‹ L'ancien trésor de l'abbaye de SilosChapitre 20 sur 57 · Museo etpaflol, t. VIII, p · texte numérisé non relu

Museo etpaflol, t. VIII, p

3. Cette monstrance (irory monstrance) n'est pas conservée h Perpignan, mais h Narbonne (cathédrale Saint-Iust). Le mot français monstrance ne convient pal à ce petit monù. ment. C'est une boîte cylindrique qui rappelle exactement, comme forme, l'étui arabe, également en ivoire que possède la cathédrale de Braga (Portugal). (Voy. Rohautt de Fleury, La Messe, t. IV, pl. CCCXIV.) Cette boîte de la cathédrale de Narbonne est du x' siècle. Le rebord du couvercle est orné d'une inscription coufique dont voici la traduction : ,, Bénédiction de Dieu. Fait dans la ville de Cuenca pour la collection du Hadjeb Cayd des Cayds

fabrication. — Nous ajoutons, pour notre part, un troisième coffret arabe, celui de Palencia (xie siècle), qui fut aussi fabriqué à Cuenca; le texte qui se lit sur le couvercle, le dit expressément.

Comme on le voit, l'inscription du coffret de Burgos est fort incomplète; mais elle mentionnait sans doute le propriétaire qui fit exécuter ce petit monument.

Reste à dire quelques mots de la monture et des plaques émaillées. Les plaques d'ivoire sont réunies par des bandeaux en cuivre doré. Ceux qui longent, en haut, les deux faces principales de la caisse, portent de très beaux rinceaux en émail ohamplevé. Sur la bande de la face antérieure, le dessin est composé de tiges ondulées qui se croisent et qui donnent naissance à des feuilles et à des fleurons (voy. pl. III). Même genre de rinceaux sur la face postérieure, mais d'un dessin différent. Les couleurs des émaux sont fort bien assorties : le bleu-lapis, le bleu clair et un vert assez foncé dominent; le bleu turquoise, dans plusieurs détails, ajoute une note très douce, très harmonieuse, tandis qu'un rouge vif rehausse discrètement ces différentes couleurs. — Nous avons encore d'autres bandes émaillées : d'abord celle qui fait partie de la charnière du moraillon et qui coupe le versant du toit dans sa hauteur ; elle est entièrement émaillée de motifs insignifiants bleus et verts, séparés par des filets rouges; — puis, celles des deux charnières de la face postérieure, appliquées, les unes sur le toit, et les deux correspondantes sur la caisse : mêmes motifs émaillés, séparés ici par des fdets blancs. L'effet de ces bandes est fort pauvre, à côté surtout des rinceaux si gracieux et si bien polychromés qui occupent le bord supérieur de l'auge.

Le reste de la monture, en cuivre doré et sans émail, se compose de lamelles, dentelées sur les bords, et de bandes ornées ou d'un treillis ou de rinceaux gravés. Plusieurs de ces bandeaux ont. aujourd'hui disparu.

Un des flancs de l'auge ne porte pas de bas-relief, nous l'avons indiqué précédemment; il est revêtu d'une plaque de cuivre doré sur laquelle se détachent, entièrement émaillés, saint Dominique de Silos et deux anges (pl. IV). Le serviteur de Dieu est figuré avec l'aube, la tunicelle et la chasuble, une crosse dans la main droite et un livre dans la main gauche. La tête est à moitié recouverte par un capuchon dont la pointe s'effile en arrière. Dans le champ, entre la figure du saint abbé et les anges, on lit, d'un côté : SANTVS, et de l'autre : DOMINICI. L'ange de droite tient un sceptre fleuronné ;

celui de gauche lève la main, en geste d'admiration. — L'aube du saint, les carnations des trois personnages et la volute de la crosse ont été rendues par l'émail blanc; la tunicelle et les manteaux des anges sont bleu foncé ; la chasuble bleu clair porte une longue bande vert foncé qui se divise au sommet pour entourer le col. Même vert pour les robes des anges. Les ailes de ces deux messagers célestes sont multicolores : bleu lapis, bleu céleste bleu turquoise, blanc et vert. Le bâton de la crosse et l'inscription se détachent en rouge. Enfin, des filets bleu foncé et bleu clair alternés encadrent les personnages.

Fig. 7. - I

Inque de cuivre cliamplevé et émaillé. xn" siècle (coffret de Burgos).

Leeofl'retportiMiiieatitreplaqueàflmailchamplevé(fig.7jbeaucoupnioiiis connue que celle de saint Dominique. D. R. Amador de lès Rio* ne l'a pas même signalée clans la description très sommaire, il esl vrai, qu'il a faite de ce cofi'ret, et cette pièce fort curieuse était, hier encore, complètemenl inédite. Nous l'avons photographiée lors de notre dernier passage à Burgos, et nous venons de la publier dans le Bulletin archéologique de la Corrbzc (1899, 2e livraison). — C'est une feuille de cuivre de 0m,073 sur 0'", 197, fixée au sommet du couvercle. Elle présente, sur fond d'or réservé, un agneau émaillé de blanc, dont la tète se détache sur un nimbe vert ù croix r.mge. De suite on reconnaît l'agneau apocalyptique tenant le livre sacré. 11 est accosté de l'A et de l'Q rouges, à languettes bleues, — le tout renfermé dans

un médaillon circulaire, formé de triangles bleu noir et bleu turquoise. De chaque côté du cercle et tourné vers lui, s'enlève sur le fond de cuivre doré un dragon fantastique de très grand style, à queue terminée par de beaux enroulements fleuronnés et feuillus. La gamme des émaux qui décorent la plaque de saint Dominique se retrouve sur celle-ci : bleu noir, bleu lapis, bleu ciel, bleu turquoise; puis, un vert assez foncé, du blanc et un peu de rouge. Notons, sur l'une et sur l'autre plaque, l'absence de noir et de jaune. — L'agneau et les dragons sont inscrits dans un encadrement composé de baguettes vertes et bleues, alternées. En dehors de cet encadrement, se trouvent placées, à chacune des extrémités de la plaque, deux saillies rectangulaires en cuivre doré, gravées de losanges, et que devaient orner des pierres en cabochon qui ont disparu.

Les plaques de saint Dominique et de l'agneau appartiennent à l'art de Limoges, et elles doivent remonter à la seconde moitié du xne siècle. La technique est la même que pour les deux plaques de l'abbaye de Grandmont, conservées au Musée de Cluny, avec cette différence, toutefois, que les tailles d'épargne niellées de rouge n'existent pas à Burgos et que les plaques de notre coffret sont, hâtons-nous de l'ajouter, bien inférieures à celles de Grandmont. Saint Dominique, par exemple, rappelle un peu saint Nicolas dans son apparition à Étienne de Muret, moins la finesse d'exécution. La tête de l'évêque de Myre est admirablement travaillée ; au contraire, la figure du saint abbé est traitée d'une façon rude et grossière. Mêmes défauts poulies vêtements, pour les petites bandelettes réservées dans le métal qui, des deux côtés, montrent bien la préoccupation qu'avaient les artistes d'imiter les émaux cloisonnés.

Si cette plaque de notre coffret ne peut être classée parmi les bons travaux de Limoges, elle n'est pas moins, à cause du sujet qu'elle représente, un petit monument vraiment précieux pour l'iconographie et pour la question du culte rendu à saint Dominique. C'est la plus ancienne image du serviteur do Dieu, mort en 1073 et canonisé trois ans après (1). Ensuite, cet émail, fabri-

t. Voici ce que rapporte Dom Férothi, après avoir annoncé la mort du saint abbé : « Les prodiges se multiplièrent rapidement sur son tombeau et la sainteté du glorieux thaumaturge, déjà si manifeste pendant sa vie, prit dès lors un tel éclat, que les évèques, le roi et le peuple la proclamèrent bientôt d'une voix unanime. Dès l'année 1076, l'évêque de Burgos retirait le corps du saint abbé de l'humble sépulture où il l'avait déposé deux ans et demi auparavant et, au milieu de la plus grande pompe et des acclamations d'une foule innombrable, le

que exprès pour Silos, prouve bien les hommages éclatants, rendus à la sainteté du thaumaturge, un siècle environ après son décès. L'inscription et les deux anges en la compagnie desquels le bienheureux est figuré, parlent ici éloquemment.

La plaque, fixée sur le dessus du coffret, est plus largement composée, plus franchement originale. Les représentations de l'agneau divin ne sont pas rares dans les oeuvres de Limoges (1) ; mais, nulle part ailleurs, elles ne ressemblent à celle que nous avons sur notre émail. Ici, réellement, l'agneau de l'Apocatypse est traité d'une façon particulière. Notons, entre autres, le dessin en spirale, tracé par des cloisons, qui se voit sur la poitrine de l'agneau. C'est une façon purement conventionnelle et bien curieuse de décorer un espace qui, sans cette volute, aurait fourni un champ trop considérable à l'émailleur. La figure que les bandelettes de cuivre réservé forment sur la cuisse de l'arrière-train est également à remarquer; un détail à peu près identique se trouve sur l'aigle de saint Jean qui décore une belle plaque de l'ancienne collection Spitzer, au Musée de Cluny (2), — sur le lion et sur l'aigle placés près du Christ en majesté, du frontal de Burgos. — Les deux grands animaux fantastiques qui accostent le médaillon circulaire contribuent surtout à faire de cet émail une pièce remarquable et peut-être unique dans son genre; nous ne connaissons rien, parmi les œuvres de Limoges, qui rappelle la composition de cette plaque émaillée.

Nous n'hésitons pas non plus à attribuer à l'école limousineles bandeaux émaillés, fixés tout en haut de la caisse, sur les deux faces principales. Des rinceaux analogues se voient sur une châsse que possède M. Sigismond Bardac- or, cette châsse, ornée d'un médaillon représentant saint Martial, est incontestablement française et limousine; comme les plaques et comme la monture de notre coffret, elle date du xne siècle. D'ailleurs, si les bandeaux de ce coffret présentent des dessins que l'on rencontre rarement sur les œuvres de Limoges, il en va tout autrement de la gamme des émaux qui appartient absolument à cette école.

transférait dans la basilique de Saint-Sébastien. Il le renferma dans un sépulcre en pierre, disposé à cette fin dans la nef, du côté de l'évangile, sous un édifice en forme de confession, qui fut aussitôt surmonté d'un autel sous le vocable de Saint Dominique. C'était le mode le plus ordinaire de la canonisation des saints à cette époque ». Histoire, p. 63.

1. On le trouve deux fois sur la chasse de Bellac, une fois sur un autel portatif de Conques, une fois sur la châsse de Zeli, etc.

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