D. Férotin, Recueil, p
2. R. Amador de los Rios, Burgos, p. 689-690. — Spaû», p. 137-138.
J. F. Riafio. The industrial arts in
Notre coffret est formé d'un bâti en bois, revêtu de plaques d'ivoire que réunissent des montures en cuivre gravé ou émaillé. 11 mesure 0m,34 sur 0m,21. Sa hauteur est de 0m,19. La caisse, de forme oblongue, porte un couvercle en dos d'âne. Nous voilà en présence du type des coffrets arabes de Pampelune, de Girone et de Palencia. La face antérieure du petit monument comprend une plaque d'ivoire divisée en trois zones et ornée de bas-reliefs. Sur les zones du haut et du bas, on a sculpté des chasseurs tirant de l'arc, des lions croisés et à demi dressés sur leurs pattes de derrière, d'autres lions grimpés sur des taureaux dont ils déchirent le col, et, enfin, des branches, des feuilles et des fleurs, stylisées à la façon arabe. Au milieu de la bande supérieure, en-dessus de la partie qui avait autrefois une serrure, se voit un arbre conventionnel, en forme de champignon. A la place correspondante, sur la bande inférieure, un cavalier armé d'un poignard et d'un bouclier se défend contre un lion qui a posé ses pattes de devant sur la croupe du cheval. — La zone intermédiaire présente, à droite, deux griffons affrontés, mais séparés par des branches entrecroisées, aux pieds desquelles se voient doux petits quadrupèdes dressés l'un vers l'autre. A gauche, sontdeux bêtes monocornes et ailées, ayant entre elles une tige feuillue et un lionceau. Les deux extrémités de cette zone sont occupées par des arbustes à fleurons et à feuillages. — Une étroite bordure, garnie d'une torsade, se remarque sur les trois côtés de la plaque; mais la galerie inférieure, qui a été brisée, ne la porte plus.
L'ivoire de la face postérieure est divisé et décoré d'une façon identique, avec celte simple différence que le sculpteur, n'ayant pas ici à ménager la place d'une serrure, a rapproché vers le milieu les animaux fantastiques des deux zones supérieures, tandis qu'au contraire il les a séparés quelque peu, aux (feux endroits où viennent se fixer les longues bandes des charnières.
Une seule des extrémités du coffret a conservé sa plaque d'ivoire (pl. IV), une plaque également divisée en trois zones, mais portant une ornementalion complètement différente de celle qui existe sur les deux faces principales. La zone du milieu nous montre deux paons aux cous entrelacés et aux queues relevées à plat. De chaque côté galopent deux cerfs dont les têtes sont munies de longues ramures. Des enroulements, des feuilles et des fleurons décorent les vides. La galerie supérieure présente un cerf à peu près semblable aux précédents, en pleine course au milieu de tiges riclument garnies. Puis, à droite et à gauche, dans les compartiments, des lions
saisissent à la cuisse de pauvres quadrupèdes qui se retournent effarés.
La galerie inférieure est 'décorée, au milieu, de cercles inscrivant de petits animaux, et surmontés de branches feuillues croisées les unes sur les autres. Les deux extrémités sont semblables à celles de la zone du haut. De même que les plaques des deux faces principales, celle-ci a été brisée à sa partie inférieure.
L'autre extrémité du coffret porte un émail ehamplevé que nous ferons connaître après la description des ivoires.
Le couvercle est divisé, sur la face antérieure, en deux panneaux semblables, tapissés de feuilles, de Heurs et d'enroulements, stylisés comme les motifs analogues des trois plaques de la caisse. Ces panneaux offrent un bel encadrement de fleurons placés alternativement la pointe en bas et en haut. Même décoration sur le versant opposé qui est coupé dans sa hauteur par les deux bandes métalliques des charnières. — Le rampant qui surmonte la plaque émaillée (pl. IV) est orné d'un ivoire, garni de branches entrecroisées, contournées en volutes et chargées de feuilles auxquelles se mêlent des oiseaux traités d'une façon bien curieuse. Le côté correspondant, au contraire, n'a pas de bas-relief.
Les représentations des figures humaines et d'animaux que l'on remarque sur notre coffret, forment un ensemble de sujets venant de l'art asiatique, par l'intermédiaire des artistes arabes de l'Espagne. Les poursuites d'animaux, les chasses, les lions, les cerfs, les griffons se retrouvent en effet dans l'art oriental à différentes époques. Des lions croisés, par exemple, décorent le vase sassanide qui est conservé au Cabinet des Médailles (fig. 4). Le style et la facture révèlent ici un art supérieur, et ces animaux appartiennent aux meilleurs types dont les lions de notre coffret doivent dériver. Il n'est pas sans intérêt de rapprocher de ces deux paires de lions croisés, les lionnes qui ornent le trumeau du portail de Moissac (fig. o). Les artistes auxquels on doit ces animaux ont été influencés bien certainement par l'art oriental, et leur ciseau s'est inspiré probablement de quelque œuvre venue delà Perse (I), — ou peut-être encore, de quelque petit monument du genre de notre coffret, fabriqué en Europe, par des ouvriers
1. Voy. F. de Mély, Notice sur un chapiteau de la cathédrale de Chartres (Bulletin archéologique, 1891, p. 483 et s.). L'auteur y explique fort bien l'influence de l'art oriental sur l'art du Moyen Age en Occident.
qui possédaient directement les traditions de l'art asiatique. Seulement, les sculpteurs de Moissac, tout en s'inspirant d'un sujet oriental, ont su l'interpréter à leur guise, et leur œuvre est vraiment magistrale, car vigueur, aisance, originalité caractérisent à la fois les bêtes croisées et superposées qui ornent le trumeau. L'ivoirier qui a travaillé le coffret de Burgos n'avait, lui, ni l'inspiration, ni le savoir-faire des sculpteurs français, on le constate immédiatement; ses lions sont pesants, mal dessinés, disposés d'une façon commune ; et au surplus, la main-d'œuvre n'a rien, absolument, de la finesse et de la netteté extraordinaires qu'on admire à Moissac. — Il était intéressant, croyons-nous, de faire ce rapprochement entre les divers types de lions croisés qui nous sont connus.
Chacun des autres sujets taillés dans l'ivoire pourrait nous fournir ma-
tière à comparaison. Mais il vaut mieux se borner à quelques remarques, afin de ne pas charger cette notice. — Nous disions précédemment que la plupart des figures, représentées sur nos bas-reliefs, viennent en droite ligne de l'art oriental, par les Arabes de l'Espagne. Les quadrupèdes monocornes, par exemple, sculptés sur les deux faces principales du coffret, nous semblent procéder d'un type beaucoup plus ancien, du griffon ailé don I l'ai l perse nous a laissé plusieurs spécimens remarquables. Le Cabinet des Médailles et Antiques possède deux de ces griffons qui viennent eux-mêmes des kér-oubs assyriens ; l'un deux est figuré sur une pierre gravée ; l'autre sur un petit bas-relief de la collection de Luynes (1).