GRAND COMBAT NAVAL
MESSIÈURSEt DAMES,
LE Sieur GÔNj N^veu du Sieuf Ret^AULT, Machîni(^<• dès menus plaihrs du Roi , a Phonneur de vous avertir quM iera Dimanche prochain / fans faute ^ la clôture de fbn Spectacle; & pbuf avoir Thon neur de vous remercier de l'heureux fuffrage dont Vous aveï bien voulu l'honorer juiqu^a ce jour , il s^eft préparé ^ Vous donner aujourd'hui Mardi 3 Février 1 778 un grand Combat naval devant le Fore St. Philippe de Tlfle Minorque, où il y aura beaucoup de coups de canon tirés, tant du Fort due <les VaifTeaux, Ptufieurs couleront a fond, & on Verra les Matelots <k les Gens d'Équipage fé fauver dans des Chaloupes.
Il y aura tous Usjouts atut Htpfcfintànofu ; ttùit à emf jutirti 6 demie, & fautft
à huit heures & demie.
On prendra il foli aux .(Premières, Places & 6 (oh aux Secondes.
n ejl chttle Sieur Mèchain , rue Si. Jean j proche le Puits,
Le lieu de là Reprifintation tfl chttle Sieur MicHAis , Maître BouUngsr ^ grands
St.Ji
A la fin du siècle, les marionneltes sont tombées au service des industriels et des charlatans. On lit dans les Affiches du Poitou du 6 novembre 1788 :
<( Le sieur Aupré, hollandais, dont les talens ont été applaudis dans cette ville, tant pour sa manière d'escamoter que pour faire mouvoir ses automates, donne avis au public que son dessein est d'aller aux foires du Mans et d'Angers, et qu'il retournera en cette ville au commencement de l'année. Son associé, le sieur de La Méronière, physicien
voit figurer «les nouvelles marionnettes du sieur Renaud, machiniste »,rae de la Lingerie, vis-à-vîs la quatrième traverse.
L'ANCIEN THEAThE EN POITOU
et mécbanicien, vendra des briquets physiques de sa composition avec garantie. »
Le 6 juin 1792, un vieux joueur de roarionnelles, François Durand, quitte Niort avec sa femme, Suzanne Vieuliant. Il se dit de Paris (1).
Au commencement du xix* siècle, on trouve à Chartres une famille de Niortais, les frères Boniot, directeurs d'un théfttre mécanique. Tout un hiver, ils donnent dans la maison de rUnion des représentations du mystère de la Passion qui sont trè» suivies. L'un des Boniot se livrait à la gravure sur bois, et Garnier, de Chartres, utilise son talent pour plusieurs estampes populaires (2).
En 1805, une lettre, adressée au préfet par le maire de Niort^ atteste ta vogue persistante des marionnettes et des spectacles mécaniques :
Je suis bien fâché que les ordres de M. le conseiller d*Elat chargé du premier arrondissement de la police générale, portant inlerdiciion du spectacle des mystères de la Passion, joués arec des figures on mécaniques, ne soyent pas arrivas plus tùt. J'aurais eu hien du plaisir i les faire exécuter, car j*aî trouvé tr(*s inconvenant de voir les bateleurs dont il parle venir deux fois dans cette ville pour y donner des espèces de représentations. Bien des gens en étaient scandalisés et pensaient que tout ce qui est contre la propagation de la morale, l'amélioration de Thomme et le bien-étro de la société devrait être interdit et ne jamais ^tre toléré dans un pays bien policé comme la France : en conséquence qu'il faudrait proscrire non seulement les représentations dont parle M. le oon«eiller d'Etat, mais encore les Christ, Ecce homo. et autres objets do culte catholique exposés en public avec une scandaleuse nudité ; le débit des bagues de Saint Hul>ert, des chapelets, des livres soi-disant bénis, à qui on attribue des vertus qui leur sont étrangères, que le p^'uple achète dans la vue de se voir préserver de mort subite, de
(i) Patsrport lie François Durand, joueur de marioonette!!, né à Pari», 56 ans.
(3)GAii}«iEii.L*imagerie populaire à Cluirtren. Chartres, iH(mi, in«8", p. i il .
if. V
rage, de maladie, d'avoir le paradis sans l'avoir mérité par des œuvres et sans être devenu meilleur, ce qui est la source dlnnombrables abu8(i). »
(i) Archives départementales des DeaX'SêvreSfBéne M.
Les anciens jeux de psume : Poiliers, Chàtellerauli, Looduo, Niort, Saiol- Maixenl, Psrtbenay, Thouarsy Chsmpdeniera, Fontenaj-le-Comte, Luçoo» Sainte-Hermine, MonUigu. — Premières salles de spectacles à la fin du xTiii* siècle : PoitierSp Niort. — Salles promoires aous la Révolution : Poitiers, Parlhenay, Luçon, Fonteoaj-le-Comte. — Théâtre de Niort. — Salles de spectacles sous l'Empire : Les Sables d'Olonne, Châtellerault, Loudun» La Roche-snr>Yon. » Tbéfttre de
Il nous reste, à la fin de cette élude sur le théfttrei à dire quelques mots des édîBces ayant servi aux représentations dramatiques en Poitou. Chemin faisant, nous en avons déjà indiqué un certain nombre. Nous allons essayer de compléter ces renseignements, en y ajoutant quelques détails, pour la plupart inédits.
On a vu que les premières troupes de comédiens nomades donnaient leurs représentations dans Fauberge où ils étaient logés, et, plus souvent, dans une salle de jeu de paume qu'ils étaient assurés de rencontrer dans la moindre ville du Poitou. L'arrivée des comédiens A\x Roman comique au tripot de « la Biche » , au Mans, est une admirable peinture des mœurs théâtrales au xvii* siècle. Écrivez Poitiers à la place du Mans, jeu de paume des Flageolles, au lieu de tripot de la Biche, et le tableau s'appliquera à notre pro* vinee, aussi piquant, aussi ressemblant.
Malheureusement Scarron, dans son roman, n*a décrit aucun jeu de paume. C'était, au temps où il vivait, un établissement si répandu qu'il eût cru faire injure à ses lecteurs en leur dépeignant ce qu'ils connaissaient si bien. Qui
eût pu imaginer^ il y a cent cinquante ans seulement^ qu'un divertissement si fort en honneur disparaîtrait, pour ainsi dire d'un seul coup, avec le bagage de l'ancien régime? Et pourtant le jeu de paume est si fort oublié aujourd'hui que je crois utile, avant de citer les salies de ce genre qui ont pu servir à des représentations dramatiques en Poitou, de donner une idée de leurs dispositions générales.
La salle d'un jeu de paume formait un rectangle allongé de 30 mètres de longueur sur 9 mètres de largeur, entouré de murs de 7 mètres de hauteur environ. Elle était carrelée de pierres unies, rougies au sang de bœuf, et les murs étaient passés au noir pour permettre de distinguer le trajet des balles soigneusement blanchies.
Les spectateurs, a l'abri d'un filet protecteur, suivaient la partie soit aux galeries d'en bas, soit aux galeries d'en haut.
Les galeries d'en bas, de plain pied avec le sol, étaient formées par un petit mur de pierre de l m. 15 cent, environ, dit « mur de batterie ». Ce petit mur supportait des piliers en bois où venait s'appuyer un toit incliné^ dont les planches, soigneusement jointes et unies, étaient destinées à renvoyer les balles. Ces galeries couvertes, rappelant assez bien le cloître d'une abbaye, régnaient sur trois côtés de la salle : un des* grands et les deux petits. On ne pouvait y pénétrer que de l'intérieur de la salle par deux ouvertures ménagées dans le mur de batterie, de chaque côté de a la corde » qui partageait le jeu par moitié dans sa largeur. C'est à ces u entrées » que se tenaient les garçons paumiers chargés de marquer les points.
Les galeries d'en haut étaient moins recherchées. Le plafond du jeu de paume, plus ou moins élevé, ne reposait pas
directement sur les quatre murs. Pour ménager un éclairage dans la salle, lu toiture des grands côtés portait sur des piliers en bois. Le haut des murs se trouvait ainsi à jour, et c'est là que montaient les spectateurs qui n'avaient pu trouver place en bas. Ils s'installaient sur une sorte de terrasse extérieure, fort étroite, formée par un contre-mur, la plupart du temps sans abri contre les intempéries de Tair*
La belle composition de David pour « le Serment du jeu de paume» donne une idée très suffisante deces dispositions.
Naturellement Jes salles de paume étaient plus ou moins bien aménagées selon l'importance de la ville ou les ressources du paumier. A Cbâions, les murs de batterie étaient en planches mal jointes, les carreaux en briques rompues ; à Beaune, la salle ressemblait à une écurie dont on aurait enlevé les râteliers ; à Limoges, ce n'était qu*une construction en charpente, où les grands murs étaient remplacés par des plateaux de planches superposés (1). Mais quel que soit l'état du local, les comédiens avaient tout intérêt à s'en servir. Les dimensions invariables des jeux de paume^ leurs dispositions intérieures, toujours les mêmes, permettaient de transporter le matériel théâtral d'un établissement à l'autresans lui faire subir de modifications. Du Nord au Midi de la France, la troupe du lioman comique trouvait à point nommé la même salle pour monter ses tréteaux.
J'ai nommé, à leur date, les jeux de paume du Poitou où l'on connaît des représentations théâtrales certaines, mais bien d'autres établissements de ce genre ont pu servir au même usage, sans qu'aucun document Tait encore indiqué* 11 est donc utile, en prévision de découvertes postérieures.
(i) Bajot. l^log« de la paume. Parts^ i854« io-l^.
•*WT.
et pour guider, dans une certaine mesure, les recherches à venir, d'indiquer le plus grand nombre possible de jeux de paume en Poitou. Les noms des paumiers n'ont pas moms d'importance. Leur signature, au bas d'un acte de baptême, de mariage ou de sépulture, est une forte présomption en faveur de la profession de comédiens des comparants.
Grâce à sa population si nombreuse d'étudiants, Poitiers fut de tout temps une des villes de France les plus renommées en joueurs de paume. Sous le règne de Louis XII, au témoignage de Barthélémy Chasseneuz, cette célèbre université ne comptait pas moins de quatre mille écoliers, attirés par le renom des professeurs, des lettrés et des savants de toutes sciences qui en faisaient « l'Athènes du Poitou » . Mais la majorité de ces futurs théologiens, de ces jurisconsultes en herbe, s'adonnait volontiers à des passe-temps non prévus par VAlma parens. Dans les sobriquets caractéristiques des étudiants du xvi* siècle, ceux de Poitiers sont désignés sous le nom « des Ûustueux ou joueux de paulme (1) ».
Bricauld de Verneuil a relevé, avec un soin méticuleux, lesjeux de paume existant à Poitiers au xvi* et au xvii« siècle. Il y a bien peu à ajouter à ses découvertes. Cependant le regretté érudit ne parait pas avoir eu connaissance d'un article du Jowmal de Poitiers qui contient de curieux renseignements (2).
En 1230, Pierre Garnier, maire, fonda une chapelle à Sainte-Radegonde « et fit bâtir lesjeux neufs de paume où est le logis de M. Audebert, sieur de La Rouille. »
(i) Chasseneuz. Catalogas gloriœ mundi. Lugduniy iSag^part. X, c. 32. (a) JouANAL de Poitiers, i4 août i8o4.
L'ANCIEN THÉÂTRE EN POITOU VfJ
On trouve, en 1538, un jeu de paume dont le nom n'est pas indiqué, près de Saint-Symphorien. De 1550 à 1610, le jeu de paume de Saint-Jacques^ dans la rue du Minage, aujourd'hui rue du Moulin-à-Vent, près le lieu appelé Tran* chepied, était un des plus fréquentés. La Perdrix s'ouvrait rue de la Tranchée dès 1560, et existait encore en 1650; en 1804, il servait d'écurie aux messageries. UEtude^ qui a donné son nom à la rue où il était situé, montrait au-dessus de sa porte d'entrée l'enseigne à double sens : « A TEstudel562. » Ce jeu de paume existait encore en 1691(1); il est cité dans lepapief terrier qui fut fait à cette époque pour toute la ville. Plus tard, les religieuses de l'Union Chrétienne en firent l'acquisition et le démolirent. En 1751, un acte de vente le nomme « l'ancien jeu de paume de l'Étude ». Le Bourain ou Bourrin, rue Saint-Cybard, est cité dès 15H7. En 1650, il fut acquis par l'abbé de Monlierneuf, et cédé par lui, le 19 octobre 1651, aux religieuses de Saint-Joseph.
Au xvii* siècle, les jeux de paume se multiplièrent.
Outre ceux que nous venons de citer, on trouve :
Rue des Treilles, VEcole ou Mondésir ;
Rue des Basses-Treilles : Le Petil Lourre (1606); le Petit PiiitK ou Petit Bracq^ vis-à-vis Téglise des Carmélites, cité dans un titre rendu au chapitre de Saint-Didier en 1613, et dans le terrier de 1691 ; le Faitan, qui resta en activité jusqu'en 1804, et se trouvait à cette époque le seul jeu de paume de Poitiers.
Rue des Feuillants : les Quatre Vents ou jeu de paume de AVoii, démoli en 1656 par le prorurour du présidial
(i) Ce bas-relief, très fusie, fst entre eo iHOo au musrr de U Sorielê des Antiquaires de l'Ouest.
2Ô8 L'ANCIEN THÉÂTRE EU POltOÙ
Jean Desvignes, qui fil élever un logis sur son emplacement.
Rue des FlageoUes : le jeu de paume des Flageolles (1607), détruit au commencement de juillet 1782 .
Rue des Trois-Cheminées : VOizon ou V Oiseau (1622), cité dans le terrier de 1691, qui servait, en 1804, de remise à un carrossier; le Grand Biaise ^ Monplaisir (1640).
Rue de TAncienne-Comédie : le Petit Brac^ cité dans le terrier de 1691, transformé en salle de spectacle vers 1766.
Rue des Hautes-Treilles ileRegnard; le jeu de paume de Biet (1654), démoli vers 1784.
Au faubourg Rochereuil : les Trois Miroirs^ VEcrevisse.
Au faubourg du PontJouberl, paroisse de Saint-Saturnin: le Grand Jeu de paume de France (1643).
Ces établissements, et bien d'autres dont les noms nous sont inconnus, formaient le total respectable de vingt-deux jeux de paume, si l'on en croit les Affiches du Poitou.
Ce nombre diminua rapidement. Il tomba à six en 1740; à trois en 1755. Il ne restait plus qu'un seul jeu de paume en 1780. En 1804, il n'y avait plus en activité que celui du Faisan^ encore était-il peu fréquenté (1).
Comme tous ces jeux de paume étaient de mêmes dimensions, et qu'une salle en valait une autre, il semble que les comédiens devaient s'installer indifféremment dans tel ou tel de ces établissements. En pratique, il n'en était pas ainsi. Les comédiens avaient des préférences justifiées par la situation de certaines salles, plus centrales, plus à proximité des auberges où descendaient les étrangers, et surtout en
(i) Brigauld de Verneuil, Molière à Poitiers, pp. 4-^M9- — Boissonnade. Essai sur Torganisation du travail en Poitou, t. I, p. ii6-2i8. — Journal de Poitiers, i4 août i8o4-
LANCIEN THÉÂTRE EN POITOU 29il
meilleur état de propreté et de conservation. La complaisance du tripotier, et sans doute aussi la modération de ses exigences, entraient en ligne de compte. Une fois un jeu de paume achalandé comme salle de spectacle, les troupes qui débarquaient à Poitiers avaient tout intérêt à choisir un local fréquenté parle public, et par cela même pourvu d*un matériel de bancs, de chaises, d'appareils d'éclairage, d'ustensiles de théâtre, pour ainsi dire permanent (1).
Sous le règne de Henri IV, c'est le jeu de paume de Saini^ Jacques qui avait la vogue. Puis les Flageolles s' ouyrirenl. Les comédiens s'y trouvèrent bien, et pendant une bonne partie du xvu* siècle y dressèrent leur théâtre. Enfin, au xvin* siècle, ils adoptèrent,rue de TAncienne-Comédie, le jeu de paume du Petit Broc où futconstruite la salle de spectacle.
Quant aux bateleurs, joueurs de marionnettes et autres artistes populaires, ils donnaient leurs exercices place d'Armes, ou sur la promenade de Blossac. Ceux qui faisaient d'assez fortes recettes pour se mettre en chambre avaient adopté le jeu de paume du Biet.
Moins bien partagées que Poitiers^ les autres villes de la province jouissaient cependant de jeux de paume fréquentés.
Châtellerault avait le sien dès le xvi* siècle.
Le 7 janvier 1510, Charles de La Trémoille, vicomte de
(i) Il serait intéressant de connaître les usai^es qui rci^laient la location des jeus de paume. Le maître du tripol recevait des comédiens une certaine somme, pa/able sans doute sur la recelte de chaque reprétrnlation . Mais il percevait aussi des spectateurs un prix de location pour he% chairs. A Dijon, en i64S> 1^ réiçlements fixaient ce prix à un ^ol par chaise. Mais les specta* teurs avaient le droit d'apporter leur sirir<*, si le tri|xitirr voulait rxic^^r davanlaiçe.En i08a, le prix fut élevé à deux hoU pour Ir parterre, ei k dix sols pour les cbaises sur le théâtre. — (tot'\K!<iAi!<.Le théâtre i Dijon, pp. ^3 et 71.
Thouars, y perdit quatre écus couronne contre monseigneur de Bourbon, sans doute Charles de Bourbon-Montpensier, qui venait de recevoir Châtellerault en dot par son mariage avec Suzanne de Bourbon (1). Tout porte à croire que le jeu de paume où jouaient ces grands seigneurs était situé dans Tenceinte du château. C^est sans doute le même qui reçut la visite du jeune roi Louis XIII, le 27 juillet 1714, et que l'abbé Lalanne (2) place du côté des halles , en façade sur ta place du Marché. En 1717, le prince de Talmond bâtit des écuries sur son emplacement, et rien n'indique qu'il l'ait fait reconstruire sur un autre point.
Si le jeu de paume du château était réservé, du moins à l'origine, au seigneur du lieu et à ses hôtes, bourgeois et militaires pouvaient lier partie au jeu de paume de Brcuy que^ tenu par un sieur Charton; ce tripot disparut vers 1590 pour faire place au temple protestant. Il était situé sur une place appelée aujourd'hui Cour du Prêche, entre la Grand'- . Rue et la rue des Limousins, près de la porte Saint*Jacques.
Un autre tripot s'ouvrait à l'extrémité opposée de la ville. Dans une déclaration rendue le 29. mai 1581 au seigneur de la Groye et de Chesne, il est question du P^it jeu de paume. Cet établissement était situé dans le quartier avoisinant la porte Sainte-Catherine, près de la maison Descartes, attenant au logis de la Croix-Boulard, entre la Grand- Rue et la rue Saint-Louis. Il appartenait alors à Jean Tongrelou. Il semble avoir disparu avant 1630.
(i) Extrait d*un compte de Charles de La TrémoiUe : i5io, i4 janvier, Blois. « AChastellerault... le VU* jour du dit moys [janvier] pour le jeu de paulme avecques mon dit seigneur de Bourbon, quatre escuz couronne. >» La Tr£moill£. Les La Trémoiile pendant cinq siècles, t. III, p. 7.
(2) Lalanne. Histoire de Châtellerault. Châtellerault, iSSg, 2 vol. in-8^ I, 116. — Journal de Jean Héroard, II, p. it\'].
L'ANCIEN THEATRE EN POITOU 30t
Au XVII* siècle, il ne paraît pas y avoir eu plus d'un jeu de paume à ChfllelIerauU. Les registres paroissiaux donnent les noms de plusieurs de ses tenanciers : Jean Catin, en 1602; Robert, décédé le 18 octobre 1625, âgé de 80 ans; Augustin Cousin, décédé m en la maison du jeu de paume » à 56 ans. Ce dernier laissait une fîlle, Françoise, née à Chinon où peut-être il avait exercé son état avant de s'établir à Chfttellerault. Françoise épousa Michel Hastel, dit La Coudre, le 7 novembre 1627, et lui apporta le jeu de paume en dot. On trouve aussi^en 1642, Martin Armet ou Hermet, et Jeanne Potron,8a femme. En 1660, Pierre Fabvreet sa femme, Marie Frustuau (1).
.A Loudun, le plus ancien jeu de paume connu remonte au XVI* siècle. Il Ggure dès 1573 dans les confrontations du prieuré de Sainte-Agathe (2). Vers ce temps-là, un ouragan le renversa de fond en comble, et son propriétaire, Mathurin Du Lyon, le fit rebâtir à neuf. En 1609, c'était un établissement d'excellent rapport, pourvu de toutes « les améliorations, annexes et autres commodités ». Il était situé dans la rue « à aller de l'auditoire à la rue du Relandais », en montant au château, sur la gauche. Celte rue, ainsi qu'une rue voisine où donnait également le tripot portent aujourd'hui les noms de rue du Jeu de paume, et de petite rue du Jeu de paume (3).
(i) Haiitel éuit du Maos. Oo trouve à Niort, eu 1667, Hcor l{a<itel, èvidemmeot un de ses parents. La presque totaliti^ de ces renneii^enienta nroot été communiqués par notre érudit col lég^ue, M. Arthur l^bbr.
(a) ïjc rôle d'imposition de 1573 p«irte : « I^a maijK»n du prieuré de Sainte-iVicalhe, sise près te jeu de paume. »
(3) 1609, 3i août. — Vente par Suzanne Bridard, femme de M<* Matharin I)ulyon,i Macé Martin, sieur de 1^ Mnrtinirre, de droite succ^^mN. Bridard affecte « par especial sa maison et jeu de paulnir de rente ville de Uodon, sis et situé prrs l'auditoire de cesie ville» joii;nant d'un Iook la maison des bértliers feu M. Jehan Arnaudot, d*un b4>ut la maison de M. Vin-
A l'angle de la rue du Porlail-Chaussé et des Cordeliers, il existait un second jeu de paume connu sous le nom de VOison bridé. Il est cité dans un acte passé par Alexandre, notaire à Loudun, le 27 janvier 1634 (1), mais il ne servait plus le 13 avril i677, lorsque la commission de la Maison de Charité cherchait un emplacement pour reconstruire l'hôpital (2).
Nous ignorons lesnoms des maîtres paumiers Loudunais. Les registres paroissiaux, les minutes des notaires sont muets à leur égard. Cependant, Charles Julliot, maître paumier, décédé à Niort le 20 octobre 1636, était de Loudun (3).
Comme Châtellerault et comme Loudun, Niort avait plusieurs jeux de paume dès le xvi* siècle. Il y avait longtemps que celui de la rue Saint-Gelais était désaffecté, lors de la déclaration au roi de 1619. La maison qui l'avait remplacé était la troisième à droite, en montant de la
cent Bodin, et d'aultre et par le devant à la rue à aller de la dite auditoire à la rue du Relandais. » La femme accepte cette afFectation, attendu « les améliorations, annexes et autres commodités par eux faictes à la dite maison et jeu de paulme cy-dessus mentionnez et mesmement après la réfection d*icellui jeu de paulme, à cause des fiçrands ventz et orages qui advienrent en Tannée mil cinq cens (blanc) et au moys de (blanc), au dit an, lequel renversa et mist par terre icelluy jeu de paulme que le dit Dulyon et sa femme firent réédiffier tout à neuf. » — Minutes d'Aubcry, noUire à Loudun.
(i) Journal de Loudun, i84o. Notes d'Arnault Poirier.
(a) VOison bridé fut écarté, comme insalubre, et la commission fit choix d'un emplacement rue delà Croix-Bruneau. Les protestants, en critiquant cette décision, font observer qu'il y a « près les Cordeliers un jeu de paume autour duquel il y a des maisons et des jardins sepacicux qui sont à très vil prix, et dont les seulles matières sont de plus grande valleur que le prix des dites maisons ». — Drouault. Recherches sur les établissements hospitaliers du Loudunais. Londiin, 1897, PP* 7^ ®^ 79»
(3) Archives communales de Niort .Rtfiç . par. de Notre-Dame. — Tous les renseifi^nements relatifs aux jeux de paume loudunais nous vienneut de M. Roçer Drouault, notre très obligeant collègue.
me Saint- François* Le voisinage de Tauberge du Pélican, et plus loin des auberges du Dauphin et des Trois-Rois, lui assurait une clientèle avantageuse.
A la môme époque, la Cantetie^ ainsi nommé d'un de ses tenanciers, Cantault, n*exislait plus. Ce jeu de paume avait son entrée rue Rochette, et tenait par derrière à la maison Charrier de La Marcardière, rue Saint- François.
Au xvu* siècle, le mouvement des étrangers, marchands et gens de passage, attirés par les foires, se porta autour des halles. Les auberges s'y multiplièrent, et les jeux de paume, qui y trouvaient le meilleur de leur clientèle, se groupèrent dans le même quartier. Il y en avait trois à quelques centaines de pas les uns des autres.
Le Petit Jeu de paume occupait le coin des halles à droite, du côté du minage. La cour et le jardin avaient une sortie en face des Cordeliers, entre les auberges des Trois- Pigeons et de Suint-Jacques. En 1619, le jeu de paume appartenait à Perrelte Sabourin, veuve de Pierre Thibault. Le défunt Payant eu lui-même de Hugues Bazin, on peut en faire remonter Texistence aux dernières années du XTi* siècle.
Tout auprès, en montant à gauche la rue de TArsenal, à cette époque rue des Bouchers, s'ouvrait le jeu de paume des Brétignolles , Il tirait son nom de la maison de Mugné ou de Brétignolles que les Bénédictines achetèrent en 1620 pour édifier leur couvent. Il y avait là, sans aucun doute» un ancien fief, resté en jardins ou en culture, comme celui de Barbezières qui lui était contigu. Le jardin du jeu de paume s'étendait derrière les maisons de la rue de l'Arsenal et de la place du Temple. Tout porte à croire que l'entrée se trouvait dans une allée commune à plusieurs
maisons, où habitait François Nouel, maître pàuraiêr, à milongueur delà rue environ. En 1667, ce jeu de paume était la propriété de René Hastel, évidemment parent des pau* miers Cbâteileraudais du même nom. René Hastel avait épousé, en 1647, Philippe Pignon, fille de Marie Bonnifet et de Pierre Pignon, aussi maître paumier. Il mourut le 18 novembre 1654. A la fin du xvu" siècle, on appelait ce tripot Petit feu de paume, pour le distinguer du Grand jeu de paume ^ dont nous allons parler.
Le jeu de paume du Mourier ou Grand jeu de paume était situé à l'angle de la rue Thiers et de la rue du Mûrier actuelle. Son entrée s'ouvrait en face duchâteau.On le trouve mentionné dès les premières années du xvn* siècle; il subsista jusqu'en 1794.
Pierre GascougnoUes, sieur de La Plante, en était tenancier en 1612. Sa veuve, Jeanne Gilbert, se remaria le 25 mai 1643 avec un autre paumier, Pierre Charlet (1). Cinquante ans plus tard, le Grand jeu de paume appartenait à Pierre Bourdin, époux de Magdelaine Bourglaud. Sa fille, Madeleine, prit pour mari, le 21 janvier 1732, Pierre Gilbert, ancien maître perruquier. Les époux n'eurent pas d'enfant mâle, et leur fille Elisabeth se maria, le 29 novembre 1759, à un jeune homme de Meung-sur-Loire, Pierre Guillot, qui abandonna les fermes du roi pour le métier de paumier.
C'est lui qui tenait le jeu de paume en 1763 lorsque le corps de ville y logea les militaires malades, évacués par l'armée des côtes de l'océan. Pierre Guillot reçut de ce chef
(i) Au contrat signèrent François Nouel, maître paumier, et Pierre Julliot. Les registres paroissiaux de Niort mentionnent à d'autres dates: Charles Julliot, né à Loudun, maître paumier, mort le 3o octobre i636, et Louis Julliot, 1 637-1 038. Je pense que Jeanne Gilbert devait être de la fs^mille de Jeaa Gilbert, maître paumier à Saint-Maixent.
une indemnité de 75 livres, « eu ég.ird à la privation de son revenu ordinaire, et de ce qu*il eût profilé par le séjour des officiers de dragons du régiment mestre de camp général ».
Le Grand jeu de /niume servait sans doute de salle de spectacle aux comédiens de passage, mais la seule repré* sentation qu*on y connaisse est celle que les élèves des Oratoriens y donnèrent le 16 août t754 (1).
Les forains dressaient leurs tréteaux devant Tentrée du chAteau, place des Halles actuelles. Ils se transportèrent place de la Brèche, lorsque cette belle promenade fut définitivement en étut,vers 1760 (2;. On a vu que parfois les joueurs de marionnelles se mettaient en chambre. Un boulanger de la rue Saint-Jean, le sieur Méchain, donnait asile h ces comédiens populaires.
Ainsi, à Timitation de Poitiers, ChAtellerault, Loudun, Niort,eurent à la fois plusieurs jeux de paume. Dans ces trois villes, la vogue de ces établissements semble avoir suivi les mêmes phases. Le xvi* siècle vit Tapogée des jeux de paume. On en trouve au moins trois dans chaque ville ; au xvii\ ce nombre se réduit à deux ; il n'y en a plus qu'un au xviii*. Nous allons voir maintenant d'autres villes de moindre importance, où il ne parait pas y avoir eu plus d'un jeu de paume à la fois.
A Saint-Maixent, au xvi* siècle, le jeu de paume était installé dans les fossés de la ville, près de la porte de la Croix.
(i) Pour plus tie délails voir : Clol'zot. Les aocieoii jeax d« paooM à Niort. Rcvi*K d*archêoloicie poilevinf ,iH()K, p. aiH.
(j) « iG68, octobre... nombre d'hjibiiantH [de Niort 'qui estaient assc^iD» blé« dorant la pUiise du Chasirau où il y avait de^ batrlrurs.» Joi'RNAL de Pierre Ba^tard. Société de Stati8tt«|ue drs Deux -Sèvres, 3* série» tome IV^ p. 5o.
Le lendemain de son entréeen charge, le maire le mettait à ferme avec les droits de barrage desportes (l).Àu xvii* siècle, le Grand jeu de paume^ dit de Monplaisir^ occupait remplacement d'une maison particulière portant le n'*^ delà rue deTAbbaye, Le 19 octobre 1699,Ies moines le cédèrent à leur abbé en échange de l'ancienne « halle et parquet ».0q en fit la halle nouvelle. L'ancienne halle, que l'abbé abandonnait à ses religieux, occupait le coin de la place de l'église et de la rue qui descend au pont Charrault. C'est là que se donnaient, au xv!"" siècle, les représentations théâtrales (2).
A Partheoay, vers 1760, il y avait une rue a tendant du Marchiou au jeu de paume ». La promenade. du Drapeau a englobé « le pré de la paume (3) ».
AThouars, à la fin du xvi* siècle, le Grand jeu de paume était situé dans la rue de ce nom, à côté du Clos-Ménard. Une autre petite maison, destinée au même usage, se trouvait sur un autre point de la ville (4).
A Champdeniers, le plus ancien jeu de paume semble celui que les moines du prieuré avaient fait construire en face de leur petit couvent. En 1554, il existait un jeu de paume de la Renauldière^ à l'angle de la Grand'rue actuelle et de la rue du Four, affermé à Jehan de La Houillère (5). On en conservait encore le souvenir à la fin du xvni* siècle.
Benj. Fillon, qui revendiquait pour sa ville natale toutes
(i) Compte de François Masson, 1674-1575. — Richard. Rech. sur Porganisation comm. de Saiot-Maixent, p. 81.
(2) Richard. Chartes de Saiot-Maixeat. Archives historiques du Poitou* XVIII, p. 43 1). — f^s registres paroissiaux de Saînt-Maixeot donnent : Pierre Bouhereau, maître paumier (iSgS); Jean Dupond, marchand paumier (1607); Jean Gilbert, maître du grand jeu de paume dit de Monplaisir (1622). — Communication de M. A. Richard.
(3) Lkdain. Société de statistique des Deux-Sèvres, 3e série, t.VI,p. 35.
(l\) Imbbrt. Histoire de Thouars, p. 266.
(5) Dbsaivre. Histoire de Champdeniers. Niort, 1894» in-8^, PP*59 et i33.
les gloires artistiques, n*avait pas été très heureux dans ses recherches sur les anciennes salles de spectacle à Fontenayle-Comle. Il ne parle que du jeu de paume du château. « La plus ancienne mention de pièces de théâtre jouées à Fonlenay qu'on possède, dit-il, je ne sais sur quelles preuves, date du 25 septembre 1596. C'était le jeu de paume situé à côté du Logis de la Vau, au-dessous du château, qui servait alors de salle de spectacle (!)• »
\ Luçon,le jeu de paume avoisinait la maison de l'Union Chrétienne. Les religieuses l'incorporèrent à leur domaine avanti755. La maison continuaà s'appeler «la paume » (2).
A Montaigu, il existait un jeu de paume sur le glacis de la contrescarpe. Vers 1770 on eut besoin du terrain pour la tenue des nouvelles Foires dont la ville venait d'obtenir la concession. Le jeu de paume disparut (3).
Enfin, à Sainte-Hermine, on trouve un des plus anciens jeux de paume du Poitou. Il existait dès 1395, dans l'hôtel des Thominettes ( i). Un second établissement du môme genre semble même lui avoir Tait concurrence aux portes de la ville, dans un endroit appelé Orguetes.
(i) Fi LLON. Archives bisU>rii|UM de la ville de Foolenay-le-Coinle, U 111, p. ia7.
(2) DéclaralioQ du i4 avril i-jôTt, — ..•PremièremeDl unr nuiifton» cour el «utrrs ap|>arlcoaace9 où autres fois il y avoit un jeu de paume ; artueltcmeol unie et incorporée à lamai^ion de TÛnion Clirétieiine ; laquelle maison est encore aujourd'hui appelée (a /niume, tenant au midy k la rue de la Mai^letainc, vuli^irement appelée rue de lif<)pilal ; nu nord au jardin cyaprt*!i, mur entre deux ; au levant a*jv mainon^ et jardina de M« Valleau, •eiipieur du Kiva2^d;au ciiuchantau dit jardin cy après entre deuv...~Plufl an jardin faisant partie de la maison de iti /Mtamf, séparée en dcui parties par un couloir ou ^alterie qui conduit de notre prinripalte maison h rrllr cy'Hiessus tenant. (Orii^nal, pap. La Foutenelle. Hihltuthrifur tU \i'iri, cari. a8. n*50.)
(3) Henseignement dd à Toblii^nce du dtKleur Mii^nen, de Montaigu.
(4) GuiaiN. Doc. concernant le Poitou contenus dans les rei^. de la Chancellerie de France. Archives historii|urs du P^iitou» XXIV, p. iiji.
J'arrête ici cette énumération, bien loin d'être complète, desjeuxdepaumeda Poitou. Ellesuffit à remplir le but que je m'étais proposé : montrer que les petites villes, les simples bourgades, jouissaient au même titre que les localités plus importantes des plaisirs du jeu de paume. Sans doute, je n'en donne la preuve que pour un petit nombre. Mais cette liste s'allongera dans l'avenir.On arrivera à cette conclusion que je ne crains pas de formuler dès maintenant : jusqu'au xviii* siècle, il existe un jeu de paume dans toute localité assez importante pour avoir des foires, et par conséquent des auberges. Les troupes de comédiens nomades^ que les hasards de l'étape forçaient à s'arrêter dans ces bourgades, étaient donc assurées d'y trouver une salle pour dresser leurs tréteaux et donner leur spectacle.
Quant aux villes où le nombre des joueurs avait permis l'installation de plusieurs jeux de paume, nous avons vu que les comédiens y faisaient choix d'un établissement plus à leur convenance ou mieux situé qui devenait a le jeu de paume où se donnait la comédie (1) ». Vers le milieu du xviii* siècle, les contrôleurs généraux ou leurs subdélégués, les officiers de la garnison, les notables négociants qui avaient été à même d'apprécier les théâtres de la capitale, firent honte à leurs compatriotes de leurs goûts surannés. Des sociétés d'actionnaires se formèrent. On acheta le jeu de paume où se donnait la comédie, on y fit quelques réparations^ et l'ancien tripot, à peine modifié,s'intitula pompeusement « salle de spectacle » . Telle est la genèse de la
(i) Les teaancîers des tripots cherchaient à créer un privilège en faveur de leur établissement. M. de Gouvenain, dans son Théâtre à Dijon (in-4', 1888, p. 44 )> cite la requête du paumier de la Grande Salamandre, offrant de payer une redevance pour que les comédiens fussent obligés de jouer à son tripot à rexclusiod de toi^s fiutreSt
plupart de nos thédlres provinciaux avanl la Révolution.
La première salle de spectacle ouverte en Poitou est, comme de juste^ celle de Poitiers. Elle remonte à 1766, et même à 1756 si Ton 8*en rapporte aux souvenirs de Tanciea concierge Bouriaud, en bonne posture pour être bien renseigné (1). Elle fut établie rue de TAncienne-Comédie, dans la salle du Petit Brae^ que Ton accommoda sans grands frais àsa nouvelle destination. Le receveur des traites Forien, qui parait avoir été le promoteur de Tentreprise, y associa le marquis et le comte de Nieuil, le marquis de Marconnay et le marquis des Francs. Le compte d'achat et de construction fut modique. Il fut couvert par six actions de dixhuit cents « et tant de livres ». Chaque associé en prit une, Forien deux. Le jeu de paume, qui n'avait plus sans doute de clientèle, fut acheté à la veuve Pingault moyennant une rente foncière annuelle de cent vingt livres, et une redevance de trente sols au chapitre de Saint-Hilaire de la Celle [Piècet justificatives LV, LVl, LVIII).
L'opération n'était pas mauvaise, car, tous frais payés, la salle donnait un revenu moyen de mille livres par an. Les associés n'avaient pas lieu de se plaindre : ils avaient placé leur argent à plus de 1 5 0/ • Pièce justificative l\\).
J'imagine que les spectateurs devaient se montrer moins satisfaits. Les souvenirs de Belin de la Liborlière font de
(i) Pétition «dressée au prffet de la Meone le 5 juillet tKi^ : « M. le ■MnfQis et madaoïe la marquise Poute de Nieuil, me vendirent, il j a à peu près dix ans, la salle actuelle des spectacles. (let établinsement, qui existait alors depuis cinquante ans, éuit dans un dclabmnent complet « » Arrh, drp, de la V'i>/i/i**,0 3,7. — D'autre part, une dèlibènition du conseU municipal, du 8 déc. iKi V dit que '• la ^lle de spertarln établie «Uns cette ville appartient à un particulier qui l'en l retient à se^ fnii% ; que les difTérentes troupes qui ont joué la conuslie à Poitiers en ont touj(»urs «upporté la locntion, dapuissa construction qui remonte en t7t'H>. » .trt-A. cumm. de Poitierg» Heiç. des délibérations du conseil municipal.
3i0 L'ANCIEN THÉÂTRE EN POlTOD
la salle un tableau lamentable ; les détails que permettent d'y ajouter les ordonnances de police, et un inventaire mobilier de Tan X ne la montrent guère sous un jour plus favorable.
C'était l'ancien jeu de paume, à peine modifié (1). Le parquet seul avait dû être abaissé, car on y descendait par un escalier de plusieurs marches, tandis que les premières loges, — nous les appellerions aujourd'hui baignoires, — se trouvaient au niveau du vestibule d'entrée. Quand on avait franchi cet escalier, si étroit que quatre ou cinq personnes avaient peine ày passer ensemble, on entrait à l'orchestre ou parquet, garni de bancs couverts de toile grise. Derrière, s'étendait le parquet, oiiles spectateurs restaient debout. Sur les trois côtés de la salle, à hauteur d'homme, régnait une galerie formant les premières loges.
En tenant compte du peu de largeur d'un jeu de paume, — neuf mètres environ, — on voit que la salle devait assez bien ressembler à un long couloir, très étroit et fort incommode.
Les premières loges étaient au nombre de sept: trois de chaque côté et une de face. Elles avaient chacune une porte particulière, sur un étroit corridor intérieur. Les spectateurs pouvaient s'y enfermer au verrou, mais ils n'étaient séparés de leurs voisins de loge que par une simple cloison en planches de quelques pieds de haut, facile à enjamber. Quelques tètes de porte-manteaux et deux tablettes de bois formaient tout l'ameublement.
(i) Ed 1817, répoodaDt à la pétition de Bouriaud^ qui demandait à être indemnisé du préjudice qu'allait lui causer la construction du nouveau théâtre, le préfet de la Vienne fait observer que la salle « peut encore être rendue à son état primitif de jeu de paume ». Elle n'avait donc subi aucune modification importantie.
LANCIBN THEATRE EN POITOU Sll
Au-dessus, s'élevait la seconde galerie qui Tormail sur les côtés les secondes loges, et au fond ramphilhéAlre, dont les places étaient fort recherchées. Deux loges grillées avaient été ménagées de chaque côté de la scène.
Le prix des places, de 1787 à 4790, était, aux premières loges et à TamphithéAtre, 36 sous; à Torchestre et au parquet, 24 sous; aux secondes loges et au parterre, i2 sous.
Aucun ornement d'architecture, de sculpture, ni de peinture digne de ce nom ne décorait les murs. La salle, en 4800, était peinte couleur lilas.
Le magasin de décors à cette époque n'était pas brillant. On y voyait encore ceux qui servaient au xviii* siècle, lamentable défroque de toiles de fond usées, décolorées, hors de service : palais, salon, place publique, intérieur rustique, prison. On y ajouta à la Révolution quelques décors nouveaux brossés par le peintre local Hivonnait, qui ne devaient pas donner grande idée aux étrangers du goût artistique poitevin {Pièce jmtificaiive LXI). D^ailleurs, l'es* pace eût fait défaut pour une décoration compliquée. Le théâtre, sans avant-scène, n'avait aucun dégagement. La place manquait pour l'emploi des machines les plus simples. I^s acteurs n'avaient d'autresloges que de véritables bouges formés dans les encoignures,touchant presque aux coulisses, et où il fallait s'habiller en commun (1).
Avec tant d'imperfections, la salle de spectacle de Poi-^ tiers a l'air d'un palais si on la compare à celle de Niort, élevée, à lafîn duxviii* siècle, par le maire, Mathieu Houget de Gourcez, rue de la Juiverie. On est assez mal renseigné
(t) La LiBonuiiiB. Vieux souvenirs de P«Hliers, p. iSV — Senleoce du présidial du 5 février 1780. — Arréidn Parlement du ta août 1786.
sur ce premier théâtre niortais, qui a pourtant subsisté jusque vers 1830, dans le jardin de rimmeuble occupé aujourd'hui par la Société Générale, rue Yver. La porte d'entrée, qu'on peut voir encore, rue de la Juiverie, n'a rien de monumental. Elle était surmontée d'un fronton en marbre dont l'encastrement est resté dans le mur. A l'intérieur ses dimensions exiguës la rendaient fort incommode. Elle n'avait qu'ion seul rang de loges, au niveau du sol du jardin.
La munificence du maire ne dut pas lui coûter cher, car il possédait dans cette même rue de la Juiverie un vaste magasin qu'il louait comme écurie aux régiments de la garnison* Il se contenta, sans doute, de faire . aménager son hangard pour ce nouvel usage (1).
Après 1791, les salles de spectacle se multiplièrent, mais elles furent presque toutes installées dans des églises ou dans des chapelles. Les clubs révolutionnaires, qui cherchaient à remplacer les cérémonies du culte proscrit par des fêtes patriotiques, cherchèrent àrendre leur protestation plus énergique en lui donnant pour théâtre le lieu même consacré à l'ancienne religion. Elles y trouvaient aussi, il faut le dire, un sérieux avantage pécuniaire, car on ne savait que faire des chapelles. Les acquéreurs de biens nationaux ne se souciaient pas d'immeubles impossibles à utiliser et difficiles à démolir. Presque partout on abandonna les églises auxclubs ou aux municipalités. Leurs vastes dimensions en faisaient des salles de spectacle toutes trouvées . Une fois installées, elles subsistèrent souvent jusqu'à nos jours avec cette singulière affectation.
(i) n reçut du corps de ville 260 livres pour la location du 4 <^oût 1766 au 4 août 1768. — Arch. comm. de Niort. Assemblée du corps de ville du i4 avril 176g.
On arrive ainsi à partager les anciennes salles de spectacle en deux catégories. Celles qui remontent au grand mou* vemenl du xviii* siècle, installées dans d'anciens jeux de paume: celles qui prirent naissance après 1791 Jmprovisées dans des églises ou des chapelles désaffectées. De nos jours seulement, les municipalités de province se décidèrent à construire des édifices spéciaux, et renoncèrent h se servir d'anciens b&timents, que la menace d*une ciliisirophe ter* rible en cas d*incendic aurait dû Taire rejeter depuis longtemps.
Passons rapidement en revue les salles créées par la Hévolution.
A Poitiers, Péglise des Augusiins servit quelque temps aux représentations dramatiques. A Parthenay, la Société des amateurs jouait dans une salle dont remplacement est inconnu, mais que le préfet Dupin put encore voir vers 1800. \ Fontenay, les comédiens de passage et les sociétés d'amateurs donnaient leurs représentations dans la salle de danse de Tarchitecte Caldelar. En 179«5, la Société populaire aménagea la chapelle du collège des Jésuites. Ce local incommode, acheté par une dame Avril, et revendu à la municipalité en 1821, fut, malgré différents projets présentés par Caldelar, l'unique établissement dramatique de Fontenay jusqu'en 1837. Lorsque la ville en devint acquéreur^ le mobilier consistait en « un théâtre en planches supportées par dos tréteaux, banquettes avec leurs garnitures^ bancs, chaises, quinquets, chandeliers à plaques et autres petits menus objets »». Le tout fut estimé mille francs (1).
(t) OrdoDDaoce du roi du a^ octobre iHii .itiloris;int la villr de Fontenay à acquérir la salle de la veuve Avril, imiycniianl une rrutr dr j'»o fr
31 i L ANCIEN THÉÂTRE EN POITOU
On conçoit que les amateurs de spectacle dussent difficilement se contenter de salles aussi modestes. Dès le commencement du xîx* siècle, ce fut une véritable rivalité entre les villes du Poitou pour avoir des théâtres dignes de ce nom* Dans cette course d'un nouveau genre, Poitiers fut distancé. Niort arriva bon premier.
Dès le 21 juillet 1796, un groupe d'actionnaires, représenté par J.-B. Lefranc, imprimeur du département, demanda à l'administration municipale de mettre en vente un terrain compris dans l'enceinte du château, le long du fossé, en face de la maison du maire Brisson (1).
L'avis du conseil fut favorable, l'administration départementale homologua l'arrêté, mais au moment de la mise à exécution du projet, remplacement parut mal choisi, et les actionnaires tournèrent leurs vues d'un autre côté.
Le 11 juillet 1800, Lefranc, agissant en leur nom, acheta une partie du couvent des Carmélites « consistant en la ci-devant église, les petites bâtisses qui l'environnent sur trois côtés, la petite cour d'entrée et la portion du terrain compris entre le prolongement et la ligne parallèle du mur longitudinal à gauche de ladite église, à quatre pieds en dehors dudit prolongement, contenant 1143 mètres carrés ». Le prix d'adjudication fut de 196.000 francs en assignats, ne valantguère^ à cette date, que4.155 francs en espèces.
La somme n'était pas élevée, mais elle ne représentait que la plus faible partie de la dépense. Il restait à transformer la chapelle en théâtre, à bâtir à côté une salle
et une somme de mille francs. — Inventaire de la salle de spectacle au 3o novembre 1821. Archives comm. de Fontenay.
(i) Rue Brisson, en face les halles actuelles. Archives départementales des Deuœ-SèvreSj 1. 34, reg.
de café^ et à planter une promenade devant lu façade.
Les actionnaires s'engagèrent chacun pour 1.200 francs. Us étaient h l'origine trente-deux, choisis parmi les notables de la ville. Le général Dufresse, commandant la place de Niort, s'inscrivit un des premiers, en souvenir, sans doute, de son premier état de comédien (1). Le secrétaire de la préfecture, Chauvin-Hersant, et le maire, Brisson, entraînèrent un certain nombre de riches propriétaires et de notables commerçants. Malheureusement, au moment d'effectuer les versements, plusieurs sociétaires se retirèrent. La première mise de fonds ne fut que de vingt-quatre parts de 1200 francs, faisant un total de 28.800 francs. Avant mrme Tachèvement des travaux, il fallut recourir à un emprunt ruineux. La société se trouva, dès sa création, en face d*une situation obérée dont elle ne put jamais sortir.
Les résultats artistiques du moins furent appréciables. Au mois d'octobre 1801 , les Niortais eurent un théâtre di^ne de ce nom. Il parait bien modeste, aujourd'hui, à un siècle de distance, ce joli monument de l'ingénieur Demetz. Mais comparons-le à la salle de spectacle de [\)itiers, dont nous avons donné la description, et nous nous expliquerons l'enthousiasme de nos pères pour Télégante façade ionique, au proGl si pur, décorée des bas-reliefs de Bernard d*Agescy« C'était la première salle en forme d'hémicycle que l'on ait encore vue en Poitou : l'iincien jeu de paume faisait place au théâtre moderne.
La salle de la rue de la Juiverie ne servit plus qu'aux spectacles secondaires, escamoteurs, acrobates, montreurs
(i) Simoa-Ca mille DufrcMso, i^t'iirral, ne à la Hochelle le a iimrii 17O2» mort le aO février tH^3, avait exercé IVlalde cuDicdieo avaat ta lUvoluUuo.
de marionnettes. Au mois fd'avril 1817, on y jouait la Passion.
Bien entendu la folle prodigalité des actionnairesniortais ne fut pas imitée. Les autres villes du Poitou qui construisirent des salles de spectacle sous le premier Empire se montrèrent plus modestes.
Celle des Sables-d'Oloone se trouvait dans la rue qui porte aujourd'hui le nom derue de l'Ancienne-Comédie. C'était un vaste hangar d'environ quatorze mètres, aux fenêtres irrégulières, étroites et peu nombreuses. A l'une des extrémités se trouvait une porte à plein cintre, actuellement mu-
rée(l). Les concerts des Sables s'y donnaient en 1804.
A ChAtellerault, il ne semble pas y avoir eu de salle de spectacle proprement dite pendant la Révolution. Le temple de la Raison fut choisi,en 1794, pour la représentation d*une pièce patriotique.
A la 6n du premier Empire^ Tancienne église des Minimes, qui avait servi successivement de lieu de réunionàla Société des amis de la Constitution, d'entrepôt de grains et de magasin à fourrages, fut convertie en salle de spectacle. Le chœur devint la scène. Deux chapelles formèrent les uniques loges d'avant-scène grillées. Un plan incliné, par* tant de Torchestre, montait jusqu'au mur d'entrée de Téglise, où il s'élevait de six à huit'pieds au-dessus du pavé. Ce long amphithéâtre était garni de bancs en bois qui prenaient à l'orchestre le nom de premières, et, un peu plus loin, de secondes. Derrière, selon l'usage, s'étendait le parterre debout formant les troisièmes. Un unique escalier, prenant naissance dans le vestibule d'entrée, desservait toutes les places. La cuge s'ouvrait sous les troisièmes qu'elle divisait en deux parties, les dernières marches atteignant le plancher de l'amphithéâtre vers sa moitié, c'est-à-dire à la hauteur des secondes. Un quinquet à quatre branches et quelques appliques formaient tout l'éclairage. « Mais, ajoute un contemporain bénévole, les murs blanchis à la chaux n'absorbaient pas la lumière, et il ne faisait pas trop sombre (2). »
(i) L'immeuble eut occupé par uo sîeur Robio, menuiHier, qui t'en nert comme écurie et comme dé|)ùl de boi*!. (HciiHcii^neroenls fouriiin par MM. BiUoo et Odin, des Sable» d'Olcmor.)
(a) M. Labbém*a communique, avec un dt*!»intf rrHHomenl parfait, \rn i\olr% qu'il avait pu réunir sur l'ancienne nallc dr ChAlrlIrraull. Iji description du local est empruntée à un ouvraiçe iurdii de (j<idard, ancien maire de t.Uà» telleraull, qui fait partie des riches collections poiic\ iucji de M. l^bk>e.
Celle salle resla dans le même état, avec les courants d'air de ses hautes voûtes, jusqu'en 1843. A celte époque, on lui fit subir d'importants aménagements qui l'ont rendu un théâtre très acceptable.
Loudun, au moment de la Révolution, possédait une salle de spectacle et de redoute construite par un sieur Berlin, marchand. Elle occupait l'angle précédant l'éghse Saint- Léger, à gauche, dans la rue qui conduit du Petit Château au Grand Château. Un incendie la détruisit dans la nuit du 19 au 20 septembre 1790 (1).
Les Loudunois restèrent privés de salle de spectacle jusqu'à l'Empire. Les maigres troupes de comédiens ambulants, qui se risquaient à donner quelques représentations, ne trouvaient d'autre local qu'une méchante grange ou une grande écurie, où l'on établissait des planches sur des tréteaux et des tapisseries pour former les coulisses.
Le 6 septembre 1806, Loudun eut enfin une salle de spectacle qu'un cafetier de l'endroit, nommé Bérault, fit élever dans son établissement, au bas de la rue de Housse Galant, en descendant à gauche, avant l'angle de retour.
La salle, disposée sur le modèle de celle de Saumur(2), pouvait contenir trois cent cinquante places. Un menuisier du crû. Tarot fils, se chargea de la charpente et de la machinerie. Deux acteurs de Poitiers, Chevalier et Bascle, peignirent la salle, brossèrent le rideau et les décors obligés: salon, palais, forêt, fond de mer, prison, place publi- ' que, intérieur rustique.
(i) Archives communales de Loudun, Reg. des délibérations du conseil de la commune, 25 septembre 1790.
(2) l^a salle de speclacic de Saumur avait été élevée par une société d'actionnaires en 1785. Une halle aux grains était comprise dans Tédifice. — Chevalier. Revue poitevine et saumuroise, avril 1899.
Ce luxe relatif de mise en scène n^cut pas le don de plaire à tout le monde. Un correspondant grincheux écrivit au Journal de Poitiers :
a Je connais à Loudun beaucoup de gens de goAt qui ne croient pas, comme vous paraissez en être persuadé, qu'il fût très utile d'avoir une salle de spectacle dans laquelle on est souvent entraîné, malgré soi, pour y entendre
Déchirer à chaque moni<)nt Grébillon, Racine ou Voltaire Par un baladin qui souvent Se croit Tidole du parterre, Et qu*on voudrait auuréroent Payer double pour faire taire.
Croyez-vous qu'une ««méchante grange ou une grande éru* rie » n*eût pas chez nous, comme aulrerois, mieux convenu à ces sortes de comédiens qu'une salle artistement décorée, et pensez-vous que même les décorations de TOpéra pussent faire supporter le peu de talent qu'ont ordinairement les troupes ambulantes (1)? »>
Les envieux eurent tort. La salle de spectacle de Loudun donna satisfaction au public. C*est encore aujourd'hui le seul théfttre de la ville.
La Roche-sur-Yon, chef-lieu de déparlement, élait loin d't'tre aussi bien partagée. Napoléon ne jugea pas à propos de doter la nouvelle ville d'un théAtre. En 1812 seulement, une salle provisoire put être installée sous la halle en briques. Comme ce bâtiment était divisé en trois grandes travées, la moitié d'une de ces galeries, sur le c<Mé Kst, fut disposée en salle de spectacle.
Cet établissement n'affichait p.is moindre prétention. La
(i) Journal de Poitiers, 7 octobre 1H416.
portion réservée au public formait un semblant d'hémicycle, qui s'étendait en plan légèrement incliné et laissait libre, dans son pourtour et son milieu, un étroit passage pour la circulation. Devant Torchestre, le parquet étalait deux rangées de strapontins primitifs. Puis venaient les secondes, dont les banquettes de bois étaient munies de dossiers rudimentaires. Par derrière était relégué le parterre, qui n'avait pour sièges que de simples bancs. Une seule tribune, avec deux loges pour les autorités, s'élevait à l'entrée de la salle, face à la scène. Elle était réservée aux spectateurs des premières, qui devaient se contenter de fauteuils et de chaises assez peu confortables. L'éclairage était distribué économiquement par de funjeux quinquets k huile, et sur la scène, forcément restreinte, quatre ou cinq décors suffisaient à toutes les exigences dramatiques. Il y avait place pour trois cents spectateurs environ qui payaient 2 francs aux premières, 1 fr. 50 au parquet, 1 franc aux secondes et 50 centimes au parterre.
Cette salle servit aux représentations théâtrales jusqu'au règne de Louis-Philippe. En février 1842, on commença à se préoccuper de construire un établissementplusconfortable Cinq ans plus tard, en 1847, la salle de la halle fut abandonnée pour le théâtre actuel qu'on venait de bâtir en face de la préfecture, sur l'emplacement des vieilles casernes (1). Un entrepôt de sel et de farine fut installé dans le temple de Thalie et de Melpomène. On s'empressa de faire disparaî-
(i) c( Dans la semaine de Noël, co Tan de grâce i85o, des acteurs improvises leprésentaient sous les balles, dans TancienDe salle de spectacle encore ornée de quelques décors que le badi;s:eonneur, ami d'Apollon, avait respectés, une Paslorale, suivie d*un drame historique en quatre tableaux, intitulé Clément Marot, pour la bagatelle de cinq sous, comme dans ia Dot d^ Auvergne ». — J*ublicateuh de la Vendée.
L'ANCIEN THEATRE EN POïTOO 3«1
Ire tout ce qui rappelait son ancienne destination. L*incendie de 4885 acheva l'oeuvre de destruction. Les murs calcinés du vieux bâtiment Turent rasés pour faire place au marché couvert, inauguré en septembre 1887 (1).
Nous voici au terme de notre travail. Nous avons noté la naissance et suivi les transformations des édifices dramatiques dans notre province jusqu'en 1K06. Le théâtre actuel de Poitiers est plus récent. Il n*a vu aucune des représentations qui ont fait Tobjel de notre élude. Nous allons cependant en dire quelques mots. Ce sera la conclusion do tout le volume, le passage du théâtre d'autrefois au théâtre moderne en Poitou.
La construction de la nouvelle salle était réclamée à la fois par le bon goût, « qui gémissait de voir les chefs-d*œuvre de la scène française représentés sur un pareil théâtre, » et par la sécurité publique compromise dans une salle sans issue où le feu eût causé un malheur inévitable. Les habitants du quartier se plaignaient également de ce que, loin d*étre isolée, la salle était entourée de bâtiments dont les charpentes, liées avec la sienne, pouvaient entraîner toutes les maisons voisines dans la catastrophe.
Le premier projet qui se fit jour plaçait la comédie dans Fancienne église des Augustins, où Ton avait donné déjà quelques représentations sous la Révolution. La difficulté d'isoler Tédifice, la forme allongée delà nef, peu favorable à l'acoustique, fit abandonner cet emplacement, et Ton se tourna du côté de la poissonnerie.
La poissonnerie, qui occupait autrefois le côté Sud de la place d'Armes, avait été transportée au Nord vers 1784,
(i) Tous ces rens^ii^nrmrolft m'ont clé ohlit^caniinciit rnvoyc«« pjr M. Eug. Louis» l'érudit bibliolbéoiirc de Iji Hoche-jiur- Yon .
ainsi que la boucherie. C'étaient deux bâtiments jumeaux, qui ressemblaient à deux granges très basses* longuement alignées Tune près de l'autre. Ils furent abandonnés lors de la translation de l'ensemble du marché sur la place Notre- Dame. Mais le projet d'y bâlir le théâtre, présenté par Vétault au conseil municipal le 18 février 1804, n'aboutit point. Quelques années plus tard, on proposa sans plus de succès l'ancienne église Saint- Didier, puis le 7 mai 1810, l'enclos des Jacobins, qui eut un instant de faveur. Mais on finit par revenir à l'emplacement de la place d'Armes. Le 26 août 1816, le conseil adopta le plan Vétault, modifié par l'architecte Galland.
Les travaux fureritadjugés le 21 juillet 1817, à l'entrepreneur Mathé, sur baisse de prix, à 1 13.000 francs. Ils durèrent deux ans, et la nouvelle salle fut inaugurée le 9 septembre 1819 (1). C'est le monument qui sert encore de théâtre à la ville de Poitiers.
(i) Le règlement des comptes donna lieu à plusieurs procès entre la ville et l'entrepreneur. Des mémoires judiciaires furent publiés de part et d'autre.
1377, 13 juin.
Don du duc de Berry à un baieleur de Fontenay^le^Comle.
Compiesdr ThAtel du duc de Berry. Arch. nat. KK s5a» fol. i3.^.
A un ménestrel qui joua des bastiaux devant monseigneur a Fon* tonay le Comte samedi xilj jour du dit mois de juing, pour don de roondit seigneur xv sols.
1377, juin, et 1378, 27 mai.
Dons du duc de Berry à des compagnons de Fontenny^te* Comte qui avaient exécuta devant lui plusieurs divertis-^ sements.
Comptes de PhtMel du doc de Berry. Arch . ost. KK aSa» foL i34 et 176.
1977, juing. — A plusieurs compagnons de Pontenay qui fai* soient feste et veinreot dancier devant monseigneur dimanche, xiiij* jour du dit mois, pour don de mondit seigneur xx sols.
1378. ^ A plusieurs compagnons de la ville de Fontrnay qui dancerent devant monseigneur et Charles monseigneur après disner et firent plusieurs esbatemens le dit jour 'd*AscendonS7may «pour don de mon seigneur xx sols.
1449, 1®*" mai, Poiliers.
Jehan Chanieclerc^ bateleur ^ condamné d F amende pour avoir fait l'annonce de ses exercices sans autorisation,
Manuscr. dit de Saint-Hilaire. Biblioth. muDÎcip. de Poitiers. Ms. Sgi, fol. 87.
Indiq. : Inventaire des arch, comm, de Poitiers, p. 280. — Clouzot, la Tradition en Poitou, p. i<i6.
... Aujourd'huv Jehan Chantecler, bateleur, a esté trouvé en la ville de Poictiers sonnant d'une trompe pour appellerle peuple à aller veoir les jeux de basteaux qu'il vouloit fayre en ycelle et pour ce que sans congié de sîre Thoummas Boyleve a présent et lors maire il a sonné la dicte trompette et se vouloit immisser de jouer disant que le prévost de la dicte ville luy avoit donné congié de ce faire, le dict monsieur le maire luy a deffendu qu'il ne luy fist plus rien de ce qu'il a faict sans son congié, l'a retenu en l'amande de soixante solz. Presens ad ce Jehan Boileaive le jeune, Colin MourrautyJametGervais, Pierre Malra, Guillaume Rétif, Jehan Engibaut, sergens du roy nostre sire, et raoy Pasquier. Laquelle amande roondict sieur le maire eu pitié et faveur de ses femme et enflPans dont il a grant charge et a la requeste des dictz presens luy a donné quictance et remise.
Pasqoibr .
1459, 10 août, Poitiers.
Mandement du chapitre de Sainte-Radegonde ordonnant de conserver pour Vusage du chapitre Véchafaud qui avait servi au mystère de saint Georges,
Reg. des délibérations du chapitre de Sainte-Radegonde de Poitiers. Arch. départ, de la Vienne, G. i58i^ fo 22.
... Insuper datum fuit in mandatis magistro Michaeli Claveurier ut lignum quod pro misterio martirii Sancti Georgii fuerat apposi-
tuiD în faction6|gallicè ehaffaulx, et arretUtum per cUenlam Garin, teo6atur aub arreaio et pro arrestato qualiter visum Tuit quod propicium erit ad factionem capituli; veruro tameo voluit et ordinavit capitulum quod expense facte in prandio quorumdam domiaorum canuniooram, qui ibidem inter fuerunt io dicto misterio, soUantur Stéphane Hiliti vel ipso qui ipsas fecit.
U7(i, 27 juin, Poitiers.
Défense faite au maître de la psallette de Saini-llilaire' ie^Grandf Jean de Barery^ de se mêler de farces et de moralités.
Rei^. des délibéra lion tf du clmpitre de Saint- Il ila ire- le-Graod de Poitiers. Arcb. départ, de la Vienne, G. GsO, fol. i5.
PuBL. : Clouzol. Bevae Uluitrée de$ provinceê de COuett, sept. 1894» p. tia.
IftDiy. : Inv» somm, dm Arch. départ, de ta Vienne, Arcti. ecctéM., 1, p. 82. — Looguemar. fCseat tiitt, snr Saint^I/itaire-te^GroMt, p. 3o5.
... Domini capitulantes inhibuenint magistro Johanni de Batery, rectori aive gubernatori clericulorum chori ipsius ecclesie, nea celero habeat se intromictere de et super quibusdam vi)ibu8,lurpibus, iofamibus et inhonestis India seu jocis, vulgariter et galice nuocu* patis/arreiT, moraliléi, et hujuscemodi publiée, manifeste vel occulte» oec etiam alio8,et maxime illosqui suntdoecclesia, ad Eaciendum talia et taies insolencias,provocet sive facere procuret quofismiido» sob pénis excommunicationis ot privationis suarum admioiatracio* nia et officii que habet et obtinet in predicta ecclesia; quam qui* dem penam ex nunc pro ut ex tune et e converso prf'fati domini vo* hserunt et voluot dictum de Bavery incurrere et incurrisse, ai aecua ioeerit.
1478, 6 juin, Poitiers.
Défense faite aux chapelains de Saint^-IIi/aire-le-Grand de prendre pari aux moralités^ farces et jeux sotis peine et excommunication et de privation de leur office.
Reg. des délibérations du chapitre de Saint-Hilaire-le-GraDd de Poitiers. Arch. départ, de la Vienne, G. 5a6,fol. 127.
Indiq. : Longuemav , Essai hist, sur Saint- ffilaire'le'Grand, p. 3o5.
PuBL. : Glouzot. Reoae illustrée des provinces de V Ouest ^ sept. 1894, p. 112.
... Instante et requirente reverendo pâtre domino Roberto de Domo, décretorum doctore, canonico et promotore causarum officii presentis ecclesie, predicti domini capitulantes, cei lis legitimis et rationalibus de causis ipsi moventibus, decreverunt inhibitorum fieri, sub pénis excommunicationis et privatlonis pannoram presentis ecclesie, omnibus et singulis cappellanis, ptesbiteris et non presbiteris ecclesie, ac eisdem subditis, ne babeant se intromictere de ludendo palam, publiée vel occulte moralitates, farsias, joca et hujus modi, nec etiam dareaut prebere aliis non subditis ad hoc faciendum consilium, auxilium, favorem vel juvameii quovismodo, et ne ipsi subditi possint pretendere justam ignorencie eausam fuit appunctuatum quod eisdem intimabitur et insinuabitur hujusmodi inhibitorium per correlarium hujas ecclesie.
1508, 26 juillet, Poitiers.
Permission donnée aux clercs de Saint-Hilaire^le-Grand de figurer dans le mystère de la Passion^ et au chantre Noël Gallois^ déjouer Satan,
Reg. des délibérations du chapitre de Saint-HîIaire-le-Grand de Poitiers. Gopie par don Fonteneau, t.XXXV, fol. 124, Toriginal manque. Bibl. municip. de Poitiers.
PuBL. : Longuemar. Essai hist, sur Saint- ffilaire-le-Grand, p. 3o6. — ClouzoL Reoae illustrée des provinces de VOuest, déc, 1891, p. 223.
... Permissum est quibusdam civibus hujus civitatis^qui ad laudem Dei et .fidei exaltatiènem iiguraturi sunt bac in urbe mysterium Passionis Christi, habere clericulos ecclesiœ presentis; nec non etiam permissum est magistro Natal! Gallois, presbytero tenorista presentis ecclesi», ut valeat personatum Sathan ludere seu figurare.
PIÈGES JOSTIFICATIYES 327
1508, août, Poitiers.
Représentation du mystère de la Passion sous la mairie de Philippes de La Ruelle^ par Jehan Maignen et Jehan Bouchet.
Arcb. comin- de Poitiers. Cartoo 4^, reg. ii, fol. 5o.
... L'an de grâce mil cinq cent et huit» le vendredi emprès la reste sainct Jelian Baptiste et le derrier jour de jung, maistre Phe» lippes de la Ruelle, licencié en lois, fut esleu en maire de la ville et cité de Poictiers, et le jour de Sainct Gyprien qui fut quinze jours après, y fut receu et mys en poccession. Et le cours de son année géra et exerça ledit estât. Et, en icelle dite année fut jouhé bien el bounorablement et sans scandalle aucun le mist<'*re de la Passion qui dura par neuf jours, et d*icelluy mistaire estoient entrepreneurs maistres Jehan Maignen et Jehan Bouscbet.
Vil! bis 1508, 8 août, Poitiers.
Uassemblée capitulaire de Saint^Hilaire-le-Grand ne peut avoir lieu^ par suite de Fabsence des chanoines assistant à la représentation du mystère de la Passion.
Reg. des délibérations du chapitre de Saint- Hilaire-le^rand de Poitiers. Copie par don Fonteoeau, t. XXXV, fol.» Toriginal manque. Bibl. municip. de Poitiers.
PcBL. Longuemar. Eaai hUtoriqae $ur Saini^HUair^e^iroMd » p. 3oô.
martis octavà menais augusti anno Domini 1508 non fnit lentum capitulum propter absentiam dominorum canonicorum, qui vacavcrunt misterio Ascensionis et Passionis Cliristi, dominicà die pneccdente, quà die celebratum est festnm TransUgurationis, incepto.
1534, 21 mars, Poitiers.
Refus par le chapitre de Saint-Hilaire^le-Grand de prêter des vêtements sacerdotaux pour les acteurs du mystère de la Passion.
Re|^. des délibérations du chapitre de Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers. Ârch. départ, de la Vienne, G. 528, fol. 2Q4 vo.
Indi^. :/nv. somm. des Arch, départ. de la Vienne, Arch. ecclés.^l.'p.S^.
PuBL. : Clouzot. Revue illustrée des provinces de l* Ouest, déc. 1891* p. 275.
... Super supplicatione quorumdam proborum virorum hujus civitatis ministerium Passionis Domini nostri Jesu Christi hoc anno manifestare in Yeteri Foro Pictavis ut allas volentium et intendentium, capituletur de gratia eorum, voto annuit dempto de Rebours, qui non fuit opinionis quod indumenta ecclesiastica hujusce ecclesie ad alios usus preterquam ecciesiasticos quoquo modo appUcentur.
1534, 6 juin, Poitiers.
Prêt de deux dalmatiques vertes par le chapitre de Sainte Hilaire-le-Grand pour habiller les acteurs du mystère de la Passion.
Keg. des délibérations du chapitre de Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers Arch. départ, de la Vienne, G. 828, fol. 277.
Indiq. : Inv, somm, des Arch. départ, de la Vienne. Arch.ecclés.y\yp,%Z. — Longuemar. Essai hist. sur Saint-Hilaire-le-Grand, p. 807.
PuBL. : Clouzot. Revue illustrée des provinces de VOuest^àéc. 1891 p. 277.
... Audita requesta per dominum Leconte pro magistro Michaele Gillet facta ut nanciscatur duas dalmaticas^ viridîs coloris, pro faciendo habitum ad simulandum sanctum Joseph in teatro Passionis hoc anno, conclusum extit quod ipse Gillet, dictas dalmaticas habebit, quas prefatus dominus Leconte in debito statu reddere promisit.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 3i0
1536,21 juillet, Poiliers.
Refus des chanoines de Sainte^Radegonde de recevoir un Enfani^'Sans souci comme chantre de leur église,
Reç. des délibéraiîoDs du chapitre de Sainl-Rade^i^de de Poitiers. Arrb. départ de la Yieone, G. i585, fol. qS, vo.
. . . Super rcquesta dicUs domioicis cappituU Dtibus et cappitulo fada per unuro tenorem qui dictus fuit esse uoun de infanlibut niclnl looranlibus, vulgo Us enfans sam soucyz nuncupatis, de presentt in hac ci vitale Piclavensis existante, videlicet quatinus plae(*ret eisdcm dominis cappitulantibus et cappilulo ipsum tenorfiOï in sua corum ccclesia reciperc. Et deliberacione super hoc |)crhabita prefati doroini cappitulantes videbaotur iDagnam liabcre anectionein diclum tenorem recipicndi et eum recepissent nisi dubilassent quod ipse tcnor, postquain receptus fuisset et pro eo solvisseol ingressus suos, ipse a présenta ecciesia recesstssot.
1600, 21 juillet, Poitiers.
« Comédiens soubz la protection de M, le maire^conflit pour eux entre M . le maire et le lieutenant C9*iminel >».
Rffç. des délibé rations du corps de ville de Poitiers. Arcb. cumm. de Poitiers, reg. 69, p. 7.
Imoi^. : Boissonnade, E$sai sar Vorganisation dn iravatt en Potioa, I. p. 43^*
. . . Ledict sieur Maire a aussi remonstré pmniier qu*il tcust en charge et fonction de maire y avoir en coste ville des comme* dians quy ont joué par la permission de monsieur le mairt« anticque, et continuel du depuis à jouer pir sa permission, seroit advenu que quelques clercs de messieurs des conseillers du siège Présidial se seroient entreprins de noyse avea| les dicti corn*
médians, et yceulx dictz clercs obtenu décret de prinse de corps contre les dictz commedians. Et en vertu dudict décret faict constituer prisonniers yceuii dicts commedians, ce que ayant sceu ledict sieur Mayre auroit rescrypt a monsieur le Lieutenant général criminel pour luy faire entendre ce que dessus représanté par son escrypt permettre que lesdictz commedians (eussent eslargiz soubz la garde d'un sergent. Et a ce le dict sieur Lieutenant auroit faict responce qu'il ne sçavoit queestoit, ce que voyant ledict sieur Mayre se seroit transporté es prison et soy chargé des dicts personnes qu*il auroit mis soubz la garde de ses sergens, ce que ayant scea le dict sieur Lieutenant criminel auroit, ce requérant messieurs les gens du Roy, ordonné que le sergent dudict sieur Mayre eust a remettre les prisonniers es prisons et en son refuz le dict sieur Mayre y seroit contrainct par corps, saisye de ses biens et aultres voyes duhes et raisonnables.
Par le dict mois et cent a esté advisé.
1601,30 juillet, Poitiers.
Défense faîteaux comédiens de battre la caisse sans lapermission des tambours de ville et l'autorisation du maire.
Rcg. des délibérations du corps de ville de Poitiers. Arch. comm. de Poitiers, reg. 60, p. 3.
Indiq. : Boissonnade. Essai sur Vorganisation du travail en Poitou j I, p. 428.
. . . Aussy a esté remonstré les tambours de la dicte ville se dou^ loir de ce que, quand il vient des commedians ou aultres, ils ont tambours avecq eulx quy bâtent la quesse, tellement que les dicts tambours quy sont journellement au service de la ville sont frustrez avorr quelque pièce d'argent pour leur ayder à vivre. Par le Conseil a estéadvisé,conclud et ordonné que défenses seront faictes à tous tambours que auront les dictz commedians et aultres ne batre la quesse sans lu permission des dictz tambours de la dicte ville, defences estant faictes à yceulx tambours ne batre la quesse sans le congé ou permission du dict sieur Mayre.
PIÈCES JUStlFlCATIVES 331
1G04, 16 août, Poitiers.
Décret de prise de corps contre de La Hoche l^blanc^ étu^ diant, qui avait tiré Vépée contre les comédiens au jeu de paume de Saint-Jacçues.
Hcif. des délibéraûoiis tlu corps de TÎMe de Poitiers. Arcb. comni. de Poitiers, rrtC. 6 1, p. >V^*
IxDi^». : UoissoQoade : Estai sar Porganitation du Iraoatl en Poiiofi^ I» p. 43o.
Du XVI aougst 1601. Pour quelque querelle advenue au jeu de paulme contre les comédiens. — M. le Maire a remoiistré sabmedy dernier y avoir heu quelque querelle au jeu de paulme Sainct Jacques entre les commedians et Tung le nommé M. de La Roche L^)lilanc, et le dict La Roche avoir esté avec'{ aultres de ses compagnons faire quelque ofences à la femme du maistre commedian, et de ce seroit advenu quelques coups d'espées, ce que ayant esté à la eognoissence du dict sieur Maire se seroit transporté jusque au lieu où les violances et ryxes auroyent esté faictz, s*en saisy de la personne du dict sieur de I^ Roche Leblanc et armes qui estotent au logeis...de M.J. Desmoulins, procureur» desquel/ le dict de La Roche est faict information et décret de prince de corps luy décerné es conseil par sentence de la prevosté. El d'aultant que les dictz commedians ont volontairement poursuit le dict Leblanc et (|ue le dict sieur Maire se départe cougnoistre de la dicto cause pour ostre parant : par le Conseil a esté, par syre Gaulchier de Saincta Marthe, plus ancien pair et échevin, procedder à la sanction et jugement du procès avec M. P. Masurier, commis de M. le Mayro pour leier* ctee de la jurisdiction de Téchevinage. Et pour le regard do ce que le dict Desmoulins sçait les ordonnances publicques de ceste ville qui ne permettent à ceulx qui ont des escolliers en leurs maisons aulcunes armes ofensiblesa le dict conseil receu pour en faire provision au désir de rordonnance à la discrétion de M. le Maire.
1605, 13 juin, Poitiers.
Comédiens conf/édics par le maire à la suite <t une mort viip^ lente survenue au jeu de paume où ils jouaient la comédie.
Reg. des délibérations du corps de ville. Arch. commun, de Poitiers, reg. 6i, p.3io,
Indiq. : Boîssonnade. Essai sur Vorganisationda travail en Poitou, I, p. 43o.
. . . Pour les commédiens qui sont en ville et ausquelz H. le Maire a donné congé sur le subjecld'unq jeuneenffén quyse tua au jeu de paulme où jouhent lesdits commedians, par le Conseil a esté décleré que le dit sieur Maire leur baillera permission de jouher jusques à jeudy prochain seullement.
1610, 22 février, Charroux.
Acte de baptême de François Batcsse, fils de Nicolas et Françoise Petite comédiens,
Reg. paroissiaux de Téglise Saint-Sulpice de Charroux. Arch. comm. de Cbarroux (Vienne).
PuBL. : Bricauld de Verneuil. Molière à Poitiers ^ p. 6o.
Le vingt deuxiesme jour de feubvrier Tan mil six cents et dix a esté baptizé François Hausse, fils de Nicollas Bausse, natif de Paris, et Françoise Petit, natif ve de Chartres en Beausse, commédiens, et tenu sur les fons baptismaux par révérend père en Dieu Hessire François de La Roche Jaubert, abbé de Tabbaye de Charroux et à cause d'icelle sieur temporel et baron dudit Charroux, M'« Loys Parpaud, escoUier^et Charlotte de Benaîs, et ce par moy, M'« Guillaume Turpe, licencié en faculté de théologie, et curé de Sainct Sulpice de Charroux.
De la Roche Jaubbrt, abbé de Charroux. L. Parpauld.
1614, 25 mai, Fontenay-le-Comle.
Marché passé parGédéondeLa Tombe ycomédien^ avecMathé Raysonj hôtelier y et Jacob Valloyre, charpentier ^ pour le logement et lentretien de sa troupe^ et la construction de son théâtre.
Archives hîat. manuscr. de Fontenay*le->Com(e, t, III, p. 2Thj* Copie par tes Miinn de Benj. Fillon.
Nnig. : Vallrltc. SfKtétt^ UlUraint^artisiiqae et archéoio^if/uc de la Vendée, V, p. i38.
Pt:BL. : Clouzdl. fievae tlltisirêe des prorinces de F Ouest ^ fév. i8<j5, p. lOi.
Ce jourd'huy, vingt cinquiesroe jour dumoysdc may^Tan mil six cens quatorze, a esté faict le traité qui sensuyct entre Matlié Hayson, maislre de riioslellerie de la Lpamproye. es faulxbourgs dos Ix>gesde Fontenay lo-Comle, et Jncob Valtoyre, maistre charpentier, demeurant audict faulxbourg, d*une part; et Gtnl^on de La Tombe, comédvcn de Monseigneur le (îouverneur de Poictou, de présent en icelle ville de Fontenay,d*autrepart. 1^ dict Mathé Rayson &*est obligé et 8*oblige par le présent traicté, à nourrir, lo^r, héberger, fournir chandelle et boys le dict de I«a Tombe et les comédyens, hommes que femmes et enfants et serviteurs qui avecques luy sont en nombre de dix sept, pendant le temps de six sepmaines, commançantes ce jourd*hui, et ce à rayson de troys escuz, siz tolz, troyt deniers parchascun jour. Item s'est obligé et s'oblige nourrier et escurier cinq cbevaulx et trois mullets au dict de La Tombe appartenant, et à loger quatre charriots et chareltrs où sont bardes, bagaiges et ustensiles à Tusaige desdicts comédiens et serviteurs, ce au prix convenu de troys quarts d'escu par chusqu'un jour. Item, le dict Valloyre, maistre charpentier, sVst ol)li;;é et soblige par iceluy traité àdroisser jouxte le fossé dudictfaulxbourg des Lo^^es, vie-i-vis de la planche de la venelle de la Lampnivt*, une chambre de planches bien et solidement faicte, chaulmre parle sus.de treize toyses et demy de long, buict en large, et troys et d(*fny de hault, avecques planchier sus traîcteaux, jusques au quart la dicte Ion* gaeur, de quatre pieds et demy de hault jouxta le fond de la dicte chambre et troys et demy en avant; et par le derrière de la dicte chambre, une aultre petite chambre de planches de cinq toises do loog, quatre de large et deulx de hault avecques deux portes et etciialles plactes entrant au planchier hault de la dicte grand'chambre; ce moyennant le prix et somme de deulx «^scns et demy par cluisqu'oD jour du premier du moys de juing prochain au premier jour de julyet en suyvant. Item est accordé entre les dictes partyes qu'auront droict les dites Hayson et Valloyre à troys places en la diète chambre, par chasqu*une journée des dicts comt'^dyens. Fait
à Fontenay-le-Comte, au logis de la Lamproye, les dicts jour et an sus mis.
Grdi^on de la Tombe. M. Rayso.v. J. Valoyre.
1616, 4 juin, Poitiers.
Mandement au trésorier de Saint^Hilaire-le-Grand d'avoir à payer les « pentecousteaux « distribués à la fête delà Pentecôte précédente ,
^ Heg. des délibératioDS du chapitre de Saint- Hilaire-le-Grand de Poitiers. Arch. départ, de la Vienne, G. 54o, fol, 82.
PuBL. : Clouzot. Rtvnt illustrée des provinces de F Ouest, avril i8g4j p. 287.
... Ledit jour a esté ordonné que Escottière, recepveur, paiera à Souriceau, pâticier, la somme de cent dix solz pour avoir fourny la présente année de cinqcens de grands penthecousteauxà douze sols le cent, et un millier de petits à cinq sols le cent, revenant le tout à laditte somme de centdix sols qui sera allouhée audit recepveur.
1619, 18 mai, Poitiers.
Interdiction par le chapitre de Saint-IIilaire^le-Grand de jeter des pentecousteaux dans l'église pendant le service divin.
Reg. des délibérations du chapitre de Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers. Arch. départ, de la Vienne^G. 542, p. 3 18.
Indiq. ; Inventaire somm, des Arch, dép, de lu Vienne^ Arch. ecclés,, I,p. 86.
PuBL. : Clouzot. Revue illustrée des provinces de V Ouest ^ avril 1894, p. 287.
. . .Sur ce qui a esté proposé etremonstré que plusieurs gprandes insolences et irrévérences ce iont par cbescun an et arrivent le jour de la feste solennelle de Pentecouste,jetlant des pentecousteaux ou
escriblëlps atec du feu et de Peau par les voultes dans la net do IVj;li5e do c^ans pendant le service divin, et nommément durant le saint sacrilicede la messe dudit jour,avec grand scandale etcon* fusion du feuple. est ordmiiié que telle eouslume sera et est dès h présent cassée, annulée et abrogée. Pour éviter cy après tel scandale et ol)\ierà telles irn^^érences, et que lesdits penterousieaux seront présentés par le bastonnier de céans à ung cIh î-eun de n esaieurs et aux chapelainset choristes. scelon la coulumcet parlesoflU cters sergents de céans au peuple assistant qui en feront distribution à ung chescun.
1 «28, r, juin, Poitiers.
A ufoHsafion refusée par le corps de ville à des romédiens joueurs de farces f/ui voulaient donner leur specincle pendant le temps du jubilé.
ne«r« dos driibéralions du corps ât ville de Poitiers. Arch comm. de Poitiers, retr. 78, p, a 03.
IxDi^i. : Bdis&onnode. Kssai sur Vorgatnmiion tin (rarail en Poitou, I, F- ^27,
Au Conseil ordinaire tenu en la Maison commune de ceste ville de Poictiers, le 5 juin I6:f8.
. . . Monsieur le Maire a proposé qu'une Irouppe de comMiens farseurs lavoient prié de leur permettre de monter sur le théâtre et de représanter leurs farces et commédies, ce qu*il n*a voulu faire sans en prandre rad\is du Con.seil attendu le temps auquel nous sommes, qui nous oblige pluthost à prier Diru et assister au jubilé que d'aller aux spectacles publics; devant et sur lesquelles considérations ledit Conseil a ordonné et enjoint ausdils comédiens de se retirer et sortir de ceste ville.
1620, 4 septembre, Poitiers,
Conflit entre le maire et les officiers du présidial au sujet de comédiens r/ue le lieutenant yénéral routait faire fMir^ tir de la ville.
Reg. des délibëratioDS du corps de ville de Poitiers. Arch. comm. de Poitiers, reg. 80, fol, 63.
Indjq. : Boissonnade. Essai sar l'organisation du travail en Poitou^ I, p. 427.
Au Conseil extraordinaire tenu en la Maison commune de la ville de Poictiers, le quatriesme jour de septembre 1629.
. . . Monsieur le Maire a rapporté et faict pleinte que monsieur le Lieutenant général du présidial avoit donné sentence sur une rcmontrancer à luy faicte par Mons"" Jarno, procureur du roy, par laquelle il enjoint aux comédiens qui sont en ville par la permission de monsieur le Maire, d^ se retirer avec deffence de plus jouer, à peine de cent livres d'amende paiables par corps, nonobstant oppositions ou appellations quelconques le jour d'hier, 3 do ce mois, signifiée le mesme jour à Tun desdits comédiens et rapporté estre signée do Ste Marthe et Jean Jarno, ce qui faict un notable préjudice à Tauthorité de M** le Maire auquel, privativement à tous autres, est Tauthorité d'admettre ou renvoyer lesdits comédiens et autres personnes pour séjourner en ceste ville. C'est pourquoy il a faict assembler le Corps de ville pour en communicquer et prendre advis, lequel en continuant la permission cy davant donnée aux ditz comédiens de jouer et séjourner en ceste ville, leur donne pouvoir d*y séjourner encore huict jours et y hire leur exercice en public, fait inhibitions et deffences à touttes personnes de quelque qualité et condition qu'elles soient de les empescher de monter sur le théâtre ne d*attenter à leurs personnes et biens sur peine de trois cents livres d'amende, sans avoir égard à touttes autres deffences au contraire faictcs ou à faire, et sera la présente ordonnance exécutée nonobstant oppositions ou apellations quelconcques et sans préjudice d'icelles qui sera signifiée a qui il appartiendra.
i(>44, iS août, Saint-Maixent.
Acte de baptême de Jehanne Vallioi, fille de Jehan et Catherine Le Roy^ comédiens du roi.
Heg. paroissiaux de l'église Saint-Léger de Saint-Maixent. Arch. comm, de Saint-Maixent, reg. GQ. aS, fol, ^i5 vo.
Le lundy quinziesme jour d*aoust mil six cents quarenio quatre, a une heure do relevé, a esté baptizée eo Tégliso parrochialle de St Léger de ceste ville de St Haixcnt par moy, curé soubzigné, Jehanne, fille de M' Jehan Valiot, Comédien du Roy, et de dame Ca* Iherine le Roy, SCS piVe et mère; Tut parrcin honnorable homme M*^ Pierre de Niort, lieutenant particulier, assesseur criminel et premier conseiller au siège royal de ceste ville, et marreine dame Jcbanno Texier. Faict le dit jour et an que dessus,
P. DP. Nyort, Janns Texier, Valliot, L. Fouquis, coré.
XXIM
1648, 9 juin, Pontenay-lc-Comte.
Hequêie présentée par Charles Dufresne au lieutenant particulier contre Louis Benesteau, maître du jeu de paume.
PcjBL> : Filloo. Recherches mr le séjour de Molière dans VOaest de la France, p. i (sans ÎDdicatioo de source).
A Monsieur le Lieutenant,
Supplie humblement Pierre Robert, procureur au siège royal, p(»ur Charles Dufresne, disant que le dix-neufviesmo d'apvril dernier le dict Dufresne, estant eu la ville de Nantes, il a pris à loyer de Louis Benesteau, matstre paulmier, le logis où tient- In jeu de paulroe do ceste ville de Fontenay-le-Comte, pour vingt-el-ung jours, qui commenceront courir le quinziesme de ce présent mois de juing, ii raysoo de sept livres tournoys par jour, y compris les dimanches et festes estant en iceluv temps, qui faict en tout la somme de cent quarante-sept livres, dont il 8*est engagé, par escript passé entreux le dict jour, fournir tH>nne et suffisante* caution en meubles, et a donné en présence de tesmoinga arrhes audict Benesteau qui les a accepté et repceu, et despuys refuze livrer le dict jeu de paulme au temps convenu, sVxcusaot de ce qu'il a esté engagé à Monsieur de La Roche-Tli^venin l'espace de une sepmaine, à eommencer le douziesmedu dict mois de juing; ce quoy est grandement à préjudice au dit Dufresne.
Vous plaise, Monsieur le Lieutenant, veu Tescript passé entre les parties cy-attaché, ordonné qu'il ait effect.
P. Robert.
Soit fait ainsi qu'il est requis. Fait le 9 juin 1648.
J. Alleaume.
1648, Ifi*" novembre, Poitiers.