‹ L'ancien trésor de l'abbaye de SilosChapitre 25 sur 57 · PELAGIVS ABBAS ME FECIT AD HONOREM S[AN]C[T]I IACOBI AP[OSTO]LI · texte numérisé non relu

PELAGIVS ABBAS ME FECIT AD HONOREM S[AN]C[T]I IACOBI AP[OSTO]LI

On constatera sans peine que la légende du calice de Silos est écrite dans un latin beaucoup plus incorrect: elle est également inférieure au point de vue de l'exécution matérielle, et la forme de ses lettres indique une époque notablement antérieure. Tous les caractères sont des capitales fout chues ou chargées A'apices. Nous ferons remarquer les A non barrés, l'H de honorera à jambages inégaux et deux sortes d'N dont plusieurs à barres diagonales n'atteignant pas l'extrémité des hastes. LcT final, un peu séparé de la lettre qui précède, a presque la forme du q ; c'est une des formes usitées dans l'écriture wisigothique.

Le seul examen de ces caractères ne nous semble pas suffisant pour déterminer l'âge de noire calice. Les A non barrés, les O en losanges, les C carrés, etc., sont fréquents en effet pendant plusieurs siècles. Par ailleurs, les capitales aux extrémités fourchues se voient dès les v* et vi" siècles (il et se rencontrent souvent dans les manuscrits du VIe au ix". Mais ces lettres, de forme très spéciale, peuvent encore être adoptées dans les siècles suivants, sur des inscriptions de plus d'un genre. Nous les avons même remarquées sur une croix d'orfèvrerie appartenant au xV siècle (2). Ceci, il est vrai, est une exception, et nous croyons bien que ces lettres, chargées d'apices, sont fort rares, après le xi" siècle.

A ne considérer cependant que les caractères de l'inscription, puis la forme et la décoration grossière, mais très intéressante do notre calice, nous croirions volontiers qu'il appartient au x" siècle. Seulement, le nom du donateur a place dans la formule : Dominico abbas, et il ne peut y avoir aucun doute. L'Histoire de l'abbaye de Silos, très solidement documentée, nous fait connaître les abbés antérieurs à la restauration de ce monastère, au xi' siècle, et le nom de Dominique ne paraît qu'en 1041. C'est le nom du saint (pie l'abbaye se glorifie si justement d'avoir eu comme réformateur et connue père, pendant plus de trente années; c'est à lui qu'elle doit le vase

1. Yoy. Ed. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, antérieures au vin' siècle t I pl. 18, fig. 102, 104, 105, 109, 114, — pl. 20, 6g. 135.

2. Il s'agit d'une croix processionnelle de la cathédrale de Girone (Catalogne) qui est inédite. Les Monuments et Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres la publie ront prochainement dans notre étude sur La croix de la collégiale de Yillabcrlran.

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sacré que nous faisons connaître aujourd'hui. Dominique le consacra au grand martyr Sébastien, titulaire de l'église monastique et, alors, patron de toute l'abbaye.

Nous avons à peine besoin de faire remarquer que le mot fecit signifie bien souvent, au Moyen Age -.ficrijussit. Sur un ivoire de Cividale, en Frioul, on lit même à un endroit : Ursus dux fecit, et ailleurs : Ursus dux fieri pnecepit (1).

L'inscription du calice fixe donc le nom et la qualité du donateur; elle indique aussi une date approximative de fabrication, de 1041 à 1073, époque de l'abbatiat de saint Dominique. Même au seul point de vue de l'art, voilà des données intéressantes.

Nous avons réuni un certain nombre de'petits monuments d'orfèvrerie espagnole ornés de filigranes. Mais nous croyons inutile de parler de ces

+IHHOMINE DOMINI ^BWNOREM SCISABASTIÀNI MMIHJuv ABBAS FED T

Fig. 8. — Fac-similé de l'inscription du calice.

tiges métalliques quand elles n'offrent pas d'analogie frappante avec celles du calice de saint Dominique. Mentionnons simplement la croix d'Alphonse III (2) (année 874), conservée à Saint-Jacques de Compostelle, la croix des Anges (année 80S) et celle de la Victoire (année 910), conservées à Oviedo. Ces différentes pièces, très remarquables, sont ornées, en grande partie, de filigranes unis; mais, cette décoration n'offre pourtant que des rapports éloignés avec celle du calice de Silos. On sent, du reste, que ce précieux vase liturgique appartient à une époque et à un style différents.

Il convient aussi de rapprocher de notre calice une autre pièce qui lui est postérieure d'un siècle environ, c'est un calice delà cathédrale de Coïnibre (3). La coupe et le pied sont gravés et leur décoration n'a rien de com-

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