prend

(i) Pendant le carnaval iBoi, oo jouait la comédi6 à Poitîors cheft

possession de la comédie (() après un inventaire détaillé des décors et du mobilier.

L'année suivante Sornier^-D'uplan, artiste du théâtre de Heims, et la dame Aubry» du théâtre de Poitiers, obtiennent le bail de la salle de spectacle.

Puis c'est un certain Cajon, maître de musique^ et sa femme Bidault^Deschamps, qui sont déclarés adjudicataires moyennant la somme de 1800 francs. Cétait plus qu'ils ne pouvaient payer. Ils repassèrent leur marché à Saint^ Fois qui obtint, le 21 février 1804, une réduction de 600 francs pour la saison à venir.

Mais le théâtre n'était plus ce qu'il avait été. Le règne des assignats était fini. Autrefois le peuple, qui ne tenait point au papier-monnaie, assiégeait les guinguettes, les cafés, les spectacles. On payait une loge 120 francs, 500 francs un billet de parterre. Maintenant qu'il fallait présenter au guichet des espèces sonnantes, le public se faisait tirer l'oreille. Saint-Pois ne put soutenir l'entreprise. A la fin de l'année 1804, il déposa son bilan. L'infortuné directeur avait consenti des abonnements à des amateurs qui, n'allant que rarement au spectacle^ vendaient leurs billets h vil prix. Ils ne s'en servaient que lorsqu'on donnait une pit>ce nouvelle. Ces jours-là, avec une salle garnie, la recette était presque nulle.

Pendant les trois derniers mois de sa direction, il fit représenter le Père de Famille, de Diderot ; Finelon^ de Chénier ; Jftf/a/n>,deLaHarpe; la Coquette roi'rufée,d%lAiLio\ie;

Ma* de Vareîlles. Une société triée ««isUtait seule su spectacle. I^e mercredi était le jour rhoîsi pour les rrprê*«eiitjilii>iiH. Aprèn le «iperlacle, on dansait « juaqu*à dix heures i>. Lrttre mmvttvrtfe de Urnrtrttr d^g .l/i* nêrrr$^ dan» ma culleciiou.

(t; Voir plus loin, chapitre xii.

la Feinte par amour ^ de Dorât; Lodoiska ou les Tarlares bien faisants j de Kveulzev ; Paul et Yirginie^ de Lesueur; M. de Saint-Charles ou V Homme comme il y en a peu, par de Guernwalde; Racine avec ses enfants^ par Jaquelin; Bélisaire ou le Grand homme et le malheur^ par Boullault, Saint-Amans et Aumer.

Le 2 décembre 1804, à Toccasion du couronnement de Napoléon, on représenta une pièce de circonstance, le Double couronnement^ composée par Chevalier, un des acteurs.

Après le départ de Saint-Fois, les artistes se constituèrent en société, et prirent le théâtre à leur compte. Chevalier fut choisi comme directeur, et la troupe resta composée de Pompée, Nachon, Baudrier, Bayle, Ménétrier et de M"" Chevalier, Letellier, Bréneseau, Duperron et la petite Fanny.

Pour assurer les recettes de la société, les artistes firent appel aux mélodrames et aux pièces à grand spectacle. Ils jouèrent :

Le Petit Poucet ou l'Orphelin de la forêt, par Cuvelier el Hapdé; Gustave Va^a ouïe Libérateur de sonpays^ par Duclairon, d'après Brooke; Rosa ou V Ermitage du tojrent, par Pixérécourt; ia Forteresse du Danube; F Enfant du malheur; Fitz Henry ou la Maison des fous, par Perrin et Pain.

Ils y joignirent des variétés comme Nicodème dans la lune, de Beffroy de Rigny; Drelindindin ou le Carillonneur delà Samaritaine, par Henrion et Servières; la Leçon conjugale ou VAvis aux maris, par Chazet et Seivrin; les trois Fanchons ou Cela ne finira pas, par Bonnet et de Jaure; Six lieues de chemin ou le Premier venu^pav Yiai;

LANGIEN THÉATRB BN POITOU S69

la Matinée et la Veillée rillaf/eoise ou le SaAot perdu, par F^iis et Barré.

Enfin des comédies du réperloire: P Avare, les Femmes savantes. Tartufe; le Vieux célibataire, parCollin d'Harleville ; le Philosophe marié, le Dissipateur, par Deslouches ; le Jeu de Pamour et du hasard, par Marivaux ; la Métromanie, par Piron; V Homme à bonnes fortunes, par Baron ; la Coquette corrigée, par La Noue; la Femme jalouse, par Desforges; les Femmes, par Desmoutiers ; VAbbé de PEpée, par Bouilly (1).

Le critique dranoatique du Journal de Poitiers reprocha amèrement à ce répertoire de donner trop de place aux mélodrames et aux pièces à grand spectacle, aux dépens des chefs-d'œuvre du thédtre français. La seule justification possible, pour les acteurs, était de publier Télut des recettes. i^s chiffres prouvèrent que, si le reproche était fondée le mauvais goût du public poitevin y était bien pour quelque chose.

L'Enfant du malheur avait produit 557 francs ; Drelin-dindin, 605 francs ; Rosa, 350 francs ; le Petit Poucet, 560 et 350 francs.

Par contre, le Philosophe marié ne fit que 53 francs ; la àtétromanie, 160 francs; V Homme à bonnex fortunes, 300 francs; la Coquette rorriyée, VA rare, les Femmes saranîes, le Tartufe, la Femme jalouse, le DUùpateur, le Jeu de r Amour, 180 francs Tune dans Tautre.

Avec de pareilles recettes, les artistes en société ne devaient pas faire fortune. Opendant, ils reçurent, à leurs

(f) n faiil, je pcniir, ajouter ù cette lUte une piêre d un autrur h*cn\ M... <î. .. /*•* A/fpfirrnr^M fr*»mftfttxr.t nu l^t h'fmti.r rfiintt, rfniiédie en deux acUM, eu prose, au XII (iH<>)). Ot te pièce, reniée nuinusirrite, r%X citée daoa une note de llonaerireot .

débulsun renfort précieux. A la fin de janvier 1805, Volanges revint donner quelques représentations à Poitiers. Le créateur de Janot parut dans Drelindindin, dans Boniface Pointu et sa famille y de Guillaumin, où il rentipiissait tous les rôles, dans les Battus payent V amende ^ la célèbre pièce de Dorvigny, qu'il avait jouée plus de quatre cents fois de suite aux Variétés amusantes. Mais Volanges avait vieilli. Les connaisseurs ne retrouvèrent plus le Janot d'autrefois. Un d'eux écrivit : « Voilà un grand homme qui a survécu à sa gloire (1) I »

Le 5 mars 1805, Chevalier fit jouer à son bénéfice une comédie en un acte : le Voilà parti! dont il était l'auteur. La pièce fut trouvée agréable. Le 5 janvier 1806, les journaux relatent un nouveau succès du comédien-auteur. Ce soirlà, en rhonneur d'Austerlitz, il fit représenter la Bataille des trois empereurs. La pièce fut rejouée le dimanche suivant avec la Paix ou le Retour de Lycas^ vaudeville où Baudrier, un des artistes de la troupe, avait intercalé des couplets de circonstance.

Ce mois-là, le Tartufe de mœurs ^ de Chéron,eut trois représentations successives. L'auteur venait d'être nommé préfet de la Vienne. C'était une délicate flatterie des artistes que de remettre son œuvre à la scène. La pièce, d'ailleurs, avait eu un réel succès à Paris^ où elle avait été jouée en 1789 sous le titre de V Homme à sentiments ^ puis, plustard, sous celui de Valsain et Flormlle. La première représentation^ à Poitiers, se donna au bénéfice des pauvres. La seconde fut accompagnée d*un lever de rideau en deux actes d'un étudiant de la ville, qui avait déjà fait jouer avec un

(i) Il Q*y survécut .pas longtemps. Le mathtureux cofnédien moanit trois ans plus tard à Marseille, dans un état voisin de la misère*

L'ANCIEN THÉÂTRE EN POITOlî «71

certain bonheur, /p Poète rampaynard. Ce nouvel essai fut moins bien nccueillî. On trouva le plnn ingi-nieux, les vers bien tournés, mais In peinture du Peut maître parisien parât mal rendue. L'iiuteur n'avait pas été à même de contempler l'original.

Au mois de mars suivant, une autre pièce locale, Montiettr de la Hrégaudu^re , échoua piteusement par la faute des acteurs, qui ne savaient pas leurs nttes.

Un rapport du préfet Chéron nu ministre nous montre le triste état des spectacles dans son département, à In dnte où nous sommes parvenus. La compétence indiftcutable de l'auteur du Tartufe de mieurt donne h ce document une autorité toute spéciale :

R La ville de Poitiers est la seule où il y ait annuellement une troupe de comédiens, mais elle n'est gut-re suivie que pendant l'iiiver et partie du printemps. L'été et l'automne cette troupe circule dans les dépnrtemenls cireonvoisins, et quelquefois à Châtellerault, ville de ce département qui. aprt'3 Poitiers. lui offre le plus de rcssourcfs.

« La population de Poitiers, le peu de fortune en général de ses hnbitnnts, ne pourraient produire des recettes assez aliondantes pour y entretenir deux troupes h In fois, et mrme pour y en maintenir une pendant toute l'année.

n Après le chef-lieu, ChAlellerault et LouJun sont les feules villes qui nient cliacuna un IhéAtre il), mais il fnu-

(i) L'ahnence de mIIc do Hprrtarlr D'rlail pa» (uujnuni un iilnUrlp au KJour ira tmapr^ de roinr<lii>nii. Kn ■rxll-srptrmhrr iN<>i, W arli«(i>« du tbeillre de* Varir(r« de ItordrauK rUirnI Ù Lu.jko. 1I< rrrirriil dr r.-llr vîllr an maira d'Aïucrr* pour annnnrrr Iriir arrivrr. I.j Iroupr te c<>iii|>iiMil de Slorktryt. DrvrriD'inl, l>rliiri;r, Saînt-Ki miionl, ljr«ml, Aui:ii>tP. Anfion, rt Ira daniC!) Julir Danmurl. rriiiinr Itrlurirp. ((rïrpm.piit, t^f»r»M, Saint-K>rriiiuiil rt Jn-iophiiii- (Mi ini ..r l.minii.N.-ii.-r «ur le ilii-.nr.d'Auffm, (). iSi.) Le il'i juin rHo.'i.niir Iruujx- du nii'mr tlir.'ilrr, diriiii-r |>«f

drail que la troupe qui irait s'y établir fût peu nombreuse et n'y prolongeât pas son séjour au delà de deux ou trois mois au plus. Les autres chef-lieux, tels que Montmorillon . et Civray, n'ont jamais de spectacle, à moins que ce ne soit quelques troupes de bateleurs qui s'y rendent pendant le temps de foire et dont le séjour [^^ne se prolonge guère au delà » (16 août 1806).

Le département de la Vienne fut rattaché au 9^ arrondissement théâtral avec les départements de la Haute-Vienne, de la Corrèze, de la Dordogne et de la Charente. Bonnet- Beauval, correspondant de l'Institut, en fut nommé directeur breveté.

Les départements des Deux-Sèvres et de la Vendée formèrent le 10' arrondissement avec la Charente-Inférieure. Ferville en reçut la direction, et céda le privilège presque aussitôt à Cocatrix de Franlieu.

Enfin, à la réorganisation de 1813, tous les départements de l'ancien Poitou : Vienne, Vendée, Deux-Sèvres, furent réunis dans un seul arrondissement, le 27% dont Sornier- Duplan obtint le privilège. Sa direction ne fil pas oublier celle de Saint-Romain.

Dumoulin, demanda à venir jouer àFontenay pendant la foire. Aux Sables. d'Oionnc, les amateurs qui composaient la Société des concerts se réunissaient dans une salle étroite et incommode. C'est là que fut représeotéen i8o5 le Racoleur^ opéra-comique en un acte de J.-M. Gaudin, musique de Palliau, dont Mcrland donne l'analyse d*aprcs le manuscrit orig^ipal en sa possession. Mehland. Biographies Vendéennes, II, 4^0.

spectacles populaires. — Balelcurs. — Montreurs d'animiut 8au%'A«^cA. — Pbénomcoes vivants. — Acrobates. — Sauteurs. — • Daoseurs de corde . — Marionnettes. — Théâtres mrca niques.

A la fin de celle élude, consacrée aux comédiens, célèbres ou ignorés, qui onl parcouru ie Foilou pendant cinq siècles, on me permettra de donner une petite place aux bateleurs, acrobates, opérateurs, danseurs de corde. J'aurais dû, pour être juste, commencerpareux. Le spectacle en plein venl ne précède-t-il pas le théâtre,rbi8trion n est-il pas TanctMre du comédien? Ménestrels, jongleurs, joueurs de bateaux, montreurs d'animaux sauvages, ces éternels amuseurs du peuple qui n'ont pour théâtre que la place publique, pour salaire que la générosité de l'assistance, parcouraient les ca/npagnes à une époque où le thédtre religieux n'apparais" sait encore que dans le sanctuaire de l'église. Que dis-je ? Bien avant le moyen-âge, leurs tours de passe-passe, leurs chansons et leurs gambades égayaient nos aïeux au milieu des sanglantes querelles, des incendies, des guerres, qui attristaient la vie de chaque jour. Descendants directs des histrions romains, ils continuaient la tradition des jeux comiques païens, reliant sans interruption le théâtre moderne au théâtre antique.

En Poitou, malheureusement, les documents sont rares sur ces modestes comédiens nom:idt*s. Il nous faut arriver au XIV* siècle pour trouver mention d'un bateleur.

274 L'ANCfEN THÉÂTRE EN POITOU

Le jour de la Pentecôte 1377 (17 mai), un « joueur de bateaux», nommé Perrin ouPerrinet Sanson, avait assemblé les habitants deSaint-Hilaire-des-Loges àson de trompe et de tambour. Il menait avec lui des animaux savants : un ours, un cheval, une chèvre. Sa femme et ses enfants, (il en avait dix, le plus jeune à la mamelle), raccompagnaient dans ses voyages. Ce jour-là, l'assistance était nombreuse, la représentation promettait d'être fructueuse, et la femme de Sanson s'apprêtait à faire la quête, lorsqu'un incident tragique vint changer le divertissement en drame. Pour un de ses tours d'escamotage, comme en font encore aujourd'hui les joueur^ de gobelets et les prestidigitateurs, Sanson employait un petit barillet d'étajn qu'il priait quelqu'un des assistants de vouloir bien remplir. Dans le but d'égayer son public, il invita sa fille, qui n'avait que cinq ans, à présenter le barillet au meilleur buveur de la société. La petite s'arrêta devant un certain Pierre Meignart, qui, furieux de se voir désigné aux quolibets de ses voisins, jeta l'enfant à terre d'un coup de pied. La mère lui en ayant fait des reproches, aa colère, changeant d'objet, se tourna contre elle. Il l'injuria grossièrement, et, des mots passant aux coups, la renversa d'un coup de bâton avec l'enfant qu'elle allaitait. La malheureuse cria : » Au meurtre ! » Sanson, saisissant une épée qui lui servait pour ses tours, accourut à son secours. Meignart tira un coutelas. Mais il n'eut pas le temps de s'en servir, car Sanson lui donna si furieusement de son épée sur la tète qu'il le tua net (1).

Le pauvre joueur de bateaux était en cas de légitime défense. Mais nul ne pourrait dire quel eût été son sort, si de

(i) Archives nationales , JJ. 1Ô2, n* 176, fol. i34, v\ — Publ. : GuÉnm. Archives histopiques du Poitou, t. XXXI, p. 117. ->- lodiq. : BoissonnADE. Mémoire» de la Société des Antiquaires deFOuest, 2e sérient. XXI, p. 43i.

puissants personnages ne B*é(aient entremis près da duo de Berry pour lui faire obtenir des lettres de grftce.

Le prince ne fut sans doute pas difficile à fl<!^chir, car il aimait fort les divertissements de ce genre. Cette même année 4377, le 13 juin, il fit don de 15 sous à un ménestrel qui « joua des bastiaux » devant lui, lors de son passage à Fontenay-le-Comte (Pièce Justificative I).

Moins grave, assurément, était le cas de Jean Chanteclerc, cet autre bateleur qui faisait ses exercices à Poitiers le l*'mai 1449. Les sergents du maire l'avaient trouvé dans les rues, sonnant de la trompette pour appeler le peuple à ses jeux « de basteaux » . Comme il n*avait pas demandé d'autorisation, il se vit condamné à une amende de soixante sols et emprisonné par corps. Mais si la justice de Téchevinage était sévère, elle n'était pas inaccessible à la clémence. « Le dit sieur le maire eut pitié et faveur de sa femme et enffans dont il a grand charge et luy a donné quictance et remise. » On aime à rencontrer chez un magistrat de tels sentiments de miséricorde envers ces pauvres vagabonds, si sévèrement traités par la société qu'ils amusaient de leurs tours (Pièce jiutifi^ ralive LU).

A une époque plus rapprochée de nous, Guillaume Bouchet rapporte une plaisante aventure arrivée à un gentilhomme de Poitiers qui mit aux prises le lion d*un bateleur avec un taureau de ses étables répondant a« nom, bien poitevin, de « Rouget «.

« il n'y a pas longtemps qu'il vint en ceste ville un charlatan qui avoit un lion. Un seigneur eut envie de faire combattre un taureau qu*il avoit, fort furieux, contre ce lion, disant au maître du lion que si le lion e«loit victorieux, il

luy bailleroit le taureau et dix escus, et au contraire si le taureau Testoit. Ayans les combatans esté mis en une place publique, ils s'approchent Tun de Tautre, mais le taureau, ayant senty une atlainte de la patte du lion, commença à reculer; son maistrebienfasché,rencourageant,luy va dire : « Courage, Rouget, mon amy, courage, » puis tournant la tête, comme s'il eust eu des cornes et qu'il eust voulu jouster, disoit : u Pleust à Dieu que j'eusse des cornes. » Tout le peuple se print si fort à rire, sçachant qu'il y avoit longtemps qu'il avoit ce qu'il demandoit, qu'ils firent si grand peur à ces deux bestes, qu elles ne voulurent plus se rencontrer (1). »

Les bateleurs ne se contentaient pas toujours d'exhiber des animaux. Ils remplaçaient, à l'occasion, le lion ou l'ours savant par des phénomènes humains, et, comme les badauds de nos jours, nos pères couraient admirer les exercices de l'homme sans jambes ou de la femme sans bras :

ce Le samedi 17 mars 1579 arriva dans cette ville (de Saint-Maixent) un petit homme se disant de Nantes, lequel n'avoit de bras, au lieu desquels il usoit de ses pieds. Il tiroit de l'arquebuse qu'il chargeoil, bandoit et abatloit le chien; iljouoit aux dez, se lavoit et s'essuyoit. Il se coupoit du pain, lavoit des verres, y mettoit vin et eau, jouoil aux cartes, ôtoit son chapeau en saluant les personnes, enfiloit des aiguilles, faisoit le nœud, couroit et escrivoit fort bien, le tout de ses pieds, ce que je vis au Cygne où il estoit logé. Il y avoit avec lui six personnes, dont deux femmes qui jouoient des farces (2). »

(i) BoucHET. Serées, t. II, p. ii6.

(a) Le FVicHs. Journal, p. 3o8.

Trente ans plus tard (c*élait en 1605, sous la mairie du sieur de Traversny}, un autre phénomène fit courir les bons Poitevins. Celte fois c*étaient les pieds qui lui manquaient. Paul Contant, apothicaire à Poitiers, donna place dans son Jardin et cabinet poétique à une si belle curiosité, et célébra en alexandrins les mérites de Thomme sans jambes.

Passa par ceste ville un certain personnage

De trente ou quarante ans qui aveit le visage

Grand, long, barbu, rousseau, et au reste en effatct

On Teust pris h cheval pour un homme parfaict.

Il Q avoit que le haut et peu près la ceinture ;

Le reste de son corps avoit ronde Agure,

Sans cuisse, sans genoux, sans jambes et sans pieda.

Cependant il tenoit nos yeux si bien liez

Aux saults que sans repos il (aisoît sur la table

Que cela le rendoitdu toutesrocrveillable.

Il n avoit rien qu'un bras et qu'un petit mougnou

Qui secondoit de près son entier compagnon ;

Et montant comme un chat d'une vitesse isnolle

Les rolons asseuré d'une bien grande escbelle;

Donnoit telle Trayeur en le voyant si haut

Qu'on croioit à tous coups luy voir prendre le sault;

Mais ainsi qu'uo garrot qu'un fort archer descoclu*

Il descendoit à bas avec son mougnon croche.

Tout Paris pouvait assister dernièrement à un spectacle de ce genre, mais il est douteux que la police de nos jours permette jamais Texhibition d*une miette « nue » telle que la décrit plus loin notre poule:

Et depuis peu de jours une fillette nue, Belle en perfection dedans Poictiers s*est veûe . Sans bras, n'ayant qu'un pied; dont le discours Flamand, Italien, François, Anglais et Allemand, Donuoit tant de couleur à sa gràcr gentille Qu'on l'admiroit en tout comme une entière fille; Et alors que son corps se oouvroit d'uu manteau

Tout ce qui paroissoit en elle estoit très beau : Ses yeux estoient fort doux, et sa bouche petite, Ses cheveux frisotez ; d^une façon despite Secontournoit le front, et retenant son ris Paîsoit voir la beauté de ses voûtez sourcils ; Et de son pied tantost tissoit de beaux ouvrages, Filoit, cousoit, faisoit tous les autres ménages ; Bref cest esprit gentil pour Taage et pour Tattrairt Dans un corpa si difforme estoit trouvé parfaict (1).

Un si gracieux phénomène devait être plus agréable à voir que rhommede Siam qui, en 1691, amusa les Saint- . Maixentais de sa double conformation, comme de nos jours les fameux a frères Siamois » :

« .... Le treizième jour dudit mois 1691, j'ai vu au bourg Chasion un homme de Siam^ Agé de 25 ans, du ventre duquel paraissait sortir un homme, lequel avait ses deux jambes et deux mamelons..., et je lui ai touché le poulxque j'ai trouvé fort égal et bien réglé (2). »

Au commencement du xvii* siècle, le Bas^Poitou était le rendez-vous des mendiants et des bohémiens, qui se réunissaient près de Pontenay pour élire leur chef suprême. Tallemant.des Réaux raconte les aventures d'une fille de ce peuple déchu, la belle Liance. « Après la belle Egyptienne de Servantes, je ne pense pas qu'on en ait vu une plus aimable. Elle est de Fontenay-Ie-Comte, en Bas-Poitou. C'est une grande personne, qui n'est trop grasse ni trop maigre, qui a le visage beau et l'œil vif, elle danse admirablement. . . . Madame la Princesse, la jeune, fit ce qu'elle put pour la retenir et lui faisait d'assez belles offres. Il n'y eut pas moyen. Elle dit pour ses raisons : <c Sans ma danse, mon

(i) Contant (Paul et Jacques). Les œuvres divisées en cinq traictez,... PoictierSj i628,)n«fol., pp. 4o et 4'.

(2) Journal mâouBcrit de Guillaume Texier. €oll«ctioQ Alfred Richard.

L'ANCIEN THEATRE EN POITOU tl9

piive, ma mère et mes frères mourraient de faim. Pour moi je quitterais volontiers celte vie-là. » La reine s*avisa de la faire mettre en religion. Elle pensa faire enrager tout le monde, car elle se mettait à danser dès qu'on lui parlait d*oraison » (1).

Cinquante ans plus tard, tout Poitiers fut mis en émoi par les tours surprenants d*un ours et d^un cheval, présentés par des bateleurs. On criait « à la magie » en les voyant deviner « où on met Targent (2) w .

Au mois de mars 1665,des danseurs de corde demande** rent à faire leurs exercices à Poitiers. Permission leur fut accordée pour la durée de la foire seulement, n veu que le temps de carême répugne à ces divertissements publicqs » (Pièce justificative XLI).

Lorsque Madame, infante, passa à Poitiers, le 4 septem* bre 1749, Tinlendant Le Nain lui amena une troupe de petits sauteurs :

« Nous nous rendîmes, raconte-t-il lui-même, Taprèsmidy chés Madame ; je lui amenoi une troupe de petits sauteurs dont le plus âgé n*avoit que dix ans et le plus jeune quatre ans et quelques jours. Ce spectacle amusa beaucoup Madame qui fut surprise de voir dans ces enfans la grAce, la force et l'adresse portées au point qu'on trouve rarement dans les exercices de ces sortes de gens, même dans un Age meuret vigoureux (3). »>

Le sieur Clémanson, habile équilibriste, vint se faire admirer des Poitevins au mois de mars 1776. Les Affirhes du Poitou publièrent une lettre de recommandation en sa fa-

<i)FiLLO?<. Poilouet VeDdé«, art. Fmil^Dajrt p*C3. (a) BuinsoNXADE. MénioircH «le la Société dm Aottquairrs df TOiie^, s« aërie, t. XXI, p. VM.

(3) RavcB d'AquîUiM, t. I, p. 3ai.

veur envoyée par M. de Scévole, secrétaire du roi à Argenton, en Berry.

L'année suivante, le 14 décembre, Etienne Castillon, de la province de Languedoc, obtint la permission de montrer des animaux « qu'il avait stylés à différens combats très curieux et qui ont flatté la vue de tous ceux qui luy ont fait rhonneur de le venir voir » [Pièce justificative LVII). On lui enjoignit seulement de prendre toutes les précautions nécessaires contre les accidents que pourraient occasionner les animaux « dans leur fureur « .

Dans les derniers mois de 1778, un sauteur-voltigeur nommé Landini faisait ses exercices à Poitiers. Il transporta ensuite ses tréteaux à Angers (1).

Le 13 décembre 1781, les pères de l'Oratoire, à Niort, donnèrent à leurs élèves le plaisir d'assister aux exercices de M baladins histrions ». L'étoile de la troupe se nommait « Cascarinette >» .

Après le départ des Jésuites, à Poitiers, la cour du Puygarreau servit pour des combats d'animaux et autres spectacles forains. La Liborlière raconte, d'après des témoins oculaires, « qu'une troupe de sauteurs, qui faisait là ses exercices, avait annoncé pour la clôture qu'un petit cheval, qu'on eut bien soin de promener en ville au son du tambour,descendrait sur une corde raide du haut du bâtiment. Grande fut l'affluence curieuse, plus grande fut l'attente impatiente, en trouvant un câble attaché par un bout à la charpente et amarré par l'autre au sol ; mais aussi, en revanche, très grand fut le dépit de la mystification lorsqu'on vit apparaître à la fenêtre du second étage le petit cheval atta-

(i) QuéRUAu-LAMÂRiE. Notice sur le théâtre d'Angers, p. 6i .

ché, par des sangles qui lui passaient sous le ventre, à une poulie qu'un cordage de conduite guida tout doucement jusqu'à ce que les pieds de Tanimal vinssent toucher la terre. Les uns se mirent à rire, les autres voulaient se f&cher; mais en aidant un peu à la lettre, et surtout dans une enceinte provenant de la congrégation à laquelle avait appartenu Escobar, le tour était fait » (1).

Comme de juste,dans la période moderne, les documents abondent. Le choix seul devient diilicile.

Au mois d'octobre 1797, un prestidigitateur, Michel, donne son spectacle à Niort et à Fontenay. Il exécute « la carte fidèle^ la pièce volante, l'étui magique, la métamorphose de la montre, l'alliance désirée, repoussée par la force de la poudre, retrouvée par le bijou des dames ». Une danse de caractère termine la séance (2).

Dans les premiers jours de février 1801, Uennefond-Delcours, directeur d'une troupe de voltigeurs, arrive à Niort. Il amène avec lui d'excellents sujets, et en première ligne « la jeune Malaga », qui donne son nom à la troupe (3).

Citons rapidement Jean Capelli (1803; et Jean-Baptiste Culegari (1 806), conduisant des animaux sauvages; Jacques- Vincent Doyon (1793), Etienne Leroux (1806;, tous deux montreurs d'optique ;VincenzoPaglianti (1802), physicien; Hoberto Avarino, sauteur (1803); Jean Védis (1797-1799), Mathieu Fontaine dit Thierry (1798j, Dominique Marcussi (1801), François-Simon Ribouli (1802), opérateurs (4),den-

(i) La LaBORuiiiiB. Vieux touveoirs, p. tu.

(a) Affiche- proiCTâriime de ma colleclion.

(3) JovANAL ofKriel des I)eiix-S«^vn*!i, i5 (ilu^inv* sa IX. — 0«M>iit pciil* être les mêmes Arlittlen qui fainaicol Irunt exercices ù Th(iujr%, sur \e% promeoades du chAleau, le i^ juillet suivant.

(4) L<es opérateurs avaient de lunirue daitr. leur place man|uée aux foires du Poitou. Le tarif des droits per^'us les jours de foires de iiecclcuf

listes, marchands de pommade. Pierre Roux, dit Germeuil (1806), comme le charlatan du Pont-Neuf, voyage en compagnie d'un « artiste dramatique », Jean-Antoine Jarry, dit Balincourt (1).

Le 8 novembre 1803, un italien nommé Rasetti, jouant de huit instruments à la fois, annonce ses représentations à Poitiers. Il chante en français, en italien, en espagnol, et, dans les intermèdes, exhibe des singes et des chiens savants.

Les badauds viennent voir Tannée suivante, chez un pâtissier, place du Marché aux grains, une famille de cirons vivants, et le superbe charançon impérial de Cayenne, scarabée totalement couvert de rubis, de diamants et d'émeraudes. C'est le sieur Roux-Fouronde qui montre ces merveilles moyennant 12 sous par personne, moitié place pour les enfants (2).

Le 2 août 1805, François Gaudelette, sauteur, quitte Niort pour la Rochelle, avec sa femme, Candide-Françoise Fortin, ses deux enfants et deux élèves (3).

Le célèbre Comus vient montrer son spectacle aux Nior-

(Deux-Sèvres) portent : « Pour chaque opérateur, dix sols. mEq 1726, un personnage de ce genre, Jean Tondet de Grandmaison passe à Civray ; en 177G, Pierre Rabiglia, médecin chimiste de Turin, y fait baptiser unefille. (înv. des arch, comm, de Givray,)

(i) Passeports de Jean Gapelli, 3i ans, né à Parme; Jean-Baptiste Calegari, né à Parme, 26 ans; Jacques-Vincent Doyon, né àRomans, 3i ans; Etienne Leroux, né à Berneuil (^Oise), 32 ans ; Vincenzo Paglianti, né à Ferrare, 20 ans; Roberto Avarino, né à Uri, 18 ans; Jean Védis, né au Lude (Sarthe), 36 ans ; Mathieu Fontaine, dit Thierry, né à Chaumond (Orne), 56 ans; Dominique Marcussi, né à Saint-Léonard (Haute-Vienne)^ 53 ans; François-Simon Bibouli, né à Gènes, 65 ans ; Pierre Roux dit Germeuil, né à Villars (Ain), 27 ans.

(2) Journal de Poitiers, aux dates indiquées.

(3) Gaudelette et sa femme firent baptiser une fille, Zaïre, 1027 mai i8o5, à Rouen, leur domicile ordinaire.

LANClEiN THÉÂTRE EN POITOU «3

lais à la foire de février 1807. Il escamote son épouse, la change en oranger, en dinde, fail gronder le tonnerre, tomber le feu céleste, métamorphose un verre de vin en fleurs. Il exécute le citron enchanté, « tour inventé par Voltaire, » el tire huit balles de la même carabine sur M** Comus qui les pare avec une épée (1).

L*écho des applaudissements soulevés par le fameux prestidigitateur n*était pas encore éteint qu*une autre célébrité de Tépoque, le fameux danseur de cordes Havel, venait exciter un plus bel enthousiasme encore.

C est un divertissement aujourd'hui bien oublié que ces exercices sur la corde tendue, qui transportaient nos pères d*admiration. Il y avaiti au commencement du siècle, à la salle Montansier, un certain Forioso qui étonnait la capitale par ses tours de force el d'agilité. Havel lui porta un déii, el ritalien fut vaincu. Une seconde fois, le résultat de la lutte fut le même. Notre acrobate resta sans conteste le champion de la corde.

Tout Niort se porta au spectacle pour assister aux exercices de Ravel dit « le Terrible m. Il dansa la gavotte, « les Folies d'Kspagne », exécuta la pirouette, el fut chaque soir Tobjet d'une véritable ovation.

Arrêtons ici celle revue des arli^les de la rue et des comédiens d*à coté. Ils méritaient bien quelques puges à la suite des acteurs et des comédiens de thrdlre, qui partageaient si souvent avec eux lamème^ialle de jeu de paume. Mais« pour n'oublier personne, il nous rr>u* à dire un mol de petits artistes d'un genre tout particulier, qui n'ont pu trouver place avec leurs cam<:rades en chair 1 1 en us. Je

(i) JounNAt oflicicl tlr:i (>rii\ Sf%n.^, Irv. i>ti;.

veux parler des marionnettes, la joie des enfants, et parfois aussi des grandes personnes dans ces bourgades de province, où M. Tartufe promet à Marianne pour tout plaisir :

Le bal et la grand'bande, à savoir deux musettes Et parfois Fagotin et les marionnettes.

Ces amusantes parodies de Tespèce humaine vont nous ramener, avec leur scène en miniature, leur dialogue improvisé, leurs gestes et leurs gambades, au seuil même du théâtre dont elles occupent le parvis. Nulle part les agiles petits personnages ne sont mieux chez eux qu'en Poitou, patrie de Guillaume Bouchot, qui, le premier, leur a donné droit de cité dans la langue française :

c( On trouvoit tousjoursaux badineries, bateleries etmarionnettesj Tabary, Jean des Vignes, et Franc à tripe tousjours boiteux, et le badin es farces de France, bossu : faisans tous ces contrefaits quelque tour de champicerie sur les théâtres (1). »

En 1637, un lettré de Fontenay-le-Comte, Julien CoUardeau,atteste leur présence aux «assemblées» devillage8(2). Il nous les montre dans le cadre animé de ces fêtes populaires, sur la place de Téglise aux longues rangées d'ormeaux, parmi les tentes des cabaretiers, des colporteurs, des merciers, dans le tumulte des voix, des cloches, des flageolets, des cornemuses, et leur appel a grand'peine à se faire entendre à côté de la voix puissante du cordelier qui prêche en plein vent les miracles de saint François,

(i) BoucHET. Les Serées. Paris, 1874, in-12, t. III, p. 177.

(2) CoLLARDEAu. Tablcau des victoires du roy et autres poésies. Fo/i' tenay, 1687, in-So. — La Feste de village a été réimprimée par Dugast- MatifeuXy chez Robuclion, à Foateoay-Ie- Comte.

de Taveugle qui chante sur son violon Robinetie et Guéridon^ des cris des gueux, des vendeurs d*almanachs, des diseurs de complaintes, des d*acrobates et des escrimeurs:

Où ta vois que eeste brigade S*amas86 avec tant de rumear* C'est pour ce qu'an jeune eflcriroeor T monstre à Ciire en estocade.

Cet autre danse les sonnettes Voltigeant comme an papillon ; Yoy-je pas sooi ce pavillon Un Joneor de marionnettes?

En i 663, un de ces impresiaros nomades, Antoine Sournais, sieur de Mondion, parcourait le Poitou. La mort le surprit chez un chapelier de Loudun où il donnait sans doute ses représentations. On Tenterra le 20 octobre au grand cimetière [Pièce justificative XL),

Au xviu* siècle, les marionnettes ont dégénéré. Elles offrent un spectacle très compliqué, où les progrès de la machinerie théAtrale trouvent leur place comme dans une féerie en miniature. Ce qui platt à la foule ce sont les pièces à grand fracas, les épisodes militaires avec accompagnement de fusillades et de feux d'artifice, les pots-pourris en cantiques tirés de l'Ancien ou du Nouveau Testament, derniers vestiges des mystères restés en vogue dans les classes populaires.

A Poitiers, le 4 décembre 1735, René Petit, qui, depuis plusieurs années, promenait son jeu de marionnettes dans les villes de la province, demande Tautorisation de représenter son spectacle ordinaire au jeu de paume de Biet, situé rue des Hautes-Treilles, dans l'étendue de la juridic-

tion de Saint-Hilaire. Malgré Tavis contraire du procureur de la cour, la permission lui fut accordée, à condition qu'il y mît « toute la décence possible, sans qu'il soit proféré aucunes parolles libres et contre l'honnesteté » [Pièces justifie alivesWmX etXLVIII).

Au mois de mai 1770, un sieur Monniotte, imprésario d'un théâtre mécanique, de passage à Niort, fait imprimer chez Elies le livret explicatif de son spectacle : le Jugement iiniversel.

« Cette pièce, dit-il, est composée de plus de quatre mille cinq cens figures sensibles et très bien imitées, qui sont les seules actrices qui, selon leur ordre naturel, paraissent sur le théâtre. Chaque figure y fait son personnage ; plusieurs y tiennent le langage convenable aux personnes qu'elles représentent (à la vérité par la bouche d'un orateur) ; et pour éviter le sérieux de la prose, qui dans ces sortes de pièces n'est pas du goût de tout le monde, l'auteur a jugé plus convenable de s'exprimer en vers, s'étant plus appliqué, néanmoins, à bien rendre les pensées de l'Ecriture sur laquelle toute la pièce est fondée, que d'observer les règles de la poésie.

Le méchanisme immense qui fait mouvoir à propos toutes ces différentes figures est si bien exécuté, qu'on est dans l'étonnement de voir le Jugement dernier, avec ses circonstances les plus effrayantes, rendu avec tant de précision et de naïveté. »

Puis vient l'argument de la pièce, dont je vais essayer de donner un aperçu, les documents de ce genre étant assez rares pour mériter qu'on s'y arrête.

P'AcTE. — La scène représente la vallée de Josaphat avec Jérusalem au fond ; des voyageurs s'entretiennent des

malheurs prochains. Le temps se couvre, le tonnerre gronde, la terre tremble, lescHoilos se ihUarlient du firmament, si bien qu*un astronome qui observe les astres se trouve dans le plus cruel embarras. Un an«^e, envoyé du ciel, réduit Jérusalem en cendres.

Il* Acte. — Un serpent d*une grosseur prodigieuse vient amuser les spectateurs, puis la mer en furie recouvre de ses flots les ruines de la ville. On voit des vaisseaux en danger, d*autres qui font naufrage, des matelots engloutis ou dévorés par les requins. Les anges réveillent les morts, et le prophète Ezéchiel rassemble les âmes pour le jugement.

III* Acte. — La reine de Saba vient faire des reproches aux Juifs. Dans Tair paraissent les quatre évangélistes, les anges portant le signe du Fils de Thomme, le Sauveur, sa mère, et tous les saints. Le jugement dernier commence. Les anges séparent les élus des réprouvés; la mer s'agite et devient rouge comme du sang, les démons s'emparent de leur proie.

IV* Acte. — Dans Tenfer, les damnés sont horriblement tourmentés. On entend le mauvais riche supplier Abraham de lui envoyer Lazare, et le vieux serpent, reparaissant au milieu de ce séjour de flammes, entrelient agréablement les spectateurs.

V* Acte. — Voici que la Jérusalem céleste di^scend sur la terre. La sainte Trinité, les apôtres, h»s prophètes, les martyrs, les confesseurs, les vierpos, les neuf chœurs dt^s anges avecunesuite innombrable de peuples de toute natii>n, paraissent velus d*habits blancs. « Toutes les scènes préré* dentés S(mt tragiques. Celle-ci comble de consoîalion, et

renvoie les spectateurs en les ranimant d'une douce espérance. »

J*ai considérablement abrégé cette analyse, qui ne tient pas moins de 26 pages dans la brochure originale (1). Lie spectacle durait une heure et demie, et exigeait beaucoup d'adresse pour faire jouer les différents trucs.

C'est, à peu de chose près^ « la tragédie » du sieur Ardaxdu Mont-Liban, dont M. Magnin cite un programme daté de Reims, le 15 avril 1775 (2). Louis Ardax vint à Poitiers le 19 mai 1768. Il obtint de représenter dans le jeu de paume de Biet « sa tragédie du Jugement universeU sçavoir les festes et dimanches à trois heures précises, ainsy que les autres jours de la semaine où les comédiens représenteront, et à cinq heures pour les jours où il n'y aura p as de comédie ». On lui laissait la faculté de donner une seconde représentation <( à huit heures du soir en prenant toutes les précautions nécessaires pour éviter les dangers de la poudre et du feu » (Pièce Justificative LU).

Faut-il reconnaître notre montreur de marionnettes dans ce prince du Mont-Liban, qui passe à Niort au mois de juin 1772? Briquet en fait un véritable prince (3). Je pense qu'il s'agit tout uniment d'un prince de comédie, à qui le corps de ville fournit, par ordre de l'intendant, les moyens de transporter son matériel. Le 26 juin, les maire et éche-

(i) MoNNiOTTE. Tragédie chrétienne et pieuse, Niort, 1770, in-8^ de 32 pp. — Bibliothèque de Niort y n* 6753 s.

(a) Magnin. Histoire des marionnettes. Paris, 1862, in-ia, p. ii5. — Je verrais assez volontiers en Louis Ardax, un fils de Jean-Baptiste Ardax, « machiniste de la ville de Jérusalem, de nation maronite, originaire du Liban », qui se trouvait à la foire de Guibray en 1737. H montrait une mise au tombeau en figures de cire de cinq pieds de haut^ animées. La vierge pleurait amèrement « et essuyait ses larmes avec un mouchoir ». Veuclin. Société des beaux-arts des départements, XVII, p. 564.

(3) Briquet. Histoire de Niort, t. I, p. 428.

vins de Niort procurent à Habad-Spada, prince du Mont- Liban, une voiture attelée et deux chevaux de selle, pour le transporter, lui et ses effets, jusqu'à Mauzé.

A Poitiers, deux autres imprésarios anibulants, Jacques Dodin et Pierre Courtadon, obtiennent de donner leur spectacle dans la salle du jeu de paume de Biet,le23 mars 1772 et le 7 juin i773 [Pièces justificative» LUI et LIV).

Courtadon n*eut sans doute pas à se plaindre du public poitevin, car il revint, deux ans après, le 25 avril 1774, et dressa ses tréteaux sur la place de Blossac, récemment achevée. Les Affiches du Poitou nous ont conservé son programme :

« Le sieur Courtadon se propose de donner à la place de Blossac, le 25 de ce mois, un spectacle curieux : il y élèvera un bfttiment en bois et en toiles peintes qui représentera la ville de Mastreck [sic) assiégée par les François; tout ce qui peut fournir Tirnage d*un siège, comme artillerie, mousqueterie, tranchée, renversement de murailles, brèche, combat, assaut, drapeaux, incendie, transports de morts ou de blessés, générale, tocsin, sommation de place par les tambours, capitulation, etc., y sera figuré par ce méchanisme, par des objets réels relatifs et par des hommes que le machiniste y employera. On jouira de ce spectacle à six heures du soir, et ensuite il y aura un feu d*artifice. »

Quelques années plus tard, c'est un sieur Gon, qui parcourt la province avec son théfttre mécanique. Sur le programme dont nous reproduisons le fac-similé, il s'intitule neveu du sieur Renault, « machiniste des menus plaisirs du roi» (1). Il était de passage à Niort, et montrait

(i) Daoi la nomencljitare det «pectaclrs de la foire Saînl-Germaîn, oo

son spectacle chez un boulanger de la rue Saint-Jean.

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